Mikel Lefler se passionne pour les insectes depuis ses études. Il y a dix ans, elle a décidé de métamorphoser ces petites bêtes qui la fascinent et en effraient plus d’un en véritables bijoux. Portrait d’une artiste originale qui expose ce mois-ci à Granville Island.
Il n’y en a guère qui aimeraient se retrouver avec une abeille ou une araignée se baladant autour du cou. Mais ne craignez rien, celles-ci ne prendront pas la mouche et ne vous feront aucun mal. Momifiés dans leur petit sarcophage de résine et d’argent, il ne reste aux insectes pétrifiés de Mikel Lefler que leur apparat soyeux et coloré.
À 36 ans, cette pétillante jeune femme passe le plus clair de son temps dans l’atelier qu’elle a aménagé chez elle, à New Westminster. Voilà dix ans qu’elle conçoit bagues, boucles d’oreilles, bracelets, pendentifs, broches et colliers à partir d’insectes. Dans sa petite affaire, peu d’équipement. Une planche de travail, un rouet pour donner forme à ses bijoux, et quelques outils, limes et pinces. Alignés, des flacons de teintures et de poudres colorées pigmenteront la résine dans laquelle viendront s’endormir ces insectes pour l’éternité.
« Ce n’est pas vraiment le métier auquel mes parents me croyaient destinée », plaisante-t-elle. Mikel a en effet obtenu un baccalauréat (licence) en sciences à SFU. Elle s’est ensuite lancée dans l’entomologie, l’étude des insectes. A passé une année de recherche à l’université dans un laboratoire d’études sur les abeilles. Décroche un certificat en arts, puis s’initie en 1999 à l’orfèvrerie. Un étonnant parcours qui l’amènera à s’aventurer dans la conception de bijoux : « Mon père a travaillé la résine pendant plus de trente ans et m’a appris les rudiments de cette matière. Et il me restait une cinquantaine d’insectes du laboratoire. »
Il n’en a pas fallu plus pour chatouiller son instinct créatif. Elle débute avec des presse-papiers renfermant les corps figés de libellules ou de papillons. Puis très vite, l’idée de monter ces petits corps prisonniers sur de l’argent lui vient à l’esprit. Lorsque le printemps pointe son nez, Mikel s’en va donc à la chasse aux papillons en Colombie-Britannique. Elle parcourt parcs et forêts espérant croiser le chemin d’insectes hors du commun. « Mes préférés restent les coccinelles », avoue-t-elle avec malice. Rouges à points noirs, noires à points rouges, vermillon, jaunes, elle en raffole !
Mais la province ne regorge pas de grandes originalités en la matière. C’est donc à des compagnies spécialisées qu’elle passe désormais commande, avec le souci constant de protéger les espèces menacées. « Je peux faire venir des spécimens variés et totalement surprenants, provenant de partout dans le monde, à des prix allant de 1 à 15 dollars la pièce, aime-t-elle à raconter. Mais je prends garde à ne commander qu’auprès de fournisseurs canadiens et américains qui respectent la Convention du commerce international des espèces en danger (CITES). »
Un marché restreint
Depuis un an, Mikel a innové dans sa manière de travailler. Elle conçoit maintenant ses bijoux à partir de morceaux d’insectes qu’elle superpose à des feuilles d’or. « C’est plus raffiné, concède-t-elle. Et puis incorporer l’insecte en entier peut faire peur. Même novateur, c’était un marché assez limité qui n’intéressait finalement que peu de personnes. »
Sur sa table de travail, les fourmis, guêpes et autres laissent place à des boucles d’oreilles ou des pendentifs renfermant divers morceaux d’ailes de papillon aux motifs plus curieux et élégants les uns que les autres. Dans sa vitrine trône un collier d’argent et de résine pastel sur laquelle ont été déposées des ailes fragiles de libellule.
Avec 25 boutiques distributrices au Canada, Mikel tente d’exporter de plus en plus vers d’autres pays comme les États-Unis. Mais le marché des bijoux est très concurrentiel. Elle garde toutefois bon espoir depuis qu’elle a réussi à vendre certaines de ses créations en Allemagne, Australie, Serbie et au Japon par le biais d’Etsy, un site Internet de vente et d’achat d’objets faits à la main. Son avenir ne lui fait pas peur : « J’ai encore tellement d’idées que je souhaite explorer, rêve-t-elle. Quand on demande à certains ce qu’ils veulent faire de leur vie s’ils gagnaient à la loterie, moi je ne changerais rien et je continuerais à imaginer et créer de nouvelles lignes de bijoux ! » ■


