Parution du journal suspendue

Vendredi 10 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Bernard Madoff et la pyramide de Ponzi

Les escroqueries financières ont leurs pionniers, leurs inventeurs et leurs disciples. La fraude élaborée par Bernard Madoff et découverte en décembre 2008 s’inspire du système pyramidal imaginé autrefois par Charles Ponzi.

Tout commence en février 1920 lorsque Charles Ponzi, Américain d’origine italienne, découvre dans sa boîte aux lettres un catalogue de vente par correspondance provenant d’Espagne. La carte-réponse de l’Union Postale Universelle attachée au bon de commande est échangeable contre des timbres de la poste américaine. En revendant les timbres, il réalise un gain de change de 400 %. Jusque-là, rien d’illégal : ce qui s’appelle aujourd’hui une « opération d’arbitrage » était à l’époque un concept très novateur pour les investisseurs cherchant un véhicule de placement à court terme extrêmement profitable.

Voler Pierre pour payer Paul

Charles Ponzi fonde la Security Exchange Company en février 1920 et sollicite ses nombreux amis de la communauté italienne de Boston en leur proposant d’investir dans ces fameuses cartes-réponses. Il garantit un rendement de 50 % en 45 jours et de 100 % en 90 jours, en comparaison avec un gain de 5 % pour un placement bancaire traditionnel. Avec un tel argument, le bouche-à-oreille va se répandre à une vitesse telle que l’escroc sera vite submergé par la demande. Devenu multimillionnaire en quelques mois, Charles Ponzi attire les soupçons de la SEC, l’autorité de régulation et de contrôle des marchés financiers. Une courte enquête révèlera une fraude de 9 millions de dollars américains de l’époque : Charles Ponzi volait l’argent de ces nouveaux clients pour payer les intérêts des anciens souscripteurs. La somme spoliée représentait la valeur de 16 millions de cartes-réponses internationales, alors qu’il en circulait seulement 27 000 dans le monde.

Depuis, une fraude courante

Des systèmes pyramidaux de ce type sont régulièrement découverts dans les domaines les plus divers et inattendus, déclenchant même en 1997 des émeutes en Albanie qui ont fait des milliers de morts.

Mondialisation oblige, la fraude de 65 milliards de Bernard Madoff et celle de 10 milliards d’Allan Stantford s’étendent à toute la planète. Malgré les plaintes documentées soupçonnant une pyramide de Ponzi dès 1999, la fraude du premier aura duré 48 ans, la SEC n’ayant pas cru un enquêteur privé de Boston, Harry Markopolos, qui avait suspecté l’arnaque. Ce n’est peut-être pas un hasard : l’inspecteur chargé de surveiller la firme de Madoff à la SEC était le mari de la nièce de l’homme d’affaires, elle-même employée comme responsable de la conformité.

Les fraudes en matière d’investissement telles que la pyramide de Ponzi sont très difficiles à cerner. Elles peuvent être mises en place par l’institution financière à l’insu des employés, provenir d’un employé qui occupe une position le mettant à l’abri des contrôles de sa hiérarchie (17 % des cas selon Global Economic Crime Survey) ou, bien sûr, résulter d’une collusion entre les employés et l’entreprise.

Les fraudeurs sont parmi nous

Le nombre de fraudes touchant les investisseurs au Canada est un problème endémique. Il ne peut pas être réglé uniquement par la réglementation et la répression des 13 commissions provinciales responsables dans ce domaine.

Quelques données à connaître* :
• 41 % des Canadiens ont été victimes d’une tentative de fraude durant leur vie.
• 6,6 millions de Canadiens ont été victimes de fraude au moins une fois.
• 1 million d’investisseurs ont été victimes de fraude au moins deux fois au cours de leur vie.
• 75 % de ces investisseurs n’ont jamais récupéré leur argent.

Il ne faut pas croire que ces investisseurs victimes de fraude étaient tous des illettrés. Nombre d’entre eux étaient au contraire des personnes aguerries du domaine des affaires.

Les escroqueries sont toujours découvertes trop tard par les autorités des marchés financiers, ce qui explique l’impossibilité de recouvrer les sommes détournées.

Parmi les facteurs de risque, on retrouve la complexité qui se cache derrière des produits de placement d’apparence simple et des transactions effectuées : un système financier global, mais des normes comptables très différentes qui rendent difficile l’appréciation juste de l’entreprise étrangère dans laquelle on a investi en bourse ; la gestion informatique des comptes de placements due à la dématérialisation des titres ; des relevés d’états de compte minimalistes, très difficiles à comprendre pour une grande majorité d’investisseurs – quand ils ne sont pas carrément falsifiés…

Portrait du fraudeur type

• Un homme (dans 88 % des cas) de votre entourage vous parle d’une opportunité d’investissement géniale.
• Il est affable et souvent respecté dans son domaine.
• Il a un concept inédit qui procure des rendements élevés avec un faible risque.
• Il prospecte un milieu social et culturel bien délimité dont il connaît tous les rouages.
• Il peut organiser des conférences vantant son concept miracle.
• Il a une personnalité dominatrice, il est convaincant et très sûr de lui.

Portrait de l’investisseur floué

• Veut obtenir les meilleurs rendements dans les meilleurs délais.
• Évite de poser des questions.
• Reste rassuré en toutes circonstances.

Point commun entre le fraudeur et  l’investisseur floué

• Ils veulent tous les deux gagner un maximum d’argent.

Comment se protéger ?

Comme toujours, il ne faut pas attendre de se retrouver sans le sou pour agir. Une vérification interne en continu de vos placements par une entreprise spécialisée dans l’audit des placements détectera plus de fraudes que les lois qui ont été votées pour prévenir ce genre de crime. Parmi les nombreux avantages d’un contrôle, il y a l’aspect préventif qui permet de vérifier la conformité avec votre politique de placement, l’analyse du profil de risque (c’est-à-dire du rendement de vos placements comparé à l’indice de votre portefeuille), l’évaluation du potentiel de pertes ainsi que l’estimation des frais connus et cachés qui amputent vos rendements.

Mais la meilleure protection restera toujours le bon sens !

Bertrand Huiban

* Sondage réalisé par Innovative Re-search Group pour le compte de l’A.M.F.  (Autorité des Marchés Financiers) auprès de 5 738 Canadiens en mars 2008.

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem