Parution du journal suspendue

Vendredi 10 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Quelle politique alimentaire à Vancouver ?

Quelle politique alimentaire à Vancouver ?

La crise alimentaire rôde toujours, même à Vancouver. Rencontre avec Yona Sipos, membre du conseil de la politique alimentaire de Vancouver, pour un compte rendu sur les initiatives du groupe.

Abeille », « poule » et « Vancouver » : trois mots in-compatibles ? Pas pour Yona Sipos, bien au contraire : « Posséder une ruche d’abeilles chez soi est permis et l’élevage de poules est en cours de discussion au conseil municipal de Vancouver. » Yona est l’une des vingt membres d’un conseil spécial qui, depuis 2004, s’attaque aux dossiers alimentaires de la ville et ses alentours : le conseil de la politique alimentaire ou CPA (Vancouver Food Policy Council).

Des chercheurs, nutritionnistes, écologistes, ou encore fermiers, tous bénévoles, se réunissent une fois par mois pour passer notre système alimentaire à la loupe : production, transforma-tion, distribution, accès, consommation de nourriture et gestion des déchets. Le CPA conseille la mairie sur les politiques alimentaires à suivre pour répondre aux besoins des communautés et créer « un système alimentaire juste et durable », selon les termes de Yona. « Nous ne faisons pas de politique », insiste-t-elle.

Les initiatives du groupe ont pour but d’améliorer l’éducation alimentaire, la santé publique et environnementale : l’apiculture urbaine, les jardins communautaires et les marchés publics sont quelques exemples de projets menés à bien. La révision de la loi interdisant l’élevage de poules en ville a été proposée à la mairie. On attend un vote prochainement au conseil municipal.

Les CPA sont à la mode depuis une dizaine d’années et suivent l’exemple de la ville de Toronto, le pionnier au Canada. On en trouve un à Kamloops ou encore à Seattle. De nos jours, il est très difficile de faire un rapport direct entre l’agriculteur et le consommateur. C’est donc en utilisant la synthèse des connaissances de ses spécialistes que le CPA vise à établir une meilleure visualisation du système alimentaire pour mieux combler ses lacunes.

Résoudre le problème de la sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire va bien plus loin que les contaminations bactériennes détectées à Maple Leaf Foods ou Peanut Corporation of America ces derniers mois. Sa définition nous vient du sommet mondial de l’alimentation de 1996 : « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, physiquement et socialement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour mener à bien une vie active et saine. »

« Nous ne sommes pas en sécurité à ce niveau-là », déplore Yona Sipos. En ce qui concerne l’accès à la nourriture, plusieurs scénarios sont envisageables. Une famille vivant sous le seuil de pauvreté n’aura pas de sécurité alimentaire pour des raisons économiques. Le problème d’accès se pose aussi en situation de dépendance alimentaire aux fournisseurs lointains. Sans livraisons, pas d’alimentation.

Le rapport du mois de décembre dernier sur la sécurité alimentaire de Vancouver définit le déficit alimentaire comme la différence entre la consommation et la production locale de nourriture. En 2006, celle-ci représentait 834 000 tonnes de nourriture et s’élèvera à 1,3 million de tonnes d’ici 2020. D’où la nécessité d’agir et de reprendre notre nourriture en main.

Relocalisation et reconnexion

« Relocaliser notre système alimentaire est un moyen explicite d’acquérir la sécurité alimentaire, explique Yona, sans toutefois exclure les échanges commerciaux entre provinces ou pays. » Et d’ajouter : « Nous produisons assez de pommes en Colombie-Britannique pour nourrir toute la province. En revanche on ne produit pas de café. » Ce dernier peut, selon elle, être importé d’ailleurs.

Pour émanciper la production locale et urbaine, le CPA organise des ateliers sur l’utilisation des jardins communautaires (on attend 2010 jardins supplémentaires d’ici 2010). La révision de la loi sur l’élevage de poules en ville sera aussi un pas dans la bonne direction. Non seulement pour la sécurité alimentaire mais aussi pour reconnecter les habitants des villes avec la nourriture et la nature. « Les politiques alimentaires sont un moyen de guider cette reconnexion, explique Yona. Il se passe quelque chose d’incroyable quand on participe à la production de sa propre nourriture. »

Le gros défi du CPA reste la gestion de l’information pour aider à produire, car en « deux générations, beaucoup de connaissances ont été perdues ». Le système alimentaire est tellement complexe que sa réforme se fera petit à petit et aura besoin de l’aide des communautés pour le redessiner. Malgré l’étrangeté pour le citadin de cultiver sa propre nourriture, la démarche est bien accueillie. Les 150 places du dernier forum public du CPA se sont remplies en 72 heures !

Avec le printemps qui arrive, les jardiniers sont impatients de retourner se salir les mains. Malgré sa formation en science botanique, chaque année, lorsque Yona Sipos aperçoit ses premières pousses de pois ou de betteraves, elle ne peut s’empêcher de penser que « c’est de la magie ». ■


Michael Lathuillière

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem