Parution du journal suspendue

Vendredi 10 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Allah à l’école

Allah à l’école

Alors que près de 550 000 enfants ont repris le chemin de l’école publique, quelque 70 000 autres sortent du lot et se rendent dans des écoles indépendantes, choisies sur des critères essentiellement religieux ou philosophiques. Shabana Rahman, directrice de l’école musulmane de Surrey depuis cette année, nous en explique le fonctionnement.


Au 12 407 de la 72e avenue, la petite mosquée de Surrey surplombe le carrefour. Mais l’adresse cache à l’arrière les locaux de Surrey Muslim School, qui se niche tant bien que mal dans les bureaux jouxtant la salle
de prière. À quelques jours de la rentrée scolaire, quelques femmes coiffées d’un foulard islamique s’affairent autour de cartons à déballer, de piles de documents à trier. Parmi elles, revêtant une tunique d’un lumineux bleu cyan, Shabana Rahman arbore un large sourire. La principale de l’école musulmane entame sa première rentrée comme responsable de l’établissement.

D’ascendance indienne, cette jeune femme de 30 ans est arrivée au Canada avec son mari et ses deux enfants en 2005, depuis la République des îles Fidji, pays à majorité chrétienne. « J’y étais enseignante. Mais il est difficile d’évoluer quand on n’est pas originaire de là-bas », soutient elle opiniâtrement. Son arrière arrière-grand-père était arrivé sur
les terres fidjiennes depuis l’Inde,comme ouvrier agricole. Sa famille a suivi une éducation classique à l’école. « Mais quand il s’agit d’être propriétaire de terres, de diriger le pays ou d’occuper des fonctions importantes, les Indiens sont relayés au second rang, les Fidjiens favorisant leur propre peuple. » Le
couple décide alors d’immigrer.

Shabana se joint tout de suite à l’équipe de l’école musulmane de Surrey, en tant qu’enseignante bénévole. En mars 2006, elle obtient un poste à temps plein. Puis en mars dernier, un nouveau défi s’offre à elle : remplacer l’ancien directeur. Une opportunité qu’elle
n’aurait jamais eue auparavant selon elle. « Inch’Allah, j’espère prendre les bonnes décisions, et continuer le travail que j’ai entamé. »

Droits et devoirs d’une école indépendante

Shabana Rahman a en effet des projets plein la tête : « Notre mission première, et ce à quoi nous tenons vraiment, est d’ouvrir notre propre école, dans nos propres locaux, s’engage-t-elle. Offrir à nos élèves de meilleurs équipements,notamment une vraie cour de récréation et une salle de sport. » À l’heure actuelle, les enfants n’ont en effet comme terrain de jeu que le parking de la mosquée, qui loue ses locaux comme salles de classe. « Elles sont devenues trop petites, note-t-elle. Nous n’avons pas les capacités d’accepter toutes les candidatures. » Pour cette rentrée, 152 élèves sont inscrits, 35 sont sur liste d’attente. L’école avait débuté en 1997 avec onze
élèves de maternelle.

Un phénomène de plus en plus notable dans les écoles indépendantes qui voient leurs effectifs augmenter de 2 % par an – quasiment 70 000 pour l’année 2008-2009 en Colombie-Britannique – alors que les écoles publiques de la province font face à une diminution du nombre d’élèves. Les 347 écoles indépendantes, pour la plupart basées sur une religion (catholique, juive, musulmane, sikh, mormone…) ou une philosophie (Montessori, Waldorf…) bénéficient en effet de fonds alloués par le gouvernement provincial pour payer une partie de la scolarité des enfants. Permettant ainsi aux parents d’avoir le choix de les envoyer dans des classes qui promeuvent leurs valeurs spirituelles, en accord avec la Charte canadiennedes droits et des libertés. Le coût restant est financé par des frais de scolarité ou des dons. Dans le cas de l’école de Surrey, BC Muslim Association apporte sa contribution. « Nous dispensons donc un enseignement de la maternelle à la 7e année, pour des élèves musulmans qui nous viennent d’Inde, du Pakistan, du Liban, d’Irak, des Fidji, d’Ukraine, d’Afghanistan, de Syrie, d’Égypte, de Jordanie…, reprend Shabana. Ils suivent des cours d’études islamiques et du Coran, de français et d’arabe. »

Mais pas seulement. Pour bénéficier de l’aide financière de la province, l’école doit également suivre le programme académique de Colombie-Britannique : anglais, mathématiques, sciences, sciences humaines. Un inspecteur du ministère de l’Éducation est là pour vérifier qu’il est appliqué pendant l’année scolaire, mais aussi que l’enseignement fourni respecte les points évoqués dans l’Independant School Act de 1989, à savoir qu’aucune doctrine de supériorité raciale ou ethnique, d’intolérance religieuse, de changement social par la violence ou de sédition ne doit être inculquée en classe.

Comme chaque école indépendante, Surrey Muslim school a ses spécificités. « Tous les jours, chaque classe se rend à la mosquéepour le salah, la prière. Garçons et filles sont séparés à partir d’un certain âge, notamment pour les
activités sportives. Les jeunes filles doivent porter le foulard. Et nous mettons un point d’honneur à sans cesse cultiver notre excellence. La conduite de nos élèves et leur comportement respectueux suivent aussi les principes de notre religion. »

Autre moment fort : le Ramadan, qui se poursuit cette année jusqu’au 19 septembre prochain. « Les plus petits n’y sont généralement pas soumis ou c’est plutôt un entraînement. Les parents préfèrent attendre l’âge de 10-11
ans pour leur faire suivre le jeûne.
On met alors une pièce calme à leur disposition pour qu’ils se reposent.
On ne les force évidemment pas à pratiquer les activités sportives, puisqu’ils ne mangent ni ne boivent de la journée, rappelle Shabana. Pour ma part, c’est la pause café de 10 h 30 qui est peut être le cap le plus difficile à passer
en période de jeûne, plaisante-telle. Au Canada, on s’habitue très vite à ce rituel, et il n’est pas facile d’y échapper ! »

Sophie de Kepper

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem