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Vendredi 24 mai 2013

Huit jours chrono

Huit jours chrono

Ils étaient six sur la ligne de départ le 18 mars. Une histoire et un scénario couchés sur le papier, une équipe de tournage et de montage sur le qui-vive, et seulement huit jours pour mettre leur projet sur bobine. Parmi les concurrents, Zia Marashi a participé au défi Crazy8s qui fête ses onze ans d’existence.

Le titre même de son film suscite l’amusement : Cat Vs Man, ou l’histoire d’un écrivain en perte de vitesse, Rory, et d’un chat, Waffels, se disputant les faveurs de Susie, maîtresse du félin et petite amie du jeune homme. Avant même d’avoir réalisé les scènes de son film, Zia Marashi, jeune réalisateur de 23 ans originaire de Vancouver, gloussait en songeant aux aventures qui attendaient les personnages de son court métrage. « Chaque protagoniste empiète sur le territoire de l’autre, raconte-t-il. Le chat veut con­server sa place de privilégié auprès de sa maîtresse, tandis que le jeune homme tente de convaincre sa petite amie, avec laquelle il emménage, de se débarrasser de son compagnon envahissant. Chacun de son côté essaie de mettre l’autre à la porte. »

Zia est un fervent amateur de comédies. « Pas du genre tarte à la crème comme Dumb & Dumber, mais plutôt comme Little Miss Sunshine. J’aime le mélange comédie dramatique ou drame romantique : une “dramédie” en somme. »

L’équipe de Zia s’est activement préparée à la semaine de folie qui l’attendait. Huit jours de production, du 18 au 26 mars, un budget de 800 $ pour réaliser et monter 800 pieds de film, soit presque dix minutes. Le défi, appelé Crazy8s, existe depuis 1999 à Vancouver. Lancée par Rick Stevenson, l’organisation a recueilli cette année 110 candidatures. Après plusieurs étapes de sélection, six ont été retenues pour concourir. « Je suis le petit jeune de la bande, le novice. Les autres participants ont derrière eux une expérience solide dans la réalisation », se soucie-t-il.

Zia est en effet tout juste diplômé du centre du film de l’université Capilano. Mais il y a laissé un souvenir impérissable avec son court métrage étudiant intitulé Tucker, retraçant les mésaventures d’un enfant grandissant trop vite, diffusé au Whistler Film Festival et au Vancouver Short Film Festival. « Le meilleur film de l’université », aime-t-il à se vanter.

Deux jours pour faire ses preuves

Samedi 20 mars : premier jour de tournage. L’équipe d’une trentaine de personnes a envahi la cour d’un immeuble de Vancouver Est, transformée en studio provisoire pour le week-end. Zia est là ; le jeune homme s’est fait beau : « J’ai voulu mettre un costume pour avoir l’air plus sérieux. Pour ressembler à un réalisateur », plaisante-t-il. Un petit air intimidé traverse son visage. Il regarde par-dessus son épaule tous les gens venus donner de leur temps pour ce projet. Même s’il a déjà réalisé plusieurs courts métrages, l’avis de son équipe compte.

« C’est moins stressant que ce que j’imaginais, nuance-t-il. J’ai une totale confiance en l’histoire, le dialogue, et l’équipe. Ce sont tous des professionnels du secteur, des amis, des gens que l’on connaît. Le plus dur est de relever le défi des règles de Crazy8s. Nous n’avons pas le droit à l’erreur car nous ne disposons que d’une pellicule de film ! »

Prenant un bain de soleil, emmitouflé dans un costume poilu et une grosse clochette autour du cou, l’acteur Viv Leacock, alias Waffles, ne tarit pas d’éloges sur le jeune réalisateur. « Il sait ce qu’il veut tout en laissant de la place aux autres pour qu’ils soumettent leurs idées, assure-t-il. Lorsque je me suis présenté pour obtenir le rôle du chat, j’ai donné mon interprétation de son scénario, que j’ai trouvé brillant et hilarant. Il a adoré. Ce petit ira où il voudra, je ne me fais pas de souci pour son avenir. »

L’acteur vancouvérois Richard de Klerk, qu’on a récemment remarqué dans le long métrage canadien Cole, a lui aussi fait confiance et a accepté d’endosser le rôle de Rory. Le producteur, Cole Hewlett, enchaîne : « C’est un grand, par sa voix et son charisme. Il a une vision claire de ce qu’il cherche à mettre dans la boîte. » Même chose du côté d’Anna Mae Routledge, qui interprète Susie : « On s’amuse tellement sur ce tournage. L’histoire est vraiment drôle, et Zia est humble et digne de confiance. »

« Crazy8s est arrivé à une maturité qui permet d’atteindre un certain niveau de qualité dans les scénarios, les équipes et la réalisation », assure de son côté Viv Leacock. Les films qui ressortent de cette compétition reçoivent en général un très bon accueil du public, ainsi qu’une ouverture sur les grands événements, notamment le Festival international du film de Toronto. « Rien que de participer à ce défi vous offre des opportunités pour votre carrière, assure Zia, qui travaille à côté dans la brasserie de ses parents pour les fins de mois difficiles. Je suis né et j’ai grandi à Vancouver, mon rêve serait de faire partie de ceux qui marqueront l’industrie du cinéma ici. Et je suis têtu : si je dois percer dans ce milieu, ça sera ici, et pas en Californie. » ■

Sophie de Kepper

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