Parution du journal suspendue

Samedi 4 février 2012

Prochaine publication papier

Vendredi 21 décembre 2012

Oncle Sam, le nouveau tonton

Oncle Sam, le nouveau tonton

Les Américains ont repris Haïti. Un peu comme en Irak. Le pathétisme va légitimer, cette fois-ci, l’occupation.

C’est la plus grande opération humanitaire de l’histoire des États-Unis. L’invasion militaire était bouclée en quelques heures. L’ONU a dû s’effacer à Port-au-Prince devant le rouleau compresseur aux objectifs louables et inattaquables. L’ambassade des États-Unis a subi les secousses telluriques sans qu’un brin d’herbe ne se retrouve de travers, alors que les bâtiments de l’ONU et du palais présidentiel se sont effondrés. Peut-être faut-il y voir un signe précurseur de l’avenir qui se dessine dans un pays où le vaudou est une religion nationale.

L’opinion publique mondiale est acquise aux bienfaiteurs et toute opposition est muselée par l’attitude compatissante de la population, jusque dans ses excès. La presse européenne va en faire l’expérience. Après avoir fait ses choux gras de la catastrophe, elle devra abandonner les polémiques et critiques sur l’hégémonie américaine pour faire place à des unes n’affichant qu’un survivant à la fois. Surtout des enfants, plus vendeurs. Dérisoire. Lamentable.

Les entreprises n’ont pas non plus laissé échapper l’opportunité d’atténuer les effets de la crise économique sur leur chiffre d’affaires en usant sans retenue du marketing émotionnel. Haïti sert aussi bien aux marchands de valises qu’aux supermarchés. La population plonge et donne, surtout aux États-Unis et au Canada. Côté débordements, je passe sur le cerveau surchauffé de Danny Glover ou les théories de complot du réseau Voltaire, reprises naturellement par Hugo Chavez. L’indécence n’étouffe pas les acteurs, rappeurs ou autres joueurs de tennis célèbres devant la possibilité de dorer à la feuille une image en permanence à vendre. Le prétexte de sauver les Haïtiens accrédite la métamorphose des enfants en marchandise et habilite les organisations adeptes du prosélytisme à fondre sur des proies faciles. Tous ces élans démonstratifs vont arranger les affaires d’Obama.

Omniprésence

Il faut bien admettre qu’Haïti est sous occupation américaine. En fait, les États-Unis n’avaient jamais vraiment quitté le pays depuis son invasion en 1915 et le protectorat américain qui s’en est suivi. Papa Doc représentait une illusion d’indépendance. Et les États-Unis ont souvent tiré les ficelles des protagonistes du jeu des chaises musicales personnifiant le paysage politique haïtien. Les militaires américains et canadiens de la mission musclée Minustah* ont remplacé les tontons macoutes. Avec l’appui de la France, peut-être culpabilisée d’avoir vendu si cher la reconnaissance de l’indépendance en 1825. Le rôle important du Brésil et de l’Amérique du Sud ces dernières années est éclipsé. Volontairement. Le Canada accompagne sans sourciller les Américains, à l’inverse de l’intervention en Irak. Pourtant, c’est la même histoire, l’alibi humanitaire se substituant aux ADM et les civières aux canons.

Obama remet la doctrine Monroe à l’ordre du jour. Cette convention, sorte « d’accords de Munich » à la sauce américaine, donne la liberté à nos voisins de considérer qu’ils sont chez eux sur tout le continent, sans que les Européens ne puissent intervenir. Le jour où la même catastrophe sismique frappera Vancouver, l’Alaska aura une chance de se réunifier territorialement avec les autres États. À voir la plus forte indépendance des États d’Amérique latine et la liberté dont bénéficie Harper de signer des traités directement avec ces mêmes États, on croyait la doctrine enterrée. C’était oublier que les Américains pensent toujours qu’il est préférable de stabiliser une région en y installant une sorte de dictature dirigée par des gentils. C’est louable. Des étrangers bien sous tous rapports ne valent-ils pas mieux pour la population que 200 ans d’indépendance ? Je doute, contrairement au cas de l’Irak, qu’ils veuillent aider Haïti à jouir d’un régime indépendant. Obama y a vu également l’intérêt politique d’un rassemblement autour d’une bonne cause à un moment où il se trouve en difficulté et d’estomper l’image d’un bilan de la première année de sa présidence plutôt grisâtre. L’enjeu géostratégique d’Haïti, la peur de l’immigration non contrôlée et le vote haïtien aux élections américaines sont autant d’éléments qui ne lui auront pas échappé.

Les sauveteurs sauveurs

La lutte est maintenant ouverte entre l’ONU, le gouvernement haïtien et les États-Unis. Je connais le vainqueur. Obama a même déjà, si je puis dire, nommé un « gouverneur » d’Haïti en la personne de Bill Clinton. En face, difficile de faire le poids entre une ONU sans moyens, concentrée sur des débats stériles, et un pouvoir local en déliquescence. Quant aux Européens, ils s’éliminent toujours d’office dans les cas d’urgence avec leurs manies d’éternelles réunions et de créations de commissions. Face à l’écrasement américain, ils ont beau jeu de réclamer une force d’intervention humanitaire internationale. Ils n’ont pas compris qu’ils interféraient dans les affaires internes américaines.

Après les tontons macoutes et les tontons flingueurs, place aux tontons sauveurs. Espérons que cette fois soit la bonne.

*Minustah : Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti

Thierry Barbier

Commentaire

*champs requis

L'Express se réserve le droit de publier ou non les commentaires

Photo une

LES PLUS LUS

    None Found

Rechercher

Tous droits réservés © L'Express du Pacifique - 227A-1555, 7th Avenue West, Vancouver BC V6J 1S1 - Tel: (604) 736-3734 - administration@lexpress.org - Réalisation: Graphem