L’ouverture de la Canada Line va redessiner les transports en commun vancouvérois. Si les utilisateurs du réseau vont devoir changer leurs habitudes, les chauffeurs de bus resteront des acteurs-clés du système. L’un d’eux explique son métier qu’il pratique avec le sourire depuis près de deux ans.
Alors qu’il parcourait des centaines de kilomètres entre deux sites touristiques, il s’arrête désormais à chaque bloc de rue ou presque. Guide, puis travailleur à son compte pendant trois ans, Brian Revel transportait hommes d’affaires et touristes en visite en Colombie-Britannique, jusqu’à ce que le ralentissement économique l’oblige à fermer son entreprise et à devenir chauffeur dans les transports en commun vancouvérois. À 42 ans, il n’a toutefois pas perdu son enthousiasme, lui qui est amené à côtoyer toute la journée des centaines de personnes de différentes origines sociales. « Transporter les gens, c’est un métier fabuleux ! Mes clients sont tous différents, leurs humeurs sont différentes, mais au final, nous sommes tous des êtres humains. Qu’ils soient blancs, noirs ou asiatiques, quand ils me montrent leur portefeuille en entrant dans le bus, je vois les photos de leurs enfants ! », sourit-il.
En poste depuis dix-neuf mois, Brian fait partie des quelque 3 350 conducteurs de Coast Mountain Bus Company, l’entreprise en charge des transports en autobus dans le Vancouver métropolitain. Pendant l’été, il conduit principalement sur les lignes 5 et 6 dans le centre-ville de Vancouver ainsi que sur la ligne 19 qui relie la station de SkyTrain MetroTown à Stanley Park. Lui et ses collègues font voyager chaque jour pas moins de 700 000 passagers. De Deep Cove sur la rive nord à White Rock et la frontière américaine au sud, de Maple Ridge à l’est au campus de UBC donnant sur le Pacifique, la filiale de TransLink couvre au total une zone de 1 800 km2. « Un réseau de bus est une organisation méthodique, précise-t-il. La magie du réseau, c’est qu’un chauffeur arrive au bon endroit au bon moment pour transporter les voyageurs d’un point à un autre. C’est une sorte de petit miracle qu’un réseau aussi complexe fonctionne aussi bien ! ».
Quand il ne prend pas son service en relayant un collègue sur une ligne, Brian débute sa journée au dépôt en récupérant son itinéraire du jour et le numéro du véhicule qu’il va conduire. Des lumières intérieures aux clignotants en passant par les freins, chaque engin est vérifié chaque matin pendant une bonne vingtaine de minutes avant de rejoindre le réseau. « La priorité est la sécurité des voyageurs, du chauffeur et de l’autobus », explique-t-il.
Adrénaline
Le transport en commun ne laisse aucune place au hasard et à l’improvisation. Chaque chauffeur se voit affecter un planning plusieurs jours à l’avance. Les conducteurs ayant le plus d’ancienneté ont pour la plupart des horaires fixes, tandis qu’à l’instar de Brian, les autres complètent les équipes selon les besoins, notamment aux heures de pointe le matin entre 7 h 30 et 9 h et le soir de 16 h 30 à 18 h.
S’il est en retard ou pris dans un bouchon, un chauffeur n’a pas à décider lui-même de changer son programme, explique Brian. Les superviseurs, qui ont une vue d’ensemble de la ligne, voire du réseau, peuvent éventuellement lui demander de modifier son itinéraire pour transporter le plus efficacement possible un maximum de voyageurs en tenant compte des problèmes rencontrés. « Que fait-on si le pont de Granville est complètement bouché ? Une telle hypothèse a déjà été préparée : des itinéraires bis ont été mis au point par des équipes anticipant ce type de problèmes », raconte-t-il.
Coast Mountain Bus Company emploie 5 200 personnes : 800 sont chargées de la maintenance, des centaines d’autres s’occupent de l’administration et de la planification. « Les passagers ne se rendent pas compte que beaucoup de personnes travaillent dans l’ombre pour qu’ils puissent voyager correctement », estime Brian.
Ce qu’il préfère dans son activité ? « Vous allez croire que je suis fou mais j’adore les défis ! Il neige, j’ai du retard et mon autobus est plein à craquer : ce genre de situations compliquées, c’est toute l’adrénaline de mon métier ! »
Brian met un point d’honneur à toujours rester de bonne humeur. « Un sourire de ma part contribue à 50 % de l’énergie du bus et il rend mon travail plus intéressant et plus sûr. Quand je salue un immigré en chinois, ce passager est heureux, ce petit geste lui réchauffe le cœur. C’est tout ce qui compte. »
Baptiste Cordier


