L’Ouest canadien est la zone la plus touchée par les séismes au Canada avec plus de 1 000 secousses enregistrées chaque année. Conséquence : la région s’organise déjà dans la perspective d’un séisme d’une magnitude plus forte que celui qui a frappé Haïti cet hiver.
Au cours des 70 dernières années, l’ouest de l’île de Vancouver a connu six tremblements de terre d’une magnitude d’au moins 5 sur l’échelle de Richter. Le séisme le plus dévastateur du XXe siècle s’est produit en 1946 avec une magnitude de 7,3 et a provoqué de nombreuses avaries au centre de l’Île de Vancouver. Plus récemment, en 1996, un tremblement de terre de magnitude 5,5 a frappé l’est de Seattle et a été fortement ressenti dans les basses terres du Fraser. Bref, la région est ainsi ébranlée par un séisme dit « destructeur », d’une magnitude minimum de 5, une fois tous les 20 ans.
Pourquoi cette surexposition ? Les tremblements de terre du sud de la Colombie-Britannique sont causés par la subduction d’une petite plaque active, appelée Juan de Fuca, qui disparaît sous la plaque Nord-Américaine au niveau du sud de l’Île de Vancouver. Conséquence : la partie ouest de l’île se soulève ainsi au rythme de 4 cm par an. La croûte se contracte, dans le même temps, à la vitesse d’environ 10 mm par année. Le Canada possède plusieurs zones sismiques : le long de la côte ouest ainsi qu’au large, dans les Rocheuses, au Yukon et dans l’Arctique, à l’est du pays et le long du littoral atlantique.
Le précédent « Big One »
Le plus grand séisme s’est produit en 1700.
D’une magnitude supérieure à 8 et avec pour épicentre l’ouest de l’Île de Vancouver, il a secoué toute la côte entre le nord de la Californie et le sud de la Colombie-Britannique, détruisant plusieurs villages autochtones.
Des séismes géants
La côte ouest est la seule qui pourrait être touchée par ce qu’on appelle des séismes géants, c’est-à-dire de magnitude 9. Un séisme de cette ampleur libère quelque 30 fois l’énergie d’un séisme de magnitude 8. Toute la longueur de la zone de subduction cascadienne, soit 1 000 km, pourrait se fracturer et ébranler toute la côte partant du sud de la Colombie-Britannique jusqu’au nord de la Californie, causant des dégâts dans de nombreuses villes du sud-ouest de la Colombie-Britannique, de l’ouest de l’État de Washington et de l’ouest de l’Oregon.
Le « Big One », comme le nomment les experts, est très difficile à prévoir car il se fait rare. Il se produit environ tous les 600 ans. Selon John Clague, membre de la Chaire canadienne de Recherches sur les désastres naturels et professeur à l’université Simon Fraser, il ne fait aucun doute qu’un tel séisme verra le jour. Comme le dernier s’est produit en 1700, statistiquement le prochain devrait survenir dans les 300 années à venir.
Comme un malheur n’arrive jamais seul… la région peut aussi connaître un tsunami, créé par une grosse secousse sismique au niveau de la zone de subduction cascadienne ou d’un séisme bien plus éloigné mais assez puissant pour que le tsunami traverse l’océan. L’ouest de l’Île de Vancouver serait très exposé face à ce phénomène et pourrait connaître de forts dégâts. En revanche, Vancouver serait assez protégé car la vague aurait perdu beaucoup de sa force en traversant l’île.
Des hôpitaux mal préparés
Par ailleurs, si depuis 1941 le code national de construction publié par l’Institut de Recherche en Construction, renouvelé tous les cinq ans, oblige les immeubles et les édifices majeurs à se préparer à un certain niveau de secousse, des carences subsistent.
De fait, de nombreux bâtiments ont été construits à Vancouver avant l’application de cette loi et sont plus vulnérables face à un séisme. En outre, malgré l’existence de ce code, une étude menée en 2004 pour la 13e Conférence Mondiale sur l’Ingénierie Sismique a montré que la plupart des constructions de Colombie-Britannique répondent peu voire pas du tout aux normes antisismiques. En cause, l’omission d’éléments architecturaux, électriques et mécaniques due aux négligences des propriétaires et/ou des constructeurs.
Ironiquement, si les hôpitaux modernes sont pourvus des technologies les plus récentes, ce sont aussi leurs bâtiments qui sont parmi les plus vulnérables face à un séisme. Leurs équipements sophistiqués dépendent d’ordinateurs de contrôle et des télécommunications qui, eux, risquent de faillir. Par ailleurs, les centaines de kilomètres de tuyaux d’eau, de gaz ou encore de produits médicaux qui sillonnent les structures hospitalières pourraient provoquer d’énormes dommages, comme des incendies, des inondations ou encore des pénuries de systèmes de survie, s’ils venaient à se rompre.
Cependant, les immeubles, bien que fortement endommagés, ne s’effondreraient pas avec un séisme de l’ampleur de celui d’Haïti. De nombreuses vies seraient ainsi épargnées, en revanche les conséquences économiques n’en resteraient pas moins importantes car les immeubles seraient à reconstruire. Le tremblement de terre de Kobe au Japon en 1995 avait ainsi coûté des centaines de milliards de dollars de dommages. ■
Comment se préparer ?
Si la plupart des Vancouvérois sont conscients qu’un tremblement de terre peut frapper, peu se disent préparés face à un tel événement. Pourtant, les initiatives se sont multipliées durant les deux dernières décennies. Les écoliers de la région Vancouver-Victoria sont désormais nombreux à être informés sur les secousses sismiques. Dans les centres communautaires, des cours de préparation aux tremblements de terre sont donnés tout au long de l’année pour apprendre, entre autres, à sécuriser l’habitat en disposant de manière stratégique les meubles et les objets de la maison. Il est important de savoir où couper l’eau et le gaz chez soi, et d’avoir les accessoires adéquats, comme des détecteurs de fumée et des extincteurs : les départs d’incendie sont très fréquents après un séisme.
Jackie Christopher, responsable de l’organisation du programme d’éducation publique de ces centres, insiste sur l’impact de ces séances : « Les régions de Vancouver et du Lower Mainland doivent se préparer à faire face à ce genre de situation, car il est possible que l’aide ne parvienne pas pendant plusieurs jours après un fort séisme. » ■
Gwenaëlle Ily


