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Mercredi 22 mai 2013

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Vendredi 24 mai 2013

Une peinture en chair et en os

Une peinture en chair et en os

Des beautés de la nature aux personnages de fiction, Samantha Rae laisse libre  cours à son imagination dès qu’elle touche ses toiles du bout de son pinceau. La particularité de ses œuvres : elles sont toutes bel et bien vivantes.

Les couloirs du club Odyssee sont encore déserts. Il n’est que 21 heures ce samedi soir, les platines ont lancé leurs lourdes basses et les essais lumières ont débuté. À l’arrière, dans un vaste entrepôt où il ne fait guère plus de dix degrés, une jeune poupée aux airs de Blanche-Neige déploie ses trousses de pinceaux. La peau claire, une bouche carminée parfaitement dessinée, des yeux bleu céleste et une chevelure sombre modelée comme celle des vedettes des années 50. « J’aime entretenir cette allure de pin up », souffle-t-elle avec un sourire malicieux.

Sa première toile de la soirée se prépare, enlève ses chaussures, son tee-shirt et son pantalon. Il s’appelle Jorge et sera l’un des quatre danseurs à se produire sur la scène de la boîte de nuit. Samantha Rae, 28 ans, parcourt le dos du jeune homme avec un pistolet à peinture. Chaque geste est ponctué d’un sourire de satisfaction, d’un « charmant », « ravissant », « magnifique ».

En quelques minutes, des touches grises et bleutées viennent dessiner une nageoire. D’un mouvement rapide du poignet, elle esquisse les lignes de sa composition d’une peinture dorée et apporte la touche finale en saupoudrant le corps de paillettes qui brilleront sous les projecteurs toute la nuit. Quelques étoiles sur l’épaule, et le jeune homme est fin prêt. Thème de la soirée : capricorne. « Les gens adorent ça, ils vous portent une attention particulière, s’extasie-t-il. Vous êtes à la fois un danseur et une œuvre d’art. »

C’est ensuite le tour de Jonathan, puis de Logan, et enfin de Mico. Les garçons frissonnent à chaque coup de pinceau que Samantha fait glisser sur leur torse, leurs cuisses, leur estomac ou leur nuque, amusant la jeune femme qui voue une passion sans commune mesure à l’art corporel.

« Je serais bien incapable d’être serveuse », lance celle qui a toujours réussi à vivre de son art. À 5 ans, elle n’envisageait aucune autre voie que celle d’être dessinatrice pour les films d’animation de Disney. « Je passais des heures, assise, à dessiner. Mes parents m’ont toujours dit que c’était une vocation. » À 8 ans, elle tient pour la première fois un pistolet à peinture entre ses mains. « Mon père est architecte. Je lui donnais un personnage que j’avais ébauché, et il le remplissait à la peinture. »

Prendre soin de ses modèles

Depuis, elle s’est essayée à la poterie, à la conception de costumes de cirque, à la peinture de bâtiment et même à la peinture de sols en béton pour leur donner un aspect de marbre ou de granite. L’année passée, elle a même ouvert un studio de tatouage sur l’île de Vancouver, d’où elle est originaire, en parallèle avec ses nombreux rendez-vous de peinture sur corps. « Ma mère et mon beau-père ont voulu me servir de modèles, que je m’entraîne sur eux pour mes premiers tatouages ! », se rappelle-t-elle, hilare. Une preuve de confiance indéniable envers les talents de leur fille.

D’ailleurs, pour la peinture sur corps, sa mère s’est aussi prêtée au jeu du modèle ainsi qu’à celui d’assistante, au nouvel an, lorsque Samantha a peint les jeunes danseurs du club Celebrities, son autre client habituel.

Ses sœurs, plus jeunes, ne se font pas prier non plus pour s’offrir une beauté avant de sortir. Car Samantha a également suivi une formation de maquilleuse.

« Mon premier essai était en 2002, à 21 ans, lors du concours de peinture sur corps de Nanaimo. J’ai fini deuxième ! » s’emballe-t-elle, alors qu’elle s’était entraînée sur sa jambe. Le jour J, elle a reproduit un érable sur son modèle à qui elle avait amené des bonbons. « J’essaie toujours de les mettre à l’aise, de les détendre par des petites blagues et des sourires. Si beaucoup ont confiance en elle et en leur corps, se dénuder reste toujours un acte intimidant, même si les culottes sont obligatoires en compétition. » D’ailleurs, les artistes masculins ont souvent eu à en découdre avec des mannequins à 90 % féminins. « Ils doivent toujours veiller à ne pas dépasser les limites, à faire attention lorsqu’ils s’aventurent autour des parties intimes. À trop vouloir flatter leur ego d’artiste, ils pourraient mettre les jeunes femmes mal à l’aise », insiste-t-elle.

Depuis ce premier concours, Samantha s’est forgé une réputation dans toute la province. « Je ne donne plus de carte d’affaires, je n’ai plus le temps d’accepter de nouveaux clients ! » De plus, elle compte bien passer davantage de temps dans l’aménagement de sa nouvelle maison qu’elle construit avec son mari. Parions qu’elle s’occupera de la peinture.

Sophie de Kepper

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