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Vendredi 21 décembre 2012

Sécurité dans les aéroports : faut-il revoir le modèle ?

Sécurité dans les aéroports : faut-il revoir le modèle ?

Depuis quelques mois, les grands aéroports canadiens sont équipés de scanners corporels dernier cri, permettant de voir à travers les vêtements. Cette nouvelle technologie n’améliore en rien la sécurité aérienne – pire, elle peut accentuer l’inefficacité du système. La méthode israélienne, axée sur le contact humain, semble plus efficace.

« S’il y avait une bombe, on ne s’en rendrait même pas compte ! » C’est ce que m’a confié un ami, il y a plusieurs années, alors qu’il revenait de son travail d’agent de sécurité à l’aéroport de Montréal, frustré comme toujours. Un peu partout dans le monde, le personnel aéroportuaire est fatigué, souvent grincheux et rarement sympathique. C’est là que réside la principale faille de la sécurité dans les aéroports. Au fur et à mesure que de nouveaux moyens de sécurité font leur apparition, notre dépendance aux nouvelles technologies augmente… quant au contrôle humain, il se réduit. Résultat : on se retrouve avec une fascinante technique de surveillance contrôlée par des individus inattentifs !

Outre les polémiques liées au respect de la vie privée, les nouveaux scanners ne règlent pas le problème. Ces appareils ne peuvent rien contre certaines méthodes des terroristes. À titre d’exemple, l’année dernière, un kamikaze a réussi à passer à travers les barrages de sécurité de l’aéroport  de Djeddah en Arabie Saoudite alors que des explosifs étaient cachés… à l’intérieur de son corps. Il envisageait d’assassiner un membre de la famille royale saoudienne. Comme l’explique Rafi Sela, un expert en sécurité qui a longtemps exercé sa profession en Israël, la meilleure manière de combattre un terroriste « est de le regarder dans les yeux ».

Le modèle israélien

Israël est un État qui compte de nombreux ennemis. Aprè une série de détournements d’avion et d’attentats dans les années 1970, le pays a considérablement renforcé sa sécurité aérienne et a surtout revu son approche sécuritaire. On ne peut que constater son efficacité : aucune catastrophe de ce type répertoriée depuis plus de 30 ans ! La méthode du système israélien ne consiste pas à traquer les objets dangereux, mais les personnes dangereuses.

On peut observer l’importance du dispositif de sécurité avant même d’arriver à l’aéroport international Ben Gourion, le seul du pays. La liste des passagers de tous les vols en provenance ou à destination d’Israël est régulièrement transmise aux services secrets israéliens. Dans l’aéroport et à l’intérieur des avions se cachent des agents habillés en civil. La sécurité est basée sur le principe de zones de sécurité circulaires et non sur le concept de la « barrière infranchissable », typique des aéroports nord-américains. De ce fait, l’enregistrement des bagages à une borne automatique est impossible. Le voyageur doit obligatoirement se rendre au comptoir de la compagnie aérienne. Le personnel et les douaniers lui posent alors beaucoup de questions.

Ce système repose sur la multiplication des interactions humaines – une terminologie savante signifiant « parler à de nombreuses personnes » – censée déstabiliser les terroristes. Bien sûr, tout ceci requiert une organisation un peu différente. D’abord, la majorité du personnel affecté à la sécurité est composée de réservistes, rompus aux méthodes militaires. De plus, pour s’assurer que les agents gardent l’esprit vif et attentif, ceux-ci travaillent uniquement à temps partiel. Toujours dans l’optique d’optimiser les capacités d’observation, les procédures administratives sont réduites au strict minimum.

Les limites du système

Comme elle consiste à porter une attention particulière aux individus potentiellement suspects, la technique israélienne dérive vers la discrimination ethnique. C’est l’aspect  dérangeant de ce modèle. Ainsi, un jeune homme arabe recevra plus d’attention et sera soumis à plus de questionnements qu’une vieille dame juive, car statistiquement, il y a plus de risques que ce dernier soit un terroriste.

La méthode israélienne ne peut être appliquée entièrement au Canada. La discrimination ethnique est interdite et elle apparaît honteuse à la majorité de la population. Cependant, certains éléments peuvent être adaptés aux aéroports du pays. Avoir des agents reposés et non frustrés est la clé d’un système sûr. Limiter les procédures administratives, privilégier le contact humain et réduire au minimum les enregistrements automatiques aiderait fortement les agents de sécurité à faire leur travail. La sécurité aéroportuaire serait assurée, ce qui est loin d’être le cas avec ces nouveaux gadgets onéreux décriés avant même leur entrée en service. ■


Frédéric Van Caenegem

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