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Jeudi 17 mai 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

La tête dans les arbres

La tête dans les arbres

En créant des passerelles entre les arbres, la société vancouvéroise Greenheart rapproche les hommes des cimes, en les accompagnant de messages forts sur la conservation de la forêt. Rencontre avec Joshua Lewis, un chargé de projet toujours fourré dans les arbres d’ici et d’ailleurs.

Joshua Lewis côtoie les géants de ce monde. Ils s’appellent grand cèdre, cèdre rouge ou grand sapin, mesurent dans les 100 mètres et ont parfois 600 ans. « De bons vieux géants », comme il dit alors qu’il tapote le tronc d’un Douglas dans le jardin botanique de UBC.

De l’Amérique centrale à la Nouvelle-Zélande en passant par la Colombie-Britannique, Joshua, 31 ans, parcourt les forêts du monde pour mettre en place les projets éco-touristiques de la société vancouvéroise Greenheart Conservation. Elle bâtit littéralement des ponts dans la canopée des arbres, tout près des cimes, là où les écosystèmes foisonnent de diversité. Elle permet aux touristes de cheminer, la tête dans les arbres, à 20 mètres du sol, dans l’habitat des oiseaux et des insectes. Un luxe auquel nous autres Terriens ne sommes pas habitués.

« C’est fou tout ce qu’on peut voir de là-haut, c’est vraiment une autre expérience que de marcher sur le sol. » Joshua Lewis sait de quoi il parle. Le jeune chargé de projet grimpe aux arbres pour installer chemins suspendus, plateformes métalliques et tyroliennes de Greenheart dans le monde mais aussi en Colombie-Britannique. Son boulot est aussi de former pour chaque projet les guides locaux, notamment avec des contenus d’éducation environnementale. Les fondateurs de Greenheart ont imaginé un concept durable inspiré du génie civil : un système de câbles, appelés tree-huggers, enlace les arbres et les relie entre eux, sans les blesser ni entraver leur croissance.

« Notre but est de proposer des attractions touristiques, qui rapportent des revenus aux populations locales, mais avec une faible empreinte environnementale. D’ailleurs, construire un sentier aérien a moins d’impact que d’aménager un chemin à même le sol de la forêt », affirme Joshua.
À Vancouver, la société a notamment aménagé un « sentier de la canopée » dans le vieux jardin botanique de UBC. Un « anti-parc Capilano », celui où convoient chaque fin de semaine des cars de touristes attirés par les sensations aériennes en forêt. Et cela fait grincer Joshua. « Pour moi, c’est un peu le McDonald’s des sentiers de la canopée. C’est un loisir sans éducation à l’environnement. Ici à UBC, nous avons voulu créer un lieu de découverte de l’écosystème de forêt de la côte ouest, non seulement pour les touristes mais aussi pour les locaux et les universitaires ».

Pour Joshua, le Vancouvérois amoureux de ses montagnes et des espaces naturels est un cliché. « Les gens d’ici aiment randonner dans les bois… pour entretenir leur santé. En réalité, je remarque qu’ils en savent peu sur les forêts vierges qui les entourent et qu’elles sont d’une immense diversité écologique. »

En tant que grimpeur, Joshua a créé une intimité avec les arbres. « Ce n’est pas tant le défi d’aller le plus haut possible, c’est plutôt pour ce qu’il y a à voir au sommet des arbres : les lichens, les insectes, les écureuils volants, les rapaces. Une fois en haut, je regarde le panorama, je prends des photos pour que nos clients comprennent exactement à quoi correspondent nos sentiers. Puis je me relaxe, car grimper demande un sacré effort. » L’arbre le plus haut qu’il ait jamais conquis culminait à 75 mètres.

Au travail comme en fin de semaine, entre deux sorties de surf chez lui à Tofino, le jeune homme grimpe selon la technique du technical tree-climbing, qui utilise les procédés de l’escalade ou de la spéléologie, avec un système de cordes ascendantes et descendantes. « Rien à voir avec la technique des bûcherons qui coupent les branches pour grimper dans l’arbre, qu’ils abattent de toute façon. En aucun cas nous ne devons le blesser. »

Natif de Lady Smith, près de Nanaimo, Joshua a grandi sur les chemins boueux des forêts pluviales de l’île de Vancouver, lors de sorties camping et de randonnées en famille. C’est à l’école d’éco-tourisme de Hooksum, à Clayoquot Sound, animée notamment par des Amérindiens, qu’il a été initié au technical tree-climbing, au kayak ou à la connaissance des plantes utilisées jadis par les Premières nations.

« Parce que j’ai beaucoup campé et randonné, j’ai pris conscience de la dévastation des forêts de Colombie-Britannique ». La question exaspère particulièrement le jeune homme, qui a une grosse dent contre les géants de l’exploitation du bois. « Près de 80 % de la forêt de l’île de Vancouver a été abattue. S’il n’y avait pas eu la déforestation industrielle, le plus grand arbre de la province ferait dans les 150 mètres. »

Bien qu’il ait sillonné les respectables « poumons verts » du monde, de Nouvelle-Zélande, du Nicaragua et de Californie, Joshua a un faible pour les vieilles forêts de Colombie-Britannique. Sa préférée est un joyau de biodiversité, au cœur de l’île de Vancouver, la vallée de Carmanah, épargnée par la déforestation. « C’est un endroit spécial. La vallée est restée comme auraient dû l’être, ou comme l’étaient historiquement, les autres espaces boisés de l’île de Vancouver et de la province. »

Elle abrite le plus grand arbre du Canada, un épicéa géant Sitka de 96 mètres, à peine âgé de 400 ans et découvert seulement en 1988. Un bon vieux géant, comme dirait Joshua, qui sait se faire tout petit dans l’immensité des vieilles forêts.

La canopée de Vancouver accessible à tous

Ouvert dans le parc botanique de UBC depuis août 2008, le sentier de la canopée (300 m) offre une immersion, à 18 mètres du sol, dans l’écosystème de la forêt du nord-ouest Pacifique. Ici, pas de sueurs froides : le lieu se découvre dans la contemplation. Le meilleur moyen pour se balader sur le parcours, jalonné de neuf plateformes d’observation, est d’opter pour la visite guidée. Au programme : champignons, arbres de la côte ouest, plantes utilisées par les Premières nations, faune et flore, enjeux actuels de la forêt au Canada. Encore peu connue du grand public à Vancouver, l’attraction accueille une centaine de personnes en été.

Nathalie Alonso

Visites guidées du sentier de la canopée : toutes les heures (10 h- 16 h) de juin à septembre. De septembre à juin, même horaires sauf le mercredi (début des visites à midi). Hors été, téléphonez pour confirmer la présence d’un guide. Tarifs incluant la visite libre du jardin de UBC : 20 $ (adultes), 16 $ (seniors), 14 et 6 $ (enfants). Tél. 604-822-6038

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