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Vivre avec le sida : les thérapies de l’espoir

Vivre avec le sida :  les thérapies de l’espoir

En l’état actuel des connaissances médicales, il n’existe aucun traitement pour guérir du SIDA (Syndrome de l’Immuno Déficience Acquise). Cependant les trithérapies, disponibles depuis 1996, en ont réduit largement la mortalité. Regard sur les traitements actuels, les effets secondaires et les défis liés à la prise de médicaments au long cours.

«Je ne me suis jamais attendu à voir mes 40 ans, 50 ans, et atteindre 60 ans. Je suis un témoin des succès qu’on a connu dans le combat et la connaissance de cette infection », déclare, lors d’un entretien téléphonique, Ron Rosenes, vice-président du Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements (CCSAT). Ces traitements, appelés communément trithérapies, comportent deux prises quotidiennes de trois molécules différentes. Il existe même maintenant des thérapies à cinq molécules. Comment en est on arrivé là ?

À l’origine du SIDA, état d’affaiblissement du système immunitaire, il y a le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), de la famille des rétrovirus. Sa découverte, par Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi de l’Institut Pasteur de Paris, remonte à 1983. Le VIH se caractérise par une longue période d’incubation et un cycle de réplication présentant des « erreurs », d’où une grande variabilité génétique. Ainsi, le VIH se développe en s’adaptant aux médicaments censés le combattre. Les multithérapies visent à attaquer le VIH sur plusieurs fronts à la fois.

Les molécules du cocktail thérapeutique agissent à des stades différents de la reproduction du virus dans les cellules. On a d’abord l’AZT, le ddI ou encore le ddC, utilisés dès les années 1980 : ce sont des inhibiteurs de la transcriptase inverse (ITI), dont le rôle est d’entraver l’action de cette enzyme virale. Les antiprotéases, apparues en 1996, agissent quant à elles au stade de la maturation des nouveaux virus en attaquant la protéase, autre enzyme virale. L’association d’une antiprotéase à deux ITI a donné naissance aux trithérapies. Mais le VIH s’adapte et devient résistant. Environ 8 % des malades ne répondent plus actuellement aux traitements existants. L’espoir réside dans les antiintégrases, disponibles depuis peu, qui bloquent l’intégration du virus aux cellules. Autre intérêt : elles provoqueraient de faibles effets secondaires.

La prise de médicaments maintient l’équilibre entre la présence du virus dans le corps et le système de défense de l’organisme. Ces médicaments ne sont cependant pas anodins et entraînent de nombreux effets indésirables. Plus de la moitié des séropositifs connaissent des problèmes au début du traitement : états de fatigue, maux de tête, nausées et vomissements, perte d’appétit, accès de fièvre, diarrhées. D’autres effets comme les problèmes respiratoires, de peau, de pancréas sont plus graves. « Cela présente un autre type de risque. C’est que les patients prennent moins régulièrement les médicaments, alors qu’ils doivent être pris tels que prescrits, tous les jours », précise Ron Rosenes. Devant cette situation, les patients doivent changer de molécules.

D’autres effets se traduisent par une perte du tissu adipeux, essentiellement au visage ou sur d’autres parties du corps, faisant visuellement ressortir les veines. Mais on peut observer aussi l’opposé, l’apparition d’un gros ventre par augmentation de la masse graisseuse sous-cutanée ou intraviscérale. On note également de possibles augmentations du cholestérol ou de l’insuline avec risque de diabète.

Effets sociaux également

Les multithérapies posent de nouveaux défis. En effet, si elles entraînent une espérance de vie largement prolongée chez les patients qui les prennent, elles les forcent à une exposition à long terme aux médicaments. On remarque maintenant un vieillissement accéléré de certains d’entre eux, avec notamment des problèmes cognitifs ou d’ostéoporose précoces. Selon un sondage du Dr Curtis Cooper, de l’Hôpital Général d’Ottawa, on note de plus en plus d’hépatomégalies causant un élargissement du foie et un possible arrêt de la fonction hépatique. Problème grave car l’accès aux greffes de foie est pratiquement inexistant au Canada.

Le choc émotionnel de l’annonce de la séropositivité est en général suivi d’un bouleversement de la vie personnelle et professionnelle. À cause du suivi strict du traitement et des lourds effets secondaires, plus de la moitié des personnes atteintes au Canada sont inactives et donc coupées du réseau social inhérent à une activité professionnelle. La séropositivité entraîne de nouveaux rapports sociaux, affectifs et familiaux avec en général une part d’isolement. On note une discrimination sociale. Les patients à la vie stable, faisant de l’activité physique, riche socialement et sans trop de problèmes de revenus, ont une espérance de vie quasi-normale. Les personnes marginalisées, avec des problèmes économiques, un faible niveau d’éducation, des conduites à risques, comptant sur l’assistance sociale, ont une vie difficile et écourtée, précise Ron Rosenes.

Depuis bientôt 30 ans, des avancées importantes dans la lutte contre le SIDA ont été réalisées. L’ultime parade est la mise au point d’un vaccin. Mais il serait malhonnête d’en annoncer une date. C’est un problème de recherche fondamentale qui, comme tout problème de ce type, est difficilement prévisible.

Daniel Hubert

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