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Vendredi 24 mai 2013

Poète des temps modernes

Poète des temps modernes

Dans l’univers du slam à Vancouver, un nom circule de bouche à oreille : Magpie Ulysses. La jeune femme est connue pour ses textes ciselés et mordants. Elle va publier en juin son troisième recueil de poésie et part en tournée tout l’été. Rencontre.

Elle a la démarche élancée, le sourire généreux et la parole facile. Quand elle franchit la porte d’un café réputé de Commercial Drive, on est d’abord troublé par son regard bleu et profond. À 29 ans, Emily Campbell a hérité, au fil des années, d’un drôle de nom de scène qui lui colle à la peau : Magpie Ulysses (La pie Ulysse). L’air pensif, elle s’exprime d’une voix grave et posée. « Mes écrits sont très personnels. Avoir un pseudonyme m’aide à ne pas me prendre trop au sérieux face au public », explique-t-elle. « Tout est parti d’une plaisanterie. Le terme “Magpie” reflète mon côté collectionneuse. Comme l’oiseau, j’amasse toutes sortes d’objets brillants récupérés sur mon chemin lors de mes errances. » Le mot « Ulysses » rappelle quant à lui son parcours.

Car comme le héros grec, la jeune femme a aussi eu son Odyssée. Née à Calgary, elle a grandi en Alberta au sein d’une famille où « raconter des histoires faisait partie du quotidien » : « On lisait des poèmes à voix haute partout, dans la cuisine, la voiture, etc. J’ai écrit mon premier texte à l’âge de 13 ans. » Après le lycée, elle décide de vendre tout ce qu’elle possède. Direction le Mexique en passant par Toronto. « J’avais 18 ans, je suis partie avec mon petit ami de l’époque. Nous avons traversé l’Amérique en auto-stop, vécu dans une tente et un vieux bus. Je voulais découvrir la vie. » Son périple de 6 mois lui a « donné des ailes », lance-t-elle. « Je suis revenue avec des idées plein la tête. J’ai décidé de mettre mes anciens poèmes en scène. Je voulais faire vivre mes textes. »

Après un passage à Halifax en 2001, où elle travaille comme serveuse dans un café, elle décide de faire son nid à Vancouver. C’est ici qu’elle découvre le slam, un monde dans lequel les poètes s’affrontent dans des sortes de joutes oratoires des temps modernes. « Au début, j’étais pétrifiée à l’idée de monter sur scène. Et puis, je me suis prise au jeu. J’ai réalisé que je pouvais donner vie à mes mots, découvrir de nouvelles significations à mes poèmes. »

Une prose épurée, sans prétention

Gagnante du concours de poésie oratoire Vancouver CBC Poetry Face off 2008, elle a publié Tinfoil, Twitties & Other Shiny Things; Love poems from the aviary en 2005 et School of Etiquette en 2006. Son nouveau recueil, Smokers in Straw Houses, sera disponible en juin. Et si Magpie Ulysses a attendu quatre ans pour écrire ce livre, c’est « pour prendre le temps de vivre, explique-t-elle. Je puise mon inspiration dans mes aventures, dans ce que j’entends au gré de mes rencontres. »

L’artiste écrit des histoires simples dans lesquelles s’entrecroisent métaphores filées et dialogues. Sa prose est épurée, sans prétention et dénuée de rimes. Quand Magpie Ulysses prend sa plume, c’est pour évoquer des sujets profonds avec légèreté. « J’aime parler de ce qui nous effraie. Nous basons tellement notre vie sur le jugement, nous nous protégeons tous dans notre carapace sans nous assumer entièrement ».

Si sa première parution dévoile une poésie romanesque essentiellement axée sur le sentiment amoureux, la deuxième, au titre évocateur (L’école de l’étiquette), se montre plus révoltée. Avec une pointe d’humour et d’autodérision, elle s’amuse notamment des clichés sur la gent féminine. Son dernier ouvrage s’annonce, quant à lui, moins rebelle et plus réfléchi. Entre temps, la slameuse a grandi et a passé 2 ans à l’université pour étudier l’anthropologie. Son objectif : « Mieux appréhender le comportement humain ».

« Aujourd’hui je travaille aussi comme paysagiste. Une activité que j’aime autant que l’écriture, assure-t-elle. Quand je suis dans un jardin, pour moi tout me semble plus clair, je prends le temps pour réfléchir. » Et pour la suite ? Magpie Ulysses compte bien poursuivre son envol et refuse de s’enfermer dans une catégorie. « Le slam est un format, un jeu qui m’a permis de me lancer. Je n’ai plus envie de jouer. Je ne suis pas faite pour vivre avec des règles ». ■

Informations et dates des prochains spectacles de Magpie Ulysses sur son site www.magpieulysses.com

Romain Desgrand

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