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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

À chacun son bronzage

À chacun son bronzage

Les beaux jours arrivent enfin. Dans les rues, nombreux sont ceux qui arborent un teint déjà hâlé. Car aujourd’hui, bronzer se pratique en tout temps de l’année, même sans soleil. Une tendance qui fait la fortune des salons de cabines à ultraviolets, tout comme celle des dermatologues.

Si vous vous aventurez sur English Bay ou sur la plage de Kitsilano par un samedi ensoleillé, vous n’y verrez pas qu’une agglutination de jeunes aux épaules et gambettes dénudées. Vous y observerez aussi un phénomène bien particulier, en avant-première de l’été : la mode du bronzage pré-estival. Vous pourrez ainsi apercevoir diverses teintes de peau, du cuivré au caramel, en passant par la couleur carotte, souvent synonyme de tentative malheureuse. Tout cela est artificiel, sauf peut-être pour les quelques écrevisses qui se sont fait prendre au piège des premiers rayons de soleil de l’année.

« La légende veut que ce soit Coco Chanel, la styliste de mode et créatrice de parfum française, qui ait lancé le mouvement de la peau tannée à la fin des années 1930, retrace Jason Rivers, professeur de dermatologie à UBC et président de l’Association des dermatologues du Canada. Les Français de l’époque avait alors trouvé ce teint doré, ramené d’une croisière sur la Côte d’Azur, particulièrement audacieux et avant-gardiste dans une société où l’on s’efforçait de rester plus blanc que blanc, pour montrer qu’on ne passait pas sa vie à l’extérieur, dans les champs par exemple. »

On a alors commencé à se badigeonner d’huile et à se faire frire au soleil. Clairement, on ne connaissait pas encore les effets dévastateurs sur la peau d’une telle pratique à répétition…Soixante-dix ans plus tard, on a appris à en maîtriser les paramètres, qui oscillent souvent entre santé et séduction. « Il faut bien comprendre pourtant qu’un bronzage signifie que l’épiderme a été altéré, et qu’il tente de se protéger », alerte Jason Rivers.

Malgré ces sages mises en garde, ce n’est pas la peau de bébé qui fait vendre en été. Dans les magasins, les têtes de rayon sont accaparées par un éventail de produits autobronzants, inoffensifs pour la peau. « Rehausseur de teint », « brin de soleil », « hâle estival », et sous la forme que vous désirez s’il vous plaît : huile, spray, lotion, crème, gel, mousse, lait, lingettes, brume sèche. Des premiers prix aux produits de laboratoire, ils envahissent les allées de supermarché – paradoxalement à côté des crèmes solaires protectrices. Quant aux petites pilules qui vous donnent bonne mine, les capsules de béta-carotène, elles sont beaucoup moins populaires. « Elles sont très peu distribuées au Canada, certifie-t-on à Shoppers Drug Mart, le plus gros détaillant de produits de beauté dans le pays. Il n’y a plus vraiment de demande. Parce que les gens viraient à l’orange ! », lâche un des vendeurs d’un air amusé.

Mais au Canada, c’est l’industrie des solariums et des cabines de bronzage qui domine largement le marché du bronzage artificiel. On compterait près de 3 000 salons spécialisés à travers le pays. Ils n’ont pourtant pas toujours bonne réputation. « Les dermatos apeurent le grand public en brandissant le cancer de la peau comme réaction à toute exposition aux UV », peste Frank Ingham, gérant de CanTan Sun Systems à Vancouver, fournisseur de cabines à ultraviolets.

Manque de lumière naturelle ?

Christopher David Costello est un utilisateur à part. Ce rouquin à la peau blanche constellée de tâches de rousseur présente toutes les contre-indications pour fréquenter les solariums. Et pourtant, c’est sur les conseils d’un naturopathe qu’il vient chercher sa dose d’UV toutes les semaines. Pas plus de quatre à cinq minutes à chaque fois. Pas de quoi le faire rôtir. « Je souffrais d’irritations récurrentes de la peau, et ce rendez-vous hebdomadaire a radicalement apporté une solution à mes problèmes », confie-t-il.

Christopher n’est donc pas à la recherche du bronzage parfait, contrairement à la majorité des aficionados de ces cabines. Chez eux, « la vanité joue un large rôle, autant que le désir d’être admiré, typique de la culture occidentale, juge-t-il. Il est encore plus sévère à l’égard de ceux qu’ils désignent comme les « faux bronzeurs, dont le stéréotype est souvent celui d’une jeune femme cherchant à montrer autant de peau que possible, en traînant son chien comme un accessoire partout où elle va, c’est-à-dire de sa voiture à chez elle, et qui finalement n’est pratiquement jamais dehors, sauf pour siroter un cocktail en terrasse. »

C’est l’argument de vente de Frank Ingham : le déficit de vitamine D dont 97 % des Canadiens souffriraient par manque de lumière naturelle, et qui pourrait être pallié par un bronzage dans un environnement contrôlé, une à deux fois par semaine. « Notre latitude au Canada rend la production de vitamine D quasiment impossible d’octobre à mars, justifie-t-il encore. Vous pourriez boire 25 verres de lait par jour que ça ne suffirait pas. »

Quand on parle d’effrayer la populace, celui-ci aussi sait y faire : « Regardez le XIXe siècle à Londres. Le ciel était tellement couvert par la fumée de charbon et des aciéries que le corps souffrait de carences en calcium, d’où le développement dans la ville de nombreux cas de rachitisme. »

Jason Rivers juge que les cabines de bronzage ne sont pas sans danger, mais Frank Ingham rétorque que les risques de cancer de la peau sont davantage liés à des antécédents familiaux. L’un comme l’autre ont, après tout, leur entreprise à faire tourner… Dans tous les cas, les professionnels du bronzage sont soumis à des législations émises par Santé Canada et le gouvernement provincial qui restreignent l’utilisation des cabines selon les types de peau ou encore l’âge. Alors où est le juste milieu ? S’exposer aux UV, oui, mais avec une crème solaire indice 60 ? À les écouter, on finira de toute façon cancéreux ou rachitique…  

Sophie De Kepper

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