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Vendredi 21 décembre 2012

Le méthane, la vache et le kangourou

Le méthane, la vache et le kangourou

Tous les animaux qui se nourrissent de végétaux produisent du méthane (ou CH4). Le rejet de ce puissant gaz à effet de serre dû à l’élevage fait actuellement l’objet de recherches dans de nombreux pays, afin de le réduire. Des solutions se profilent.

Le fait est connu. Un seul bovin produit environ 65 kg de méthane par an, et une vache laitière, qui mange beaucoup, presque le double. Avec 1,3 milliard de ces animaux sur la planète, cela représente environ 37 % des émissions mondiales de CH4 liées aux activités humaines. À quantité égale, le méthane produit un effet de serre 23 fois plus élevé que le gaz carbonique (CO2). Selon un rapport de 2006 de l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), l’élevage contribue mondialement plus à l’effet de serre que les transports*.

Ce n’est pas tout : l’accroissement de la demande mondiale de viande et de produits laitiers entraîne celui du nombre de bovins. Ainsi, la concentration de méthane dans l’air doublera en 2050 par rapport à 2008 si rien n’est fait. Le rejet annuel du CO2 étant plus faible que celui du CH4, ce dernier peut devenir le problème environnemental majeur.

Il y a encore un autre aspect : la durée de vie du méthane dans l’air est de l’ordre de 12 ans, contre une centaine d’années pour le gaz carbonique. Dès lors, la réduction du rejet du CH4 a un impact écologique plus rapide que celle du CO2.

Étable-labo

Soulever la réduction du rejet du méthane d’origine bovine fait, en général, sourire les « climato-sceptiques ». Ils pensent tenir là un problème sans solution. Contrairement aux idées reçues, le CH4 est rejeté à 90 % par l’avant, par éructation.

À l’université du Manitoba, on étudie la fermentation de la cellulose contenue dans les végétaux ingérés. Ceux-ci sont stockés dans une poche de l’estomac des bovins appelée le rumen, vaste panse d’une centaine de litres. Des milliards de bactéries méthanogènes y transforment les aliments en protéine et énergie assimilables. Ce processus s’effectue en l’absence d’oxygène mais produit de l’hydrogène et finalement du méthane. Il a été prouvé que parmi les fourrages verts, la luzerne provoque le minimum de rejet de CH4. On a également montré qu’une herbe jeune, de printemps, provoque un rejet moindre.

À l’université de Guelph au Canada, on a constaté qu’une alimentation à base de maïs roulé à sec produit 7 % moins de méthane qu’une alimentation à base de maïs floconné à la vapeur. En ajoutant au maïs roulé de l’huile de palme, la réduction de CH4 est portée à 28 %.

Au Québec, la rigueur de l’hiver oblige les vaches à passer de longues périodes à l’étable. Des chercheurs ont eu l’idée de contrôler, en continu, l’air qui rentre et qui sort d’une étable-laboratoire. L’air qui sort est biofiltré suivant un processus naturel de dégradation en présence d’oxygène. Des micro-organismes du biofiltre convertissent alors le méthane en eau et en gaz carbonique, moins polluants. Il y a également en projet la récupération du CH4 issu de l’élevage comme source d’énergie.

Les recherches sur le rejet du méthane à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), en France, ont quant à elles commencé dans les années 1970. « La dimension environnementale est apparue dans les années 1990 », explique Cécile Martin de l’INRA de Theix. Dans cette unité de recherche, il a été montré qu’en incorporant dans la ration quotidienne des vaches laitières des graines ou de l’huile de lin riches en acide gras, la production de CH4 diminue. Le résultat optimum est obtenu avec 6 % d’huile de lin, pour une réduction de 33 % environ du rejet. De plus, la production laitière reste constante avec un effet positif sur la qualité du lait.

Une autre piste est ouverte en Australie. Le kangourou, animal herbivore, produit peu de méthane. Cela est dû à la présence de bactéries acétogènes, source de gaz acide dans son estomac. Comment transformer un estomac de vache en estomac de kangourou ? Il faut isoler les bactéries acétogènes chez celui-ci, puis développer une biotechnique pour les implanter dans l’estomac des bovins. Résultat dans deux ou trois ans.

Dans l’espace

Le 23 janvier dernier, le Japon a mis sur orbite un satellite dont la mission est de « regarder la Terre respirer », c’est-à-dire mesurer les émissions de gaz à effet de serre, gaz carbonique et méthane. Au total, 56 000 points du globe seront suivis, ce qui accroît significativement la surveillance mondiale.

La recherche agronomique élabore des pistes au problème du rejet du CH4 d’origine bovine. Avant leurs mises en pratique, elles doivent être testées dans un modèle économique viable pour les agriculteurs. L’outil spatial permettra de mesurer l’impact global de toute politique suivie. ■

Daniel Hubert

* Même si, au Canada, le trafic routier
pollue plus que les bovins.

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