Depuis son adolescence, Doug Neasloss côtoie les « ours esprits » (spirit bears) des forêts pluvieuses de la province. Voilà maintenant 10 ans qu’il fait partager sa passion de l’animal et de la nature aux touristes en quête d’aventure.
Muqvafuqvas Glaw, pour ours blanc. C’est le nom indien de Doug Neasloss, de la nation des Kitasoo de Klemtu, situé sur les côtes centrales de Colombie-Britannique. Son enfance, il l’a passée entre arbres et rivières aux abords de son village natal. Suivant la tradition ancestrale, il communie avec un animal typique de notre province, « l’ours esprit » ou Kermode, de son nom courant.
Dans la culture amérindienne de la région, ce type d’ours a une origine spirituelle : « Un de nos mythes fondateurs révèle que la corneille a transformé certains ours en blanc pour rappeler aux générations présentes un temps où les glaciers recouvraient encore nos terres », raconte le jeune homme. Pour les scientifiques, cet animal appartient à l’espèce des ours noirs, même si son pelage est blanc. Ils supposent que cela est dû à une mutation génétique qui se serait uniquement produite sur les côtes centrales de la province. Les fourrures blanches ne sont donc pas un signe d’albinisme. Ces ours forment bel et bien une sous-espèce animale.
L’« ours esprit » a depuis longtemps une place importante dans la vie de Doug, bientôt 30 ans : « Mon enfance a été bercée par des histoires captivantes sur les ours. Ma communauté attache une grande importance au respect de la nature et de la faune car nous pensons que nos ancêtres reviennent parmi nous sous une forme animale. Cela m’a donc toujours fasciné ».
Plus de 15 ans qu’il fréquente les ours. Il est depuis une dizaine d’années guide éco-touristique et interprète de la nation des Kitasoo dans la forêt de ses ancêtres. Il est ainsi devenu un observateur privilégié : « Je reconnais facilement les ours à leur physique, et je suis également parvenu à cerner leur personnalité unique ». Certains d’entre eux apprennent également à apprécier la présence de Doug, même si cela semble prendre beaucoup de temps. « Aujourd’hui, je suis particulièrement proche d’une jeune femelle qui s’était enfuie à notre première rencontre. J’ai passé sept heures par jour pendant plusieurs semaines à me rapprocher pas à pas avant qu’elle vienne me sentir la main. Un moment inoubliable. » Doug assure que les ours ne sont pas agressifs, sauf s’ils se sentent en danger. « Si vous êtes nerveux, ils le seront également. Ils réagissent comme vous et moi tout simplement, ils sont comme des êtres humains. »
La préservation des ours noirs, mais aussi des grizzlys, lui tient énormément à cœur. Il dénonce « l’homme maître de la nature ». « La chasse, pour les trophées, n’a rien d’un sport. Et les gens qui trouvent cela amusant n’ont jamais ressenti l’émotion que provoque leur présence ». L’ours Kermode est très difficile à apercevoir, il ne vit qu’en Colombie-Britannique. Seulement 400 « ours esprits » sont aujourd’hui recensés, ce qui en fait une espèce très fragile. Selon Doug, le gouvernement provincial communique beaucoup sur les ours en danger mais agit peu en leur faveur. « Des promesses sont faites, mais la chasse en tant que sport est toujours autorisée. La mascotte des Jeux olympiques, Miga, représentait par exemple la préservation des ours de la province. Mais c’est de la publicité, on voit bien que rien n’est fait concrètement. »
En tant qu’aborigène, Doug affirme que chacun des membres des Premières Nations a un rôle spécifique à jouer dans la protection de l’environnement et des terres ancestrales. « Nous sommes plus disposés à parler de la nature, et surtout à la défendre. En effet, elle fait partie de nos vies, elle est ancrée dans nos cultures. Nos communautés ne peuvent faire autrement que de défendre leurs territoires. » ■
Fanny Abes


