Il aime la musique, le fromage, et par dessus tout, les interviews. Et surtout les questions improbables. Avec les Jeux olympiques, Nardwuar the human serviette – impossible de lui faire avouer son vrai nom, John Ruskin – a trouvé un terrain de jeux propice.
Ce matin encore, lors d’une conférence de presse avec l’équipe canadienne de patineurs de vitesse, il n’a pas pu se retenir : « Charles, en quoi la musique de votre coéquipier Jean Oliver vous a-t-elle permis de gagner l’or pendant ces competitions ? » Éclats de rire dans la salle. On apprend alors que les patineurs s’entraînaient sur de la musique punk et reggae.
Reconnaissable entre tous, avec son bonnet écossais à pompon, ses lunettes rondes et ses cheveux noirs crépus, Nardwuar n’en est pas à son premier coup. Il a réussi à faire dire au patineur artistique américain Johhny Weir qu’il aimait passer l’aspirateur. À Scott Moir qu’il aurait voulu, à un moment de sa vie, faire partie des forces du SWAT. Et a mis Arnold Swarzenegger dans l’embarras en ressortant un viel album, Total body workout, mettant en scène le gouverneur de Californie dans une tenue d’aérobic plutôt dépassée… « On m’a coupé le micro sur ce coup-là, regrette-t-il. Ça n’a pas empêché Gordon Campbell, présent lors de l’interview, de venir me dire qu’il avait adoré mon approche ! se plaît-il à raconter. J’ai été chanceux ce jour-là. On m’a déjà mis dehors car on craignait que je vienne faire du grabuge », poursuit-il, évoquant l’année 1993 où il avait demandé à l’ancien chef soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, « qui, des grands dirigeants mondiaux, avait la plus grande culotte ».
Originaire de Vancouver, Nardwuar anime une émission de radio depuis 1997 sur UBC CiTRC et chante pour le groupe The Evaporators. Courtisé par ses fans, qui lui sont reconnaissants pour ses nombreuses trouvailles de groupes de punk et son expertise dans le domaine musical, l’homme de 42 ans se dit indépendant, définitivement à contre-courant. « Dans ce genre de cadre comme les JO, vous ne pouvez poser qu’une seule question. Vous n’allez pas reprendre celle du voisin, celle que tout le monde va évidemment vouloir poser. En ce sens, j’obtiens des informations parfois excentriques. Évidemment, ça ne plaît pas à tous, et particulièrement aux autres médias, qui rigolent mais qui pensent que je leur fais perdre leur temps. »
À certaines occasions, Nardwuar se plie donc aux règles de bienséance. « Je me suis déjà rasé la tête, et j’ai troqué mon pantalon écossais pour un costume plus sobre. Je voulais au moins avoir la chance de pouvoir rentrer à la conference de presse ! »
Sophie de Kepper


