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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

Radio-Canada : vite, du renfort !

Radio-Canada : vite, du renfort !

La Société Radio-Canada affiche cette année un déficit de 171 millions $. Cette nouvelle vous a-t-il laissés indifférents ? Il est vrai que la crise environnementale ou la situation économique de certaines industries peuvent sembler plus alarmantes dans l’immédiat. Néanmoins, le démantèlement de Radio-Canada est un signe avant-coureur de la déchéance de notre société. Cet enjeu mérite donc toute notre attention !

Plus de 800 postes à Radio-Canada seront éliminés cette année. La conséquen-ce pour les auditeurs en Colombie-Britannique ? La suppression de quatre émissions de radio en français produites à Vancouver, y compris La nuit, la vie, diffusée sur l’ensemble du réseau national de la chaîne publique. « Je ne les écoute pas, de toute façon », me répondez-vous ? Pourtant, de telles émissions constituent la base du bilinguisme canadien et la manifestation de nos droits linguistiques fondamentaux.

Certes, pour quelques-uns, le bilinguisme canadien est une farce : à l’extérieur du Québec, la seule réalité est celle de l’assimilation, disent-ils. Il est plus ou moins impossible de « vivre en français », puisque tout doit être traduit pour l’imposante majorité qui ne comprend pas cette langue.

La journaliste Chantal Hébert nous invite, pourtant, à faire un contraste entre le Canada et la Belgique. Ce dernier pays comprend également deux groupes linguistiques importants, français et flamand, mais chacun vit et opère exclusivement dans sa propre région. Il n’y a aucune institution nationale capable d’intégrer la participation coopérative ; les intérêts linguistiques se définissent donc sur une base strictement territoriale. Cela empêche l’évolution d’un sentiment de bien commun partagé. « Les vainqueurs aux dernières élections belges ont été incapables de former une coalition gouvernementale, et il y a un risque que ce pays va imploser », affirmait Mme Hébert en 2007.

Au contraire, remarque la même journaliste, au Canada, il existe des droits de base constitutionnels accordés aux deux groupes linguistiques sur l’ensemble du territoire : le droit de faire éduquer ses enfants et le droit d’avoir accès à des médias dans sa langue. De tels droits évitent que les enjeux linguistiques soient traités uniquement d’un point de vue territorial, encouragent également les citoyens de toute origine à s’identifier avec le groupe minoritaire, et peut-être même à apprendre sa langue.

Radio-Canada compte donc parmi les institutions qui assurent non seulement nos droits linguistiques fondamentaux enchâssés dans la Charte des droits, mais aussi la cohésion nationale. L’automne passé, lors de l’annonce d’une « coalition de séparatistes », Stephen Harper et ses Conservateurs prétendaient se préoccuper de l’unité nationale. Pourtant, viendront-ils au secours de Radio-Canada, qui renforce notre potentiel d’unité ?

Réclamons plus fort !

En plus de soutenir le bilinguisme, Radio-Canada existe afin d’encourager l’expression démocratique, dans les communautés linguistiques minoritaires comme majoritaires. C’est justement en période de crise que nous avons le plus besoin d’exprimer et d’échanger nos idées afin de trouver des solutions. En effet, la démocratie repose sur le principe que les contributions du plus grand nombre de citoyens possible produira les  idées les plus éclairées possibles pour renforcer la société. Radio-Canada facilite ce processus mieux que les chaînes privées car ces dernières existent d’abord et avant tout dans le but de gagner des profits.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement ne semble s’intéresser qu’à soutenir les domaines de l’automobile et du pétrole, qui sont pourtant loin d’être des « industries d’avenir ». Une telle orientation ne serait-elle pas déjà un signe du manque de réflexion décisionnelle à Ottawa ? Un gouvernement visant des solutions à la crise devrait plutôt investir généreusement dans ses médias publics afin que les gens s’expriment à propos de la forme la plus appropriée que devrait prendre une stratégie de relance.

Le lendemain de l’annonce des pertes d’emplois, la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) semblait faire des excuses au nom du gouvernement : son porte-parole se disait content que les services de nouvelles régionales, au moins, ne soient pas touchés, et espérait que la partie du mandat remplie par les émissions annulées serait comblée par le biais d’autres émissions. J’aurais souhaité, quant à moi, une dénonciation plus tranchante de la part de l’organisme censé défendre nos intérêts.

Le choix de laisser souffrir Radio-Canada découle directement du manque d’engagement du gouvernement conservateur envers la culture. Pour prévenir les pertes d’emplois, le ministre du Patrimoine, James Moore, suggère à Radio-Canada de vendre son actif. Il s’agit là, pourtant, d’un actif qui nous appartient tous ; sa vente représenterait un sacrifice de notre avenir collectif.

Radio-Canada est essentielle à la force de notre démocratie, de notre culture et de notre caractère bilingue. Pour assurer son épanouissement, il lui faut non seulement le même financement provisoire accordé aux chaînes privées en ce temps de crise, mais aussi une augmentation permanente de son financement, garanti à long terme. Voilà ce que devraient réclamer haut et fort la FFCB et, avec elle, tous les citoyens !

Luke Mayba

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