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Vendredi 21 décembre 2012

La voix des anti-olympiques

La voix des anti-olympiques

Christopher Shaw est sans doute le militant anti-olympique le plus en vue au Canada. Ce chercheur en neurosciences à l’université de Colombie-Britannique mène depuis des années un combat pour enrayer la machine olympique.

Une chose est sûre, l’homme embarrasse le comité d’organisation des Jeux olympiques. Christopher Shaw, 59 ans, n’est pas un terroriste, mais c’est certainement un grain de sable dans l’organisation des prochains JO d’hiver. Affable, il ne se cache pas, apparaît souriant et s’exprime dans un langage clair. Depuis que Vancouver a été pré-sélectionnée pour accueillir les prochains Jeux olympiques, il s’est positionné en première ligne pour dénoncer le « cirque » que représente à ses yeux l’évènement. Pourtant, rien ne semblait le prédestiner à devenir le fer de lance du mouvement anti-olympique canadien.

Originaire de Californie, Christopher Shaw est actuellement chercheur et professeur à l’université de Colombie-Britannique. Ses travaux sur les maladies neurologiques lui valent aujourd’hui le respect de ses confrères. Mais sa notoriété au-delà de la communauté scientifique, il la doit principalement à son engagement militant. L’homme avoue qu’il est « probablement obsédé » par la politique. Bercé à gauche, il fut d’abord membre du parti vert de Colombie-Britannique entre 2003 et 2006. Mais il regrette rapidement le manque de courage des verts, dictés par des ambitions électorales. C’est alors qu’il se tourne vers le Work Less Party fondé par son ami Conrad Schmidt. Il ira même jusqu’à se présenter aux dernières élections municipales de Vancouver sous l’étiquette du « parti de la décroissance ». Aujourd’hui, il s’estime heureux de ne pas avoir été élu. Selon lui, le Work Less Party n’a pas vocation à gouverner mais plutôt à représenter une force d’opposition.

Cet esprit contestataire n’a jamais caché sa proximité avec le mouvement altermondialiste. Il prend notamment part aux manifestations de Seattle en 1999 et de Québec en 2001 où il s’engage comme infirmier volontaire du côté des manifestants. « Quand j’ai analysé les JO plus en détail, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de ressemblances entre l’Organisation Mondiale du Commerce et la méga-entreprise qu’on appelle le Comité International Olympique [CIO]. Plus j’en apprenais, plus je voulais empêcher que les jeux se tiennent ici », expliquait-il au Vancouver Observer en novembre 2008.

Le CIO défié

Pour concrétiser son engagement, il fonde en 2002 l’association 2010 Watch pour laquelle il officie aujourd’hui comme porte-parole. Il dénonce alors les mensonges du CIO et les magouilles en tout genre qui entachent selon lui l’organisation des prochains Jeux. En 2008, face au manque d’intérêt des médias dominants pour le mouvement anti-olympique, il se prend pour un journaliste d’investigation et développe son argumentaire dans un ouvrage intitulé Five Ring Circus.

En fin communicant, il assure aujourd’hui que son engagement dérange. Il se dit même victime d’intimidations, comme en juin 2009 quand il est approché en pleine rue par deux policiers qui veulent simplement « discuter ». Loin d’être déstabilisé par ces évènements, il sait les tourner à son avantage en alertant immédiatement les médias, offrant par la même une tribune inespérée au mouvement qu’il représente.

Aujourd’hui, il n’a pas peur de prendre des positions radicales quand il estime que les Jeux menacent les libertés individuelles. En piètre diplomate, il s’adresse sur son blog directement à John Furlong, le directeur général du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Vancouver (COVAN) : « M. Furlong, si l’un de vos hommes de main tente de toucher à ce qui m’appartient ou d’interférer avec moi d’une quelconque manière, vous aurez besoin de tous les renforts du GIS (Groupe intégré de la sécurité Vancouver 2010) dont vous pourrez disposer. Puis, pour couronner le tout, je vous poursuivrais personnellement en justice jusqu’à ce que vous soyiez sur la paille. »

Et comme un défi lancé au CIO et à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), il ajoute : « Mon Canada est une aire de liberté d’expression gigantesque et je n’ai pas l’intention d’aller dans vos “enclos à protestation” pour faire plaisir à vos copains du CIO. Mes droits civiques seront toujours plus importants que votre fête olympique et je manifesterai et je parlerai quand et où je veux dans mon propre pays ».

La lutte du pot de fer contre le pot de terre a bel et bien commencé.

Frédéric Siret

1 commentaire pour “La voix des anti-olympiques”

  1. it

    N’y-a-t’il pas des voix francophones qui ont exprimé leurs doutes et qui mériterait d’être reconnues?

    Je vous signale aussi une voix hors-academia qui a été pionnière bien avant Christopher Shaw pour nous informer adéquatement sur les méfaits de l’attitude corporative de l’IOC, i.e. Maurice Cardinal sur OlyBlog et sur Twitter.

    Chapeau entk pour maintenant diffuser un différent son de cloche, en dépit de la commandite difficile à ignorer en haut de page.

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