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Dimanche 19 mai 2013

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Vendredi 24 mai 2013

Marx et les Ferrailleurs

Marx et les Ferrailleurs

La crise économique mondiale et sa mauvaise gestion a ses effets. Le peuple réclame le pouvoir. La démocratie est en danger.

Le 15 mai 2011, Puerta del Sol à Madrid, un groupe de manifestants a offert son temps de gloire à un socialiste écolo français dont ils ont pris le nom dérivé du titre de son pamphlet¹. Stéphane Hessel bénéficie de la contagion mondiale et devient une vedette. Ce révolutionnaire prônant le pacifisme, catégorie de combattants la plus dangereuse, profite d’un passé aussi respectable qu’honorable pour faire passer un message hérité de Marx et Engels.

La technique, connue et décidément très à la mode, avait été dénoncée par Orwell en 1945 : se servir de valeurs humanistes auxquelles on ne peut qu’adhérer pour essayer d’imposer des solutions partisanes à des problèmes sociaux ou politiques, dans son cas très disparates. Je suis indigné.

Où va-t-on ?

Je constate que les craintes que j’évoquais² il y a un an et demi étaient justifiées. À part Stephen Harper pour le Canada et Angela Merkel pour l’Allemagne, les autres dirigeants occidentaux semblent avoir une drôle de notion de la rigueur budgétaire. Et trop tard pour ceux qui l’ont compris, comme en Grèce. Certains comme Nicolas Sarkozy, monsieur taxes, ont même le culot d’appeler économies une augmentation de la pression fiscale. Mais là, bizarrement, personne ne s’indigne. La tendance à un protectionnisme dangereux se fait également sentir un peu partout. Au moment où une bonne partie du monde s’apprête à voter, la Chine s’enrhume, la zone euro est grabataire et les États-Unis sont empêtrés dans leur manque de vision.

Extrême gauche

Le capitalisme et la société de consommation, dont nous bénéficions à peu près tous, ont le défaut d’avoir endormi les peuples dans leur confort individuel les empêchant de voir les mouvements idéologiques menaçants s’infiltrer dans les décisions après quarante ans de sommeil larvé. Ces organisations profitent de la faiblesse actuelle des gouvernements pour copier les mouvements légitimes des populations exsangues de Grèce ou d’Espagne et s’insurger contre le système. Pour ensuite réclamer le pouvoir.

Mais qui sont ces Indignés, ces 99 % comme ils disent ? N’amalgamons pas une famille grecque qui lutte pour survivre avec des bobos montréalais qui manifestent pour le « développement durable », terme aussi idiot que dénué de sens autre qu’idéologique. Quant aux campeurs d’Occupy Vancouver, les couleurs et les poings gauches levés de leur site Internet rappellent sinistrement les affiches bolchéviques. Le peuple espagnol se rebiffe contre la rigueur budgétaire. Logique. À New York, certains ont dépoussiéré les pancartes pacifistes de la guerre du Vietnam pour se fondre, comme ailleurs, avec les antimondialisations, les protectionnistes, les végétariens, les antinucléaires, les anarchistes, les écolos bien sûr, tous les gauchistes et même les syndicats. Bref, Michael Moore a remplacé Jane Fonda. Contre le système et les banques et finalement contre tout et rien.

Ah, les banques. Les boucs émissaires, car il en faut. Symboles par excellence. L’attaque se fait au coeur. La cible, le système capitaliste. Les excès et les dérapages de certaines institutions financières ouvrent la brèche et salissent l’eau du bain. La cohorte de militants en profite pour essayer de jeter avec le bébé qui n’a jamais été accepté. Ironie et limite du combat, les antimondialisations, altermondialistes comme ils aiment s’appeler eux-mêmes, ne sont pourtant certainement pas près d’abandonner leur iPhone, icône parmi d’autres du système qu’ils dénoncent.

Démocratie ou non

Juste derrière, la cible qui se profile est la démocratie telle qu’on la connaît. On entend parler de démocratie directe ou de démocratie participative. Les gouvernements élus ne gouverneraient plus pour le peuple. C’est le peuple qui gouvernerait lui-même. Rêve de retour au combat pour la lutte des classes, la dictature du prolétariat. Sus au capital. L’État omniprésent est réclamé. Il a pourtant déjà trop tendance à s’immiscer dans la vie privée sous prétexte de santé ou de sécurité.

En somme, Stéphane Hessel et ses émules se battent pour instaurer l’opposé de la liberté. Le collectivisme est en marche. La France en tête essayant d’entraîner l’Europe. Le Canada résiste fortement pour l’instant. J’ai moins d’inquiétude pour les États-Unis.

L’histoire nous apprend que les pires régimes ont pris racine dans les périodes de crises en puisant dans les bons sentiments. La demande rationnelle de changement favorise alors l’émergence de mouvements à caractère dictatorial basés justement sur le thème du peuple au pouvoir.

En somme, Stéphane Hessel et ses émules se battent pour instaurer l’opposé de la liberté. Le monde qu’il prône risque d’élargir la route vers le totalitarisme.
Indignons-nous.

Thierry Barbier

3 commentaires pour “Marx et les Ferrailleurs”

  1. Le statu-quo défendu avec panache

    M. Barbier,

    Il y a toujours beaucoup de panache dans vos articles pour défendre le statu-quo, propager les idées capitalistes

    de droite et descendre sans discernement les pacifistes ou autres anti-abuseurs de la nature et des humains.

    Je suis d’accord avec vous que l’utilisation d’une affiche à saveur bolchévique puisse exarcerbé encore plus les capitalistes outrés. Outrés que les 99% osent remettre en question leurs privilèges et leurs abus. Les demandes sont floues mais je crois qu’elles se préciseront. Au moins les discussions ont lieu publiquement et présentement bien des gens « endormis » se réveillent pour comprendre la démocratie et le régime capitaliste. Espérons qu’ils ne retourneront se coucher devant leur téléviseur avant que notre société soit améliorée et remette la justice au goût du jour.

    J’espère que ceux qui dénigre Occupy n’espère pas que les démonstrations deviennent violentes. À la violence

    c’est facile d’opposer la violence et les puissants de ce monde sont à l’aise avec ça, c’est même payant. En

    face de la paix, ils sont désarmés et c’est bien le but.

    Merci de m’avoir fait connaître Stéphane Hessel. Je préfère de beaucoup son discours au vôtre. C’est ça la démocratie on est libre de différer d’opinion ouvertement.

    http://www.washingtonpost.com/blogs/political-bookworm/post/a-sage-for-the-occupy-wall-street-

    movement/2011/11/01/gIQAYfEWiM_blog.html

    Écoutez les interviews.

  2. Précisions sur l'indignation

    L’État « omniprésent » est-il vraiment réclamé par les indignés? Les indignés s’objectent à ce que les élus soient si facilement achetables avec les résultats que nous connaissons fort bien.

    Comme si « les excès et les dérapages de certaines institutions financières » n’étaient pas suffisamment systémiques pour justifier le grand ménage. Comme si la privatisation des profits, la socialisation des pertes, le déclin environnemental et l’obscénité des dépenses militaires forçant les coupures à blanc dans les services publics ne constituaient pas le pire totalitarisme. L’État « omniprésent »: plutôt démagogique, ce discours de la peur!

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