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Samedi 4 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Nature libératrice

Nature libératrice

Parmi plusieurs centaines d’artistes, Marie Doris Valois, peintre québécoise, ouvrira son atelier lors du festival d’arts visuel Crawl, les 20, 21 et 22 novembre. Elle nous entraîne dans son voyage personnel et artistique à travers les natures de notre province.

L’immeuble se trouve dans un quartier industriel de Vancouver, au coin de Venables et Clark. L’ancien entrepôt a gardé les traces de son identité perdue : monte-charges, couloirs grisonnants illuminés aux néons, fenêtres à petits carreaux poussiéreux. Marie Doris Valois s’y promène sans perdre son chemin. Ce labyrinthe est aménagé depuis les années 80, chaque étage a été divisé pour y accueillir son lot de studios et d’ateliers pour artistes.

Quatrième étage. Porte 432, épaisse et métallisée. Derrière ce numéro se cache un vivier de canevas suspendus et de croquis. Au centre de la pièce, une collection de pinceaux aux pointes encore colorées par de récentes escapades sur une toile s’amoncèlent sur une table en bois. Des crottes de peinture, de-ci de-là, étalées sur une plaque de verre, deux rangées de tubes Winsor & Newton, les favoris de Marie Doris depuis qu’elle a pris des cours de techniques des grands maîtres. Quelques pastels gras, des spatules à gâteaux – un outil qu’elle affectionne particulièrement –, et même une raclette à vitres ! Et plusieurs bocaux renfermant le medium et l’huile. « Non toxiques ! » s’amuse-t-elle à préciser, tel un détail de son adaptation à la vie vancouvéroise.

L’artiste peintre nous vient du Québec, de Mont-Laurier. Cou-tumière des paysages de sa province qu’elle anime souvent de maisonnées, elle a trouvé dans la nature britanno-colombiennne un exutoire. « L’immensité des montagnes face à la mer, la force abrupte des rochers et des chutes d’eau : ici, c’est la nature dans ce qu’il y a de plus brut, de plus sauvage », décrit-elle. Échouée il y a bientôt cinq mois sur la côte ouest, Marie Doris rencontrait alors des « problèmes de santé, des problèmes de couple, et des problèmes de peinture », résume-t-elle.

Voyage initiatique

Elle décide alors de traverser le pays pour une aventure de quelques mois. Se laisser guider par la liberté de ses mouvements, de ses coups de pinceaux. « J’ai toujours peint selon un modèle. Je voulais arriver à être libre, sans avoir à respecter les lignes ou n’importe quelle règle de dessin. Tout en arrivant à garder un lien entre mes toiles et le public, qu’elles soient accessibles. »

Aujourd’hui, tout va mieux dans son monde. Dans cet atelier providentiel, entourée d’une communauté hétéroclite d’artistes de Vancouver travaillant dans le même immeuble, elle aura bientôt écoulé son rouleau de canevas de 30 mètres qu’elle a amené avec elle. Dix-huit toiles, quinze paysages et trois abstraites : un travail différent de ses précédentes œuvres, et un aboutissement d’années empilées de diverses techniques.

Marie Doris a en effet été tisserande. Puis confectionneuse de vêtements et de literie peints à la main pendant 17 ans. Les sept années suivantes, elle se consacrera à l’École d’été des arts et métiers d’art qu’elle ouvrira à Mont-Laurier. Et tout au long de sa carrière, elle peint. Elle débute en 1992, dans un atelier qui met l’accent sur l’aspect intuitif de l’art, le ressenti de l’artiste avant qu’il ne dépose ses touches de peinture sur la toile. « C’est une question vitale pour un peintre, insiste-t-elle. Quand j’ai commencé, j’avais déjà la technique, le côté académique. Mais je ne savais pas comment me laisser aller ! » Cinq années seront nécessaires, avant d’installer son propre atelier chez elle, dans sa maison de paille.

Après cinq nouvelles années, Marie Doris reprend des cours. Les techniques des grands maîtres cette fois-ci. Elle réapprend les tons, les couleurs, à dessiner. Mais le piège, c’est d’oublier « son côté créatif ».

En arrivant à Vancouver en juin dernier, elle hésite. Ne sait pas trop par où commencer. Ses voisins l’encouragent dans sa création. « Je m’étais dit que je reviendrais au Québec avant le grand froid. Mais ils m’ont parlé du Crawl. Je ne voulais pas manquer ça ! Mon compagnon va donc me rejoindre pour la fin de cette expérience, et nous repartirons ensemble à Montréal. » Avant de rentrer, elle espère être représentée dans une galerie de Vancouver. En trois jours, Marie Doris va voir défiler dans son atelier des centaines de personnes. Un public nouveau, avec un œil neuf sur un art qui la représente désormais. Comme elle, libre.


Le Crawl est un festival gratuit de trois jours où 350 artistes ouvrent leurs studios et ateliers au public. Vendredi 20 novembre : de 17 h à 22 h. Samedi 21 et dimanche 22 novembre : de 11 h à 18 h. Renseignements et adresses sur www.eastsideculturecrawl.com.

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