Réalisatrice-productrice-scénariste et présidente du Front des Réalisateurs Indépendants du Canada, Carole Ducharme évolue depuis toujours dans le milieu du cinéma, et depuis plus de 15 ans dans celui de la réalisation. Un défi constant qu’elle mène avec persévérance et sérénité.
Le pendentif du collier qu’elle porte représente le « Om », le son prononcé lors de la pratique de la méditation. « Il me pousse à être toujours calme et se-reine », précise Carole Ducharme. Difficile, pourtant, de rester dans cet état d’esprit lorsqu’on est à la fois la présidente du Front des Réalisateurs Indépendants du Canada (FRIC), qui regroupe et soutient les réalisateurs francophones en milieu minoritaire, et une réalisatrice - scénariste - productrice, qui lutte pour vivre de son art sans renier ses convictions personnelles.
Le métier de cinéaste est très difficile. Le talent et la passion ne suffisent pas. Il y a au final peu d’élus tant la concurrence est rude pour décrocher un financement et voir son film produit. La situation est un peu plus facile à la télévision. « On peut écrire un long-métrage sans qu’il soit produit. Il est difficile de trouver des fonds car les demandes sont nombreuses. En télévision, on a plus de chance, car le temps disponible est plus grand », explique Carole Ducharme, qui après avoir réalisé quatre courts-métrages de fiction, prépare actuellement ses deux premiers longs-métrages : Les femmes de ma vie, une comédie dramatique, et Le donneur, une comédie.
Un métier d’autant plus ardu que Carole Ducharme est exigeante et perfectionniste : « Je veux toujours faire mieux, cela m’aide beaucoup à rendre mon projet plus complexe, à l’amener à un autre niveau pour transcender les clichés et les stéréotypes, et toujours laisser place à une réflexion sur le sujet. » Une démarche qu’elle applique notamment dans l’écriture de ses comédies, un peu à la manière de Little Miss Sunshine ou des films d’Étienne Chatiliez qu’elle cite parmi les œuvres qui l’inspirent.
Mais conjuguer le goût du public avec celui de la réalisatrice est parfois compliqué. Alors, pour des raisons alimentaires, Carole Ducharme a dû faire des compromis et accepter de travailler sur des émissions de téléréalité sur le hockey ou encore sur la perte de poids. « Cela fait mal à mon âme » regrette-t-elle. Je trouve [ces programmes] horribles à regarder alors je n’ai pas envie de travailler dessus. » Mais elle tient à conserver un équilibre entre ses convictions personnelles et les nécessités monétaires. « On m’a offert de travailler sur des émissions où les gens se battaient mais j’ai refusé […], je n’étais pas assez désespérée. »
Du courage
Avec toutes ces difficultés, Carole Ducharme ne songe-t-elle pas parfois à arrêter ? « Tous les jours », répond-elle dans un grand éclat de rire. « Je me demande ce que je pourrais faire qui soit plus rémunérateur, meilleur pour ma santé physique et mentale et moins frustrant, car on nous dit souvent non [dans ce milieu]. » Les récompenses qu’elle a obtenues dans des festivals l’aident à ne pas baisser les bras : Prix du meilleur court-métrage du festival Women in Film de Seattle pour Straight in the Surburbs et du Female Eye Film Festival de Toronto pour Ben voyons, Camille!, prix Blizzard pour son documentaire Les Enfants du Quartier, sélection au festival Hots Docs de Toronto pour le documentaire Man-Made Women / Presque Parfaite.
De toute façon, Carole Ducharme pense qu’elle n’a pas vraiment d’autre choix que de continuer. « Si j’arrête, rien ne va se passer. Mais si je continue, j’ai une chance que quelque chose de positif se produise ». Il faut aussi dire que ce choix de faire du cinéma ne doit rien au hasard et qu’elle s’est bien préparée avant de se lancer dans cette carrière.
Carole Ducharme est en effet tombée dans le milieu du cinéma et de la télévision quand elle était petite. Elle est la fille du comédien Yvan Ducharme, connu pour ses Insolences à la télévision dans les années 1960 et pour son rôle dans le feuilleton Les Bergers dans les années 1970. La carrière de son père a été très ralentie après la survenue d’un cancer du poumon. « J’ai grandi en voyant que le “rien” succédait au “tout” très rapidement. Je comprenais qu’il s’agissait d’un secteur instable. C’est pour cela que j’ai fait des études de Droit ».
Bien qu’ayant toujours eu envie de faire du cinéma, Carole Ducharme décide donc de poursuivre ses études qui l’amènent à se spécialiser en Droit du cinéma. Après avoir été conseillère juridique pour la régie du cinéma au Québec, elle part deux ans à Paris dans des maisons de production, en charge notamment de coproductions internationales comme Mon ami Max du réalisateur Michel Brault, ou encore La madre muerta avec Lio comme actrice principale. Puis, elle devient productrice associée du dessin animé Cybersix pour un studio d’animation de Vancouver. Cette expérience en production est un grand atout pour elle car cela lui permet de se produire elle-même et ainsi de ne pas être dépendante d’un tiers.
Alors qu’elle prépare actuellement deux films et qu’elle écrit une série télévisée intitulée Pourquoi Vancouver ? pour Radio-Canada, Carole Ducharme se dit « calme et sereine » à 47 ans. Car pour mener un projet à son terme, selon elle, il « faut apprendre à se détacher et à ne pas trop s’investir émotionnellement ».■
Fanny Bourel


