Discours provoquant et actions coup de poing. Deux principes qui font de Nath, un Australien tout juste arrivé à Vancouver, un militant atypique de la lutte contre les inégalités. Noël ? Le moment idéal pour taper sur les doigts des enfants gâtés du système.
C’était il y a deux ans. Le soleil assommant et piquant de ce jour de Noël australien n’a pas fait renoncer Nath. « Avec des amis, on avait préparé un texte qui racontait entre autres l’histoire personnelle des sans-abri de notre quartier. Déguisé en père Noël, équipé de mégaphones, on s’est posté au milieu du centre commercial de la ville. Au début, personne n’a écouté notre discours, tout le monde continuait ses petites courses sans même lever la tête. Mais dès qu’une personne ou deux se sont arrêtées, effet de groupe oblige, on a vite été entouré par les badauds. Hurler aux gens que les “qu’est-ce qu’on peut y faire”, ça suffit ; justement, on leur propose ici une solution bien prémâchée comme ils les aiment. Reste plus qu’à signer. » En mettant un nom sur la pauvreté, cette petite armée de gros bonhommes rouges a finalement fait prendre conscience aux habitants de l’importance d’agir pour régler ce problème de société. Leur pétition a vite récolté beaucoup de signatures. Si bien que quelques mois plus tard, un centre de réinsertion a été ouvert par la municipalité.
Mais dans une ville plus grande comme Vancouver, le jeune homme a compris que l’initiative spontanée ne serait certainement pas aussi productive. « Je me suis mieux organisé cette année, j’ai créé un concours caritatif de décoration de Noël avec des copains. Tout se fait en ligne, les personnes s’inscrivent dans une des différentes catégories : kitsch, maîtresse de maison ou encore très mauvais goût. » Aux participants de réussir à médiatiser leur candidature. Beaucoup ont utilisé les médias sociaux et sont parvenus à amasser des centaines de suffrages. « Nos commanditaires versent 50 cents pour chaque voix. Les fonds récoltés iront à des associations pour les enfants défavorisés. Pour cette première année on espère dépasser les 4 000 dollars. »
Le cœur sur la main mais pas la langue dans sa poche, ce jeune engagé se démarque de ce que l’on imagine souvent des œuvres caritatives. « Ce que je veux éviter à tout prix : le genre “WASP” qui organise des réceptions de charité pompeuses dans un grand appartement du centre ville, sans même avoir conscience des réalités de terrain. À chaque fois, j’essaye de faire au plus simple, aider les autres sans me sentir supérieur. »
De l’esprit de Noël à l’esprit citoyen
Envoyer un chèque à une association ou donner un kilo de riz pour la collecte alimentaire sont des actions louables pour le jeune homme. Mais avant tout, il veut que les gens prennent conscience que des problèmes de société existent et que cela ne suffira pas pour que les choses changent profondément. « Les dons sont très importants certes, mais beaucoup donnent une fois par an seulement pour se déculpabiliser. Je travaille également sur un autre aspect. Pousser les gens à s’engager politiquement pour trouver des solutions à long terme. »
Selon lui, l’esprit de Noël est un outil de poids dans la lutte pour plus d’équité dans la société : « Je tape toujours un grand coup à Noël. Bizarrement les gens deviennent sensibles et solidaires, c’est la mode… C’est plus simple d’alerter l’opinion à ce moment-là. »
Nath pense que les démocraties connaissent une dépolitisation dangereuse des populations : « C’est dramatique de voir que l’individualisme nous a menés à l’égoïsme. J’ai bien peur que peu se soucient de cette dérive. Mais, même si beaucoup ont fermé les yeux depuis longtemps, j’ai la conviction qu’un bon seau d’eau froide suffira à les réveiller ».
Fanny Abes


