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Samedi 4 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

À table !

À table !

S’il y a bien une chose avec laquelle il ne faut pas plaisanter, partout dans le monde, c’est bien le moment où nous passons à table. Enlever ses chaussures ou pas, parler et manger en même temps ou parler puis manger, manger avec les doigts, ignorer son couteau, autant de petits gestes que nous découvrons souvent « sur le tas ».

En tant qu’expatrié(e), nous n’y échappons pas, et il n’est nullement nécessaire de partir au bout du monde. Un petit tour au Canada suffit largement pour nous surprendre.

Les superstitions

Le problème avec les « arts de la table » en France, c’est que l’on a tout plein de superstitions, même que si tu ne les respectes pas, ouh la la, c’est 7 ans de malheur au lit, ta maison brûlera ou encore tu finiras tout seul sans amis. Bien fait, tu n’avais qu’à pas mettre tes coudes sur la table !

Ainsi, il ne faut jamais, au grand jamais, laisser le pain à l’envers sur la table. Cette superstition date du Moyen-Âge, à l’époque où le bourreau du village procédait aux exécutions à l’heure du déjeuner. Un pain lui était réservé dans les maisons – au cas où le bourreau aurait eu un petit creux avant de briser un bras ou couper une tête – et, afin d’être sûr(e) que ce pain ne serait mangé par personne d’autre que celui-ci, on le retournait sur la table.

Je me souviens de la tête de ma mère si elle découvrait la baguette à l’envers sur la table. Inutile de préciser que j’ai hérité de la crainte du bourreau et ne supporte pas de voir un pain à l’envers sur une table. Heureusement, au Canada, on n’en mange pas beaucoup, ce qui diminue et les risques et les crises de nerf de nos colocataires canadiens (« Il est bien gentil le Français, mais bon… »).

Autre action qui peut sembler légère à première vue, néanmoins lourde de conséquences : non seulement il est hors de question de croiser les verres quand on trinque, mais il faut absolument se regarder dans les yeux, sous peine de 7 ans d’abstinence forcée (au lit, s’entend).

Je vous l’accorde, c’est le genre de chose qui peut vite agacer lorsque l’on est plus de trois personnes à table, et qu’on ne comprend pas pourquoi la Française, elle nous fixe avec des yeux grands ouverts. Car il faut l’avouer, ce rituel a pris des proportions un peu, disons, disproportionnées. Entre les hurlements à vous déchirer le tympan du type « Ahhhhh noooooon, on a croisé nos verres !!! » et les regards de pervers (ou zombie, au choix) pour bien montrer que toi, à l’autre bout de la table, je TE regarde bien dans les yeux, il y a franchement de quoi décourager un Canadien de trinquer avec un Français.

Allez, il faut bien l’avouer, niveau superstitions, les Français sont un peu casse-bonbons.

Au restaurant

Au restaurant, c’est toujours la même histoire. En France, les Nord-Américains se plaignent du service trop long ou trop… « brutal ». Au Canada, les Français ne supportent pas qu’on leur demande s’ils ont choisi alors qu’ils viennent juste de s’asseoir. Le désir de bien faire d’un côté est vu comme une agression de l’autre.

En France, le client a le temps de mourir trois fois de déshydratation avant que la serveuse n’apporte de l’eau. Au Canada, la serveuse, dans certains restaurants, n’apporte qu’UN verre d’eau à la personne qui l’a demandé. De plus, s’il est vrai qu’il est drôlement sympathique d’avoir un verre d’eau à peine assis(e), j’ai toujours du mal à comprendre l’utilité de l’équivalent de 2,5 kg de glace dans un verre (particulièrement en hiver). Mais bon, au moins, j’ai à boire.

Si, dans certains pays, le comble du mauvais service est d’apporter un plat avant l’autre aux clients d’une même table, la serveuse canadienne pense bien faire son travail en apportant le premier plat prêt, quitte à voir les autres clients baver d’envie devant l’assiette du copain. Bon là, il s’agit surtout d’une mauvaise gestion de cuisine. Les plats devraient arriver en même temps, point.

Et enfin, l’incontournable desserte de table. On pourra quitter la table d’un restaurant français avec les assiettes à dessert encore sur celle-ci, quand, en Amérique du Nord, les mêmes assiettes seront débarrassées à peine la cuillère déposée sur la table pour plus de 3 secondes et demie. Il arrive parfois même que l’on ait à s’agripper à son assiette parce que non, on n’a pas fini, on fait juste une pause !

À la maison

Au Canada, j’ai dû apprendre de nouvelles habitudes, parce que même si cela me rend folle, c’est comme ça, et puis c’est tout :
• Manger un seul plat avec tout dans l’assiette, et ce, en même temps : le pain, la salade, la viande et les légumes. Allez hop, non seulement on gagne du temps mais cela évite aussi de se lever trois fois pour faire le service.
• Ne plus prendre l’apéritif, à mon grand désespoir. J’aime l’apéritif.
• Ne plus me servir d’un couteau, même quand il faudrait : couper les lasagnes avec le dos de la fourchette au hasard.
• Et surtout, surtout, manger avec une main sous la table, si possible au chaud entre les jambes, pour une raison que j’ignore.
Quand je pense à toutes ces années pendant lesquelles mes parents ont répété maintes fois : « Les deux mains sur la table ! »… Tout est à refaire ! ■


Stéphanie Palisse

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