Steve Rolston crayonne des bandes dessinées depuis l’âge de six ans. Bercé par les titres américains, il a développé son art en dehors des sentiers battus et appartient aujourd’hui à la communauté des artistes indépendants.
Sur la table basse du salon, feuilles et maquettes s’enchevêtrent. Au crayon à papier ou à l’encre, des personnages au tracé net et précis arpentent les rues de Moscou autour de la cathédrale Saint-Basile, coiffés de toques russes, les ouchankas : des soldats plongés dans une bande dessinée surnaturelle où un programme secret soviétique des années 70 est révélé à l’époque moderne.
Steve Rolston, 32 ans, articule tous ces bonshommes miniatures à qui il donne vie. « Je travaille sur Ghost Projekt depuis deux ans avec Joe Harris qui produit les dialogues, explique-t-il. Souvent, l’inspiration vient en lisant le scénario. L’auteur peut demander à ce qu’un personnage ait telle ou telle caractéristique physique. Je regarde sur Internet à qui il pourrait ressembler, et j’adapte à ma convenance. Ou bien je peux placer des personnages secondaires qui sont en fait mes anciens colocataires. Quand il y a des scènes de fête, avec beaucoup de monde, je prends mes amis pour modèles. » Un jeune homme aux cheveux dressés sur la tête, à la barbichette taillée et habillé en noir circule aussi d’une bande dessinée à l’autre. C’est Steve lui-même, qui s’amuse à parcourir ses propres aventures fictives, et qui appose par la même occasion sa marque de fabrique.
Chez lui, des bandes dessinées en tout genre s’empilent par centaines sur ses étagères, et une vingtaine de boîtes archivent ses lectures d’enfant qu’il conserve précieusement. « Je les garde pour les relire, ou me donner de l’inspiration dans mon travail. »
Dans son immense collection, il compte un certain nombre de numéros d’Archie, très populaire dans les années 40 et 50, qu’il lisait étant enfant. Originaire de Pender Harbour sur la Sunshine Coast, il n’avait alors guère d’autres possibilités que d’aller à la pharmacie pour commander ses bandes dessinées, car il n’y avait aucun magasin qui en vendait. « À 12 ans, je suis passé aux super-héros », continue-t-il. Une passion qui s’est évaporée avec les années. « Après le lycée, j’ai découvert qu’il existait beaucoup d’autres styles : crime, drame, histoire d’amour, horreur, autobiographie, etc. Le marché n’est pas très développé mais ces bandes dessinées sont désormais plus accessibles au grand public. » Des films tels que Persepolis ou Ghost World, tirés originellement de bandes dessinées, ont d’ailleurs permis de développer un certain engouement pour ce genre d’œuvres. Elles sont aussi de plus en plus intégrées dans les récompenses littéraires. « Même le New York Times a créé une section spéciale bandes dessinées dans sa rubrique des meilleures ventes de livres », s’enthousiasme-t-il.
Créer des partenariats
Passionné par le dessin, Steve n’a jamais manqué de crayons et papiers pour s’entraîner à son futur métier. « Mes parents travaillaient dans une boutique de fournitures de bureau. Ils me ramenaient de quoi m’exercer ! » À 18 ans, il entrera à l’école d’animation de l’université de Capilano. « Mes professeurs me faisaient travailler sur des story-boards, ce qui se rapprochait le plus de la BD. »
Son diplôme en poche, il passe son temps à dessiner, à tenter de trouver des éditeurs pour publier ses travaux. « Les congrès sont le meilleur moyen de se montrer, de se faire connaître. On rencontre des maisons d’édition, des auteurs avec lesquels on peut s’associer pour se lancer dans un projet. » Steve se liera d’ailleurs avec Greg Rucka, originaire de San Francisco, qui lui demandera de produire les illustrations de plusieurs livres de sa série Queen and Country, publiée chez Oni Press. Avec cette expérience, il remportera en 2002 le prix Will Eisner pour la meilleure nouvelle série, les « Oscars » de l’industrie de la bande dessinée.
À ce jour, Steve a réussi à publier sept de ses bandes dessinées, et la sortie du premier de cinq albums de Ghost Projekt est prévue le 3 mars prochain. « Je n’ai pas souvent les moyens de travailler sur des projets créatifs qui me tiennent à cœur, regrette-t-il. Avec les petites maisons d’édition, j’ai plus de libertés. Mais en faisant ce choix, je fais un pari sur les ventes, évidemment moins élevées que chez les grands noms de l’industrie. » En attendant de vivre totalement de ses créations, Steve est donc contraint de s’adonner à quelques missions dans l’animation et les jeux vidéos. « Pour payer les factures. »
Sophie de Kepper
Retrouvez la suite du dossier ici :
Dossier bandes dessinées : le Canada en mal de super-héros : http://www.lexpress.org/societe/dossier-bandes-dessinees-le-canada-en-mal-de-super-heros/

