Mercredi 8 septembre 2010

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Lundi 13 septembre 2010

Tous poils dehors

Tous poils  dehors

La gent masculine semble donner dans le rétro depuis quelques jours. Si vous y prêtez attention, vous remarquerez en effet qu’on célèbre en ce pluvieux mois de novembre le retour de la moustache. Pas de quoi rire, c’est pour la bonne cause.

Nous sommes le 10 novembre, et Michael Allison ne fait pour l’instant pas trop le malin. Sa petite moustache blonde n’a que quelques jours. Rien de très viril. On est loin de ces icônes des années 70 et 80 qui arborent une moustache dense, aux poils saillants et drus, finement taillés au millimètre près. « De nos jours, ce n’est plus très glamour, plaisante ce jeune homme de 26 ans, originaire de Vancouver. Il faut au moins qu’elle soit épaisse pour avoir l’air d’un mec ! »

Mais si Michael participe à cette aventure quoiqu’un peu loufoque, c’est justement pour « changer le visage de la santé masculine ». L’idée de remettre la moustache au goût du jour naît en 2003, sur l’initiative de quelques copains australiens. Loin de se douter que le phénomène explosera en quelques années à travers le monde, ils réussissent à entraîner dans leur sillon le Canada, les États-Unis, l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande et quelques pays d’Europe. Ils décident finalement de mettre cette mode éphémère du mois de novembre au profit d’une cause qui leur tient à cœur : la lutte contre le cancer de la prostate.

Depuis, la Fondation Movember (combinaison de moustache et November), qui en a découlé, essaie d’aborder avec un peu de légèreté un sujet encore trop tabou parmi les hommes. « C’est une maladie silencieuse dont ils ne veulent pas parler, confirme Michael, dont un membre de sa famille a récemment subi une intervention chirurgicale pour soigner son cancer. Ils n’aiment pas partager le sentiment de peur. Ça les embarrasse. D’où la moustache, pas vraiment à la mode, qui nous donne un air ridicule ». La maladie touche aujourd’hui un homme sur six, et est curable dans 90 % des cas si elle est décelée suffisamment tôt.

Moustache contre dollars

En 2008, Michael découvre le site Movember sur Internet, grâce à plusieurs internautes qui exhibent leur moustache sur la Toile. « Ce gars de Toronto publiait des photos de lui tous les jours, pour voir l’évolution. C’était marrant parce qu’il n’avait vraiment pas la tête de l’emploi », raconte-t-il amusé. Cette année, il est sur le pied de guerre dès le 1er novembre, rasé de près pour s’inscrire sur le site de la fondation. Certains pourraient-ils être tentés de tricher et de commencer avant la date officielle ? « Difficilement, rétorque-t-il. Votre petite amie n’apprécie déjà guère votre poil naissant qui lui pique le visage. Et au travail, autant éviter le plus longtemps possible les taquineries au sujet de ressemblances douteuses avec une quelconque star du porno ! »

Il décrit alors le parcours du nouveau moustachu : les premiers jours, il faut absolument se rappeler de ne pas se raser à l’endroit voulu. « Après cinq jours, ça devient vraiment désagréable ! Ça gratte, on s’en met plein partout dès qu’on boit un café ou de la soupe. Et votre copine ne rate pas une occasion de vous rappeler que ça pousse, évidemment ! » Pour tenter d’apaiser les humeurs de Brittany, sa compagne, Michael a son truc : un démêlant haut de gamme qui adoucit les poils de sa moustache naissante…

D’ici la fin du mois, il espère récolter au moins 1 000 $. Le public est en effet appelé à soutenir son moustachu préféré par des dons qui seront reversés à Movember. Et pour l’heure, Michael est bien parti : au sein de son équipe « Twi’stache », qui compte 28 membres originaires de Vancouver et de sa périphérie, il a accumulé 850 $ à mi-parcours, sollicitant ses amis, sa famille, sa petite amie, et même sa patronne. Si l’expérience lui tient personnellement à cœur, il confesse attendre avec impatience le 1er décembre, date de l’ultimatum imposée par Brittany pour se raser la moustache ! Il y aura de toute façon à la fin de Movember une shaving party entre Mo Bros et Mos Sistas* pour libérer tous ces hommes de leurs bacchantes.

Sophie  de Kepper


* Comprendre une « fête du rasage » où les jeunes femmes participant à Movember, pour le recrutement des hommes ou la récolte de dons par exemple, sont appelées Sœurs Moustache et rasent leurs Frères Moustache, participants masculins.


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