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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Trop de technologie, trop vite

Trop de technologie, trop vite

En observant la tendance sur les deux derniers siècles, on se rend compte qu’il est temps de ralentir le progrès technologique.

On a qualifié les changements industriels au XIXe de « révolutionnaires », non en référence à la violence, mais à cause de leur rapidité. L’historien Ronald Wright rappelle que cette « révolution » correspond à la première période de l’histoire où le progrès technologique devient si rapide qu’une même personne peut en observer l’impact au cours de sa vie. Ainsi, le mot « progrès » a pris le sens que nous lui attribuons aujourd’hui : l’impression que la qualité de vie s’améliore. Mais quand la révolution industrielle a-t-elle pris fin ? En effet, il semble que le « progrès » s’effectue de nos jours à un rythme plus effréné que jamais !

L’avancement technologique dépend de la croissance économique qui, elle, dépend de notre compétitivité et des « gains de productivité ». La productivité mesure la quantité de biens produits par dollar investi. Grâce aux nouvelles technologies, les entreprises peuvent par exemple remplacer des travailleurs par des robots, et produire ainsi plus d’ordinateurs en payant moins d’employés. La baisse des prix des ordinateurs qui en résulte permet aux consommateurs de partager les fruits de ces « gains de productivité » : ils peuvent en acheter plus en dépensant le même montant qu’avant !

Trop peu de ressources pour alimenter notre « progrès »

Cependant, cette accélération illimitée de la production dépend des ressources que la nature nous donne. La révolution industrielle a été déclenchée par un accès soudain à des ressources jusqu’alors inconnues en Amérique. Mais où puiser aujourd’hui ce qu’il nous faut pour assurer la continuité du « progrès » ? Malheureusement, notre planète n’a plus de nouvelles ressources naturelles à offrir.

Ici en Colombie-Britannique, il semble qu’on les exploite jusqu’au bout, en accélérant les coupes à blanc, en vendant les droits d’accès aux rivières, en confisquant l’espace agricole pour la construction de nouvelles autoroutes.

Mais cela n’est rien en comparaison du rythme de déforestation et de la consommation d’eau dans les pays en voie de développement comme la Chine. C’est là-bas que se fabriquent la plupart de nos nouveaux gadgets qui, malgré leur petite taille, causent énormément de pollution. Par exemple, la production d’une simple puce de 64 mégaoctets, dont le produit fini pèse 2 grammes, nécessite l’émission de 1 600 grammes de gaz à effet de serre.

Nous sommes maintenant en « déficit environnemental » car, depuis 1986, nous exploitons annuellement plus de ressources que la nature est capable de recréer. C’est l’écologiste de UBC William Rees qui a inventé le concept d’empreinte écologique pour mesurer la durabilité (ou non) de notre consommation. Malheureusement, nous utilisons déjà l’équivalent de 1,8 hectare de ressources par an alors que seulement 1,3 hectare est renouvelé. Dans les pays occidentaux, on exploite plus de 4 hectares par an !

Notre situation actuelle nous oblige à remettre en question le sens du mot « progrès » et le rythme de celui-ci. Sommes-nous plus heureux que les gens des années 1950, par exemple, qui possédaient et qui consommaient moins que nous ? Des études psychologiques suggèrent que non.

Il serait difficile d’« annuler » les avancées technologiques réalisées jusqu’à maintenant. Mais dès aujourd’hui, nous devons ralentir le rythme pour assurer la durabilité de notre société et de notre environnement. Les scientifiques affirment qu’il n’est pas encore trop tard. Andrew Simms et son équipe de la New Economics Foundation, par exemple, nous accordent 100 mois pour réorienter notre système économique d’une obsession de la productivité vers la mise en œuvre de la technologie existante au service de la durabilité. Quand on prend conscience de ce délai serré, comme l’affirme Yann Arthus-Bertrand, il est certainement « trop tard pour être pessimiste » !

Luke Mayba

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