Ces dernières semaines se sont passées tout à fait normalement dans le monde. La routine, quoi.
Des accidents d’avions, la mort d’une actrice et d’un chanteur célèbres, le G8 qui décide du temps qu’il fera dans un siècle, l’été qui est là, la crise économique. Rien de plus banal.
Dans les faits uniquement, car question émotion, c’est une autre histoire.
Tandis que les blancs ne pensent en ce moment qu’à se faire noircir sur les plages, le monde entier pleure celui qui a passé les 25 dernières années à faire le contraire. Quand je dis pleurer, ce serait plutôt mettre sur un piédestal un grand professionnel devenu un peu écolo, vert-de-gris dirons-nous, dont on ne parlait plus que dans la rubrique scandale depuis longtemps. L’émotion suscitée, accompagnée d’une paralysie des médias pendant une quinzaine d’heures, dépasse l’entendement. Inventer la Robot Dance ne mérite quand même pas un hommage pharaonique trente-cinq ans plus tard. Beaucoup sont persuadés qu’il a révolutionné la musique. Bill Haley, oui. Lui, non.
L’émotion totalement démesurée, en particulier chez ceux qui n’étaient pas nés quand il chantait, reflète bien l’état d’esprit de notre société actuelle. James Dean, John Lennon ou les frères Kennedy n’ont pas déclenché cette vénération de masse. Farrah Fawcett a eu la malchance de disparaître quelques heures avant et n’a pas eu droit à la même ferveur, toutes proportions gardées bien sûr. Il est vrai qu’elle était malade et que le choc émotionnel va de pair avec la surprise dans ces cas-là. Mais Michael Jackson n’était pas vraiment en bon état non plus. Il ne faut pas voir dans l’instantanéité de l’information, avec Internet et ses réseaux sociaux, comme on dit, l’explication du comportement de midinette d’une partie de la population. C’est beaucoup plus simple. Depuis quelques années, l’émotionnel a pris le pas sur le rationnel dans tous les domaines.
Voyez plutôt. L’Europe vient d’interdire l’importation des produits canadiens du phoque. Obama suscite un engouement qui va jusqu’à lui attribuer des décisions prises par Bush, quand elles sont bonnes naturellement – dans les faits pourtant, pas de changement. Les scientifiques oublient aujourd’hui qu’ils le sont et se lancent dans l’art divinatoire et les grandes prophéties. Le « bonisme » bat son plein. Les gouvernements prennent des décisions irrationnelles dans le simple but de répondre à l’émotion de la population, mais souvent contre son intérêt. Le capitalisme est donné en pâture au peuple alors qu’il n’y a que lui qui va nous faire avancer. On tombe dans le social de tous les côtés en oubliant qu’il s’agit uniquement de l’un des bénéfices du capitalisme.
Le Canada semble faire partie des rares pays encore gouvernés par le rationnel, et pas seulement pour les phoques. La discrétion, celle d’Harper en particulier, semble inversement proportionnelle à l’émotion qui guide nos gouvernants. La Colombie-Britannique se situe à l’opposé avec sa taxe carbone et ses Jeux Olympiques, sans parler de la Canada Line. Décisions fantasques prises uniquement pour satisfaire les caprices d’un Premier ministre plus préoccupé par ses petits-enfants que par ses administrés.
Le côté émotionnel de l’été, beaucoup plus plaisant, revient, lui, chaque année. Les vacances sont un sujet de conversation. Les touristes affluent dans notre région. Les parcs et les plages se remplissent. Nos centres de plongée sous-marine, réputés mondialement, aussi. Et pas seulement par des pilotes d’Airbus qui viennent s’entraîner.
Finalement, quand on parle de Michael Jackson, un peu d’humour noir ne fait pas de mal.
Thierry Barbier


