Parution du journal suspendue

Lundi 20 mai 2013

Prochaine publication papier

Vendredi 24 mai 2013

La panseuse d’âmes

La panseuse d’âmes

« Le 12 janvier, la terre a tremblé mais elle a aussi fait trembler les cœurs et les âmes. » C’est par ces mots que Nicole Aubé, psychologue de Vancouver en mission humanitaire à Haïti, a choisi de débuter ses séances de thérapie de groupe avec les rescapés du tremblement de terre. Rencontre avec une femme simple et chaleureuse qui, même après 30 ans de pratique, reste « fascinée par les humains ».

Quelques minutes passées avec Nicole Aubé suffisent à comprendre que cette Québécoise d’origine ne s’est pas trompée en choisissant de devenir psychologue. Très tactile, elle considère que son « rôle est d’aider les gens » tout simplement. C’est en 1982, juste après l’obtention de son doctorat en psychologie, qu’elle quitte Montréal pour suivre son mari nommé professeur de psychologie à UBC.

Et puis, il y a quelques années, elle s’entend dire à l’une de ses patientes : « Il faut réaliser ses rêves. » Celle pour qui l’humanitaire a toujours été un désir décide donc de contacter Médecins Sans Frontières (MSF). C’est alors le point de départ d’une aventure humanitaire qui va la mener en Tchétchénie, au Congo puis, en 2010, en Haïti.

Souffrances psychologiques

C’est en mars dernier que Nicole Aubé arrive en Haïti avec comme mission de veiller à la santé mentale des 700 membres du personnel de MSF-Holland, des Haïtiens pour la plupart qui ont perdu des proches dans la catastrophe. Elle parvient pendant les quatre semaines que dure son séjour à rencontrer environ 450 employés lors de thérapies de groupe de 2-3 heures ou de rencontres individuelles d’une heure.

« Ils n’avaient encore jamais vu de psychologue mais étaient flattés que l’on s’inquiète pour eux. Chacun d’entre eux voulait me raconter précisément comment ils avaient vécu ce qui s’était passé le 12 janvier à 16 h 50. » Des rescapés qui sont autant traumatisés par le tremblement de terre lui-même que par les jours qui ont suivi, marqués par l’attente des secours.

« Des morceaux de corps jonchaient le sol, des victimes suppliaient qu’on les aide mais ils n’avaient pas les moyens de les aider. Ce sentiment d’impuissance à voir des gens mourir les a beaucoup marqués. Ils m’ont tous dit “J’ai abandonné ces gens”. L’autre thème qui revenait souvent, c’est l’impossibilité d’avoir pu enterrer leurs morts. »

Face à la menace du choléra, les victimes ont, en effet, été inhumées dans des fosses communes. « Or, on ne leur avait pas précisé que c’était nécessaire, pour éviter le choléra. Ils étaient contents d’avoir une explication car ceux qui ne voient pas le corps de leurs morts ont beaucoup plus de difficultés à faire leur deuil ».

Les 25 années d’expérience en matière de stress post-traumatique accumulées par Nicole Aubé au contact des adolescents victimes d’abus sexuels ainsi que des policiers de la GRC lui ont permis d’identifier les Haïtiens les plus à risque. Ce trouble de l’anxiété se traduit notamment par des dérèglements persistants de l’appétit, du sommeil et de la mémoire.

Lors de sa seconde mission à Haïti en août, Nicole Aubé a pu effectuer un suivi et s’assurer que ces personnes allaient pouvoir bénéficier sur le long terme de soins délivrés par un psychologue local, payés par MSF. Environ 10 % des Haïtiens qui ont survécu au tremblement de terre ont développé un stress post-traumatique, contre 30 % des victimes de Katrina [Ouragan qui a dévasté la Nouvelle-Orléans en août 2005, ndlr]. Une différence qui, selon Nicole Aubé, s’explique par le fait qu’en Haïti les gens ont participé à la reconstruction et donc à la recherche de solutions.

Des expériences humainement très riches

La difficulté des missions ne décourage pas Nicole Aubé. La dangerosité non plus. Elle déclare n’avoir jamais eu peur malgré son évacuation en urgence de Tchétchénie après la découverte d’un plan de rapt ou malgré les nuits ponctuées de réveils au son des mitraillettes lorsqu’elle était au Congo. « On apprend toujours de la vie. Ce sont des expériences formidables. Quand je reviens, je suis revigorée, j’ai encore plus d’énergie. C’est une expérience humaine profonde. »

À l’aube de ses 60 ans, Nicole Aubé est bien décidée à continuer son métier de psychologue dans lequel elle « embarque à 100 %, avec [son] authenticité et [sa] passion » et à poursuivre son rêve d’enfant. Au printemps, elle repart en effet en Afrique pour une nouvelle mission humanitaire…■

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem