Passionnée par la nature marine, Suzanne Charest, guide et naturaliste, emmène les touristes à la rencontre des orques le long de nos côtes. Une vocation qui l’a conduite à devenir une actrice de la protection environnementale.
Grandville Island, 9 h, un matin d’automne. Un groupe de personnes vêtues de grosses combinaisons de navigation rouges peinent à se rassembler autour du guide chargé de l’excursion. Difficile de se déplacer avec cet équipement sur le dos quand on n’y est pas habitué. Une routine pour Suzanne qui accompagne les touristes en quête de l’inoubliable depuis 4 ans. La petite foule se presse pour embarquer sur le bateau ; on peut sentir l’excitation ambiante, tout le monde est impatient d’apercevoir les orques. Et c’est parti pour une virée de plusieurs heures : « les épaulards vivent le long de nos côtes mais peu les connaissent. Biologiste de formation, mon métier de guide-naturaliste me donne la chance de les voir tous les jours. »
Une fois en mer, Suzanne commence à détailler l’itinéraire choisi et les autres animaux que l’on pourra observer. Elle place un micro dans l’eau. On commence alors à distinguer de petits cris qui semblent se rapprocher. Subitement, le bateau tangue à tribord : tout le monde s’est levé pour apercevoir un premier aileron, puis un deuxième. Bientôt, c’est toute une famille qui se dirige vers l’embarcation. « Les excursions restent un moment magique pour beaucoup de touristes. L’orque a une telle habilité à toucher l’homme, c’est un vecteur efficace qui m’aide à faire prendre conscience aux gens de l’importance de préserver l’environnement. »
Comme d’autres espèces, ce grand cétacé est en effet menacé par l’activité humaine. La pollution aux toxines PBDE et PCB, présentes dans les produits de consommation courante comme les plastiques, les meubles ou encore l’électronique, finissent par se retrouver à un moment dans l’eau. Elles mettent ensuite des décennies à se dégrader. Les quantités de polluants absorbées par les orques sont donc très importantes. « Il arrive aussi souvent que les poissons d’élevage en mer transmettent leurs maladies aux saumons sauvages, qui meurent alors prématurément. Or, ils constituent l’aliment préféré des orques. »
Lors de ces excursions en mer, Suzanne doit aussi répertorier ceux qu’elle aperçoit. « On peut facilement les identifier à la forme de la trace blanche qu’ils portent sur le dos. Je remets toutes mes données à l’aquarium de Vancouver, chargé de les analyser lorsque la saison s’achève. » En effet, durant les mois froids, les cétacés ne sont plus aussi accessibles. Sur les trois groupes recensés au large des côtes vancouvéroises, Jpod, Kpod et Lpod, seul le premier reste pour l’hiver. « Ces trois groupes forment les « résidents du sud », leur territoire s’étend des îles San Juan à la moitié de l’île de Vancouver.
Enfant déjà, Suzanne était attirée par les activités de plein air et le contact avec les animaux. Née à Montréal, elle passe alors son baccalauréat en sciences environnementales à Ottawa. C’est dans le cadre de sa thèse qu’elle met pour la première fois les pieds dans l’Ouest. « Un professeur cherchait un élève pour étudier les caractéristiques des sites de nidification des huîtriers de Bachman sur les îles de la Reine-Charlotte. Je ne connaissais pas vraiment les oiseaux mais j’ai sauté sur l’occasion. »
Il s’agissait pour Suzanne de répertorier et d’étudier le comportement des oiseaux, aidée de quelques bénévoles. La jeune biologiste découvre l’abondante faune marine britanno-colombienne. Plus seulement les oiseaux, mais également les animaux comme les lions de mer et les épaulards. Elle décide alors de s’installer à Vancouver, un lieu qui offre selon elle le cadre parfait pour vivre sa passion. « C’est extraordinaire pour moi de vivre dans une ville si proche du monde sauvage, de pouvoir côtoyer des animaux aussi souvent, de les connaître et même de les reconnaître. »
S’engager pour une cause
De ses expériences professionnelles, Suzanne retient une chose : « Déjà sur les îles de la Reine- Charlotte, j’aimais faire découvrir aux bénévoles le plaisir d’être au plus près des animaux sauvages. Plus encore avec l’écotourisme, j’ai l’opportunité de toucher des gens venant du monde entier. » La jeune femme tire donc toute sa motivation du lien qu’elle peut créer entre les personnes et la nature.
Elle a alors eu l’envie d’en faire davantage dans ce sens. Plus qu’un lien, c’est maintenant une complémentarité qu’elle veut établir entre les citoyens et la nature : « J’ai pensé que l’habitat était au cœur de nos vies. J’ai donc entamé un master d’architecture environnementale à UBC, que j’ai validé l’an passé. Ce serait magnifique si en tant qu’éco-architecte je pouvais contribuer à faire que notre habitat et celui des animaux se fondent ensemble, à la maison ou au bureau. »
Selon elle, si Vancouver est à l’avant garde niveau éco-habitat, on peut tout de même faire mieux, et sans beaucoup plus d’efforts : « Les murs et les toits verts de nos immeubles ne sont conçus que pour économiser de l’énergie. Il serait possible de les dessiner de façon à ce qu’ils imitent l’habitat naturel des espèces locales. » Il est vrai que pour l’instant, l’attention est surtout portée sur la recherche d’énergies durables et les techniques de préservation de l’eau, plus que sur la faune locale et la biodiversité. « Si la question de l’énergie renouvelable est pour moi très importante, je regrette que les fonds s’amenuisent quant à la préservation des écosystèmes. » Avant de rappeler : « Si trop d’espèces venaient à s’éteindre, nous n’aurions plus d’eau propre à boire ni d’air pur à respirer. »
Fanny Abes



