Du fin fond de sa tombe, notre cher Galilée doit éprouver un léger sentiment jubilatoire. L’astronome italien doit même exulter à observer la revanche prise sur la vindicte dont il a fait l’objet au XVIIe siècle. Luc Simard, astronome à l’institut Herzberg de Victoria, nous rappelle l’impact de ses découvertes qui ont révolutionné il y a 400 ans notre vision de l’Univers.
L’Express du Pacifique – 2009 est l’Année mondiale de l’astronomie, célébrant les premières observations du ciel à la lunette astronomique par Galilée. Quelles sont, 400 ans après, les capacités actuelles de nos télescopes ?
Luc Simard – Aujourd’hui, on peut scruter des objets dix milliards de fois moins brillants que l’étoile la plus faible que l’on pourrait distinguer à l’œil nu. Ce qui équivaut à une distance de 12 milliards d’années-lumière. Ces 20 dernières années ont apporté des progrès époustouflants en la matière grâce à des technologies de pointe. Notamment des caméras numériques de milliards de pixels qui nous offrent une vue plus précise de l’Univers. Nous avons pu découvrir jusqu’à maintenant plus de 350 exoplanètes*.
LEP – Galilée avait lui aussi fait sensation en 1609 avec son télescope…
L. S. – Il faut se rappeler qu’à son époque, il a utilisé un instrument à petites lentilles qui grossissait par huit fois ses observations. C’est l’équivalent aujourd’hui d’une paire de jumelles ! C’est toutefois le meilleur point de départ pour tout astronome en herbe : on peut ainsi se promener le soir et découvrir les lunes de Jupiter, la Voie lactée, ou encore les reliefs de la Lune. Galilée avait présenté son télescope au Sénat de Venise, enthousiasmé de pouvoir aussi bien observer les étoiles. Il avait également révolutionné son époque en affirmant que la Lune n’était pas une surface parfaitement plate, mais constituée de cratères et montagnes.
LEP – Vous-même travaillez sur un projet de télescope de 30 mètres. Quelles seront les possibilités avec un tel instrument ?
L. S. – C’est une première mondiale. Ce télescope, construit grâce à un partenariat entre le Canada, la France et Hawaï, sera le plus puissant au monde. Prévu pour être établi sur le volcan Mauna-Kea sur la grande île de Hawaï, il devrait voir le jour en 2018. Rien que le diamètre du dôme est impressionnant : l’équivalent d’un Boeing 747 ! Pour vous donner une idée, on pourra voir depuis Victoria un billet d’un dollar américain posé sur le sol à Calgary ! En somme, il devrait nous permettre d’étudier le système solaire, la vie des exoplanètes… Et aussi de remonter dans le temps pour voir la formation des premières étoiles, c’est-à-dire à 13,4 milliards d’années, soit 400 millions d’années avant le Big Bang. Ce que l’on observe la nuit dans le ciel à l’œil nu représente ce qu’il s’est passé il y a quatre ans dans l’Univers. Nous sommes en quelque sorte des « archéologues de l’espace ».
LEP – Galilée était un ardent défenseur de Copernic. Pourquoi a-t-il rencontré autant d’opposition de la part de ses contemporains ?
L. S. – Les scientifiques de l’époque s’appuyaient sur la théorie d’Aristote qui plaçait la Terre au centre de l’Univers, les autres planètes orbitant autour avec une trajectoire parfaitement circulaire. Aristote avait énoncé cela par pure déduction philosophique ! Galilée a chamboulé son monde en suivant le modèle de Copernic, qui affirme que le soleil se trouve au centre de l’Univers, et que la Terre tourne autour de lui. Inconcevable à une époque où la science se mêlait à la religion, où tout fait scientifique s’appuyait sur les grandes théories émanant de quelques versets bibliques. Galilée lui-même, un fervent chrétien, a dû remettre en question ses croyances. Ses découvertes signifiaient que l’Homme n’était plus au centre de l’Univers.
LEP – Ressentez-vous, encore au-jourd’hui, un conflit entre science et religion ?
L. S. – Il y a toujours quelques tensions qui subsistent, mais elles restent marginales. Certains ne croient pas par exemple à l’âge de la Terre, qui s’est formée il y a 4,5 milliards d’années. Un évêque du XIXe siècle avait calculé qu’elle n’était vieille que de 6 000 ans… grâce à la Bible. D’autres estiment que le Grand Canyon s’est formé pendant le Déluge… Mais d’une manière générale, l’Église nous suit dans nos avancées. Le Vatican s’est excusé officiellement et a reconnu les découvertes galiléennes.
LEP –Et si Galilée n’avait pas existé ?
L. S. – On aurait tôt ou tard fait les mêmes découvertes, c’était inévitable. Galilée a simplement poussé les barrières liées aux mentalités de son temps. Dans 300 ans, il est évident que les astronomes pourront confirmer ou réfuter les hypothèses que l’on avance aujourd’hui, car ils auront des instruments encore plus perfectionnés. Il y a encore beaucoup de progrès à faire, et nous n’aurons pas toutes les réponses. Dans les années 20 par exemple, on a postulé que l’Univers était en expansion. C’est une théorie qui a été confirmée des décennies plus tard. Toutes les galaxies s’éloignent les unes des autres, comme un pain aux raisins qui gonfle à la cuisson ! Dans un avenir proche, d’ici 10 à 15 ans, on devrait être capable de trouver de l’eau, des forêts sur d’autres planètes. En somme, être capable de savoir si la vie existe ailleurs que sur Terre.
Sophie de Kepper



