Après une trentaine d’années sur les ondes, elle était devenue une animatrice familière pour les auditeurs de Radio-Canada en Colombie-Britannique et dans le Yukon. Portait de Danielle Marcotte, qui prend sa retraite alors que la station publique réduit le nombre de ses programmes locaux.
Si vous la croisez dans la rue, vous ne la reconnaîtrez probablement pas. À moins d’entendre sa voix, devenue si familière pour les auditeurs de Radio-Canada. « La radio est un média de compagnie, un média de proximité, explique Danielle Marcotte. Les auditeurs ont l’impression de nous connaître personnellement et, pour eux, nous faisons presque partie de la famille. Notre voix les accompagne toute la journée. »
Pendant 33 ans, Danielle Marcotte a préparé et animé des centaines d’émissions locales sur la Première Chaîne. Les fidèles de la station publique se souviennent probablement de ses nombreuses entrevues avec des francophones, mais cette énergique quinquagénaire n’a pas seulement proposé des émissions communautaires. Sur les ondes de la Colombie-Britannique et du Yukon, elle a aussi travaillé comme journaliste politique et animé des émissions sur la musique ou les arts.
Jusqu’à son départ en retraite fin juin, elle réalisait et animait Mots croisés, une émission sur la communauté francophone d’une heure diffusée chaque jour de la semaine en fin de matinée, et Que du bonheur !, un divertissement de deux heures proposé tous les samedis matins.
Entrée à l’automne 1974 à Radio-Canada, elle commence par lire les titres des journaux sur les ondes. Un métier aujourd’hui remplacé par Internet où chacun peut consulter librement les manchettes des quotidiens, s’amuse-t-elle. Elle devient ensuite recherchiste (documentaliste), un poste à mi-chemin entre la documentation et la préparation des émissions.
En 1976, elle fait ses débuts en tant qu’animatrice, un métier très masculin à l’époque. « L’animation, c’est une carrière en soi, bien différente du journalisme, explique-t-elle aujourd’hui. L’animateur donne de l’âme à l’émission, le journaliste apporte la viande, le contenu du programme ! »
Si les outils techniques ont largement évolué au cours de sa carrière, elle souligne que le métier d’animateur a en fait connu peu d’évolutions. « Il faut toujours rester à l’écoute des autres et s’informer en permanence de ce qui se passe dans notre communauté », souligne-t-elle.
Bien que le développement d’Internet simplifie désormais la tâche, la recherche des invités reste la partie la plus dure de son travail : « Il n’est pas facile de trouver une personne à la fois francophone et cohérente avec le sujet que nous allons aborder. »
En revanche, l’évolution de la société britanno-colombienne a été extraordinaire, s’enthousiasme-t-elle. « Les associations francophones se sont multipliées, la qualité du travail fournie par la communauté s’est incroyablement améliorée par les services offerts ou les artistes invités. »
Il y a 20 ans, trouver un bon café à Vancouver relevait de l’épique ! Impossible de dénicher un expresso ailleurs que dans les boutiques italiennes de Commercial, se souvient-elle. « Je ne sais pas si la ville s’est améliorée, mais elle est clairement différente », juge celle qui est arrivée en Colombie-Britannique à l’âge de 20 ans. « Vancouver était un gros village, très provincial. Aujourd’hui, la vie culturelle y est incroyablement riche, la ville célèbre son internationalisme, on y trouve de tout. Il n’y avait même pas d’immeubles de plus de trois étages là où s’élance aujourd’hui une forêt de verre. »
« La voix de la Colombie-Britannique s’éteint »
Mère de deux enfants, Danielle aurait pu être institutrice comme son mari et elle avait d’ailleurs suivi cette formation. « L’enseignement m’aurait plu, confie-t-elle, car on peut observer les réactions, les résultats de notre travail, ce qui est difficile, voire impossible, en radio. »
Elle a pourtant choisi la voie des ondes « par passion ». Un métier pas toujours facile à exercer dans une station publique qui évolue en permanence. Dernièrement, même si la privatisation de Radio-Canada n’est pas à l’ordre du jour pour le gouvernement de Stephen Harper, des centaines de personnes travaillant pour le réseau en français ont été mises à pied. En septembre, Radio-Canada va donc réduire le nombre de ses programmes locaux en français : des six émissions locales diffusées en Colombie-Britannique et dans le Yukon, seules deux se poursuivront à la rentrée. Il n’y aura alors plus que cinq heures de programmes pendant les jours de la semaine.
« La voix de la Colombie-Britannique s’éteint, regrette Danielle. Cet été, il n’y aura aucun programme conçu ici en fin de semaine alors qu’il y en avait près de dix heures par jour en 1976 ! »
Officiellement, il s’agit d’améliorer la qualité des programmes de Radio-Canada en faisant travailler plus de professionnels sur ces émissions moins nombreuses. Danielle s’interroge : « Je suis convaincue que ces programmes seront de meilleure qualité, mais est-ce que ce sera encore de la radio ? Vous accompagnera-t-elle toujours avec seulement quelques heures de programmes locaux par jour ? »
Baptiste Cordier


