Pourquoi un non-francophone comme moi s’implique-t-il tellement dans la communauté francophone de Vancouver ? C’est, entre autres, pour l’esprit communautaire qui y règne. En effet, pour retrouver un esprit communautaire, il faut qu’un groupe de personnes partageant un point commun soit d’une taille convenable : en l’occurence, d’environ 25 000 individus. Un chiffre assez raisonnable pour qu’on reconnaisse un grand nombre de visages aux événements communautaires et assez grand pour assurer une diversité attrayante.
J’ai grandi à Port Alberni, une petite ville sur l’Île de Vancouver. La population est de 25 297 habitants (selon le recensement de 2006) et, lors des événements communautaires et culturels, on a l’impression de connaître un grand nombre des participants. Sa devise, Community with a heart, convient, notamment parce que sa taille se prête bien à un esprit communautaire. Lorsqu’on organise un spectacle de musique au théâtre municipal, on fait très attention qu’il n’y ait pas, à la même date, un match de hockey à la patinoire. La règle pour attirer suffisamment de public : un seul grand événement par soirée !
Depuis 2002, Vancouver est mon chez moi. Pourtant, même s’il s’agit d’une métropole, il m’est agréable d’y retrouver un groupe de taille comparable à la population de Port Alberni : la communauté francophone. En effet, selon le recensement de 2006, il y a 24 130 francophones dans la région métropolitaine de Vancouver. Certes, il n’est pas garanti qu’ils s’impliquent tous dans une communauté qui partage avec eux leur langue maternelle.
Mais une autre façon de compter les membres de cette collectivité est d’inclure seulement ceux qui parlent « régulièrement » cette langue à la maison. Dans cette dernière catégorie, on retrouve 12 290 francophones, ainsi que 11 720 non-francophones (comme moi-même), pour un total de 24 010 personnes… un nombre très semblable au précédent ! Ainsi, la taille de la communauté francophone vancouvéroise semble convenir pour assurer une représentation suffisante de ses membres aux rassemblements communautaires.
Une autre qualité remarquable de cette communauté est sa diversité. Dans son livre, Sorry, I Don’t Speak French, Graham Fraser raconte une épisode où, dans les années 60, sa famille d’accueil québécoise essayait désespérément de comprendre pourquoi lui, anglophone sans parenté francophone, avait pris la peine d’apprendre le français. Leur incrédulité s’expliquait, selon Fraser, par le fait que la plupart des Québécois à cette époque n’avait pas encore l’habitude d’entendre parler leur langue avec un accent. Or, à Vancouver en 2009, la réalité est toute autre ! D’abord, près de la moitié des personnes qui pratiquent cette langue régulièrement l’ont apprise plus tard dans la vie. De plus, il y a, parmi les francophones eux-mêmes, toute une diversité d’accents !
Exemple : le Festival du Bois
Sur la scène du parc Mackin au Festival du Bois à Coquitlam, le soir du 7 mars dernier, le chanteur principal du groupe québécois La Bottine souriante demandait en français : « Combien de personnes voient la Bottine souriante en spectacle pour la première fois ce soir ? » En réponse, des applaudissements et plusieurs mains levées. « Combien l’ont vue au moins dix fois ? » Clameur d’enthousiasme dans la foule. « Combien ne comprennent pas les questions ? » Un silence, suivi de rires. (Évidemment, ceux qui ne parlaient pas français ne pouvaient y répondre !) Il s’agit là d’une stratégie classique des groupes francophones afin d’évaluer rapidement leur public quand ils viennent jouer à Vancouver, si loin du cœur de la francophonie. Mais dans quelle mesure un tel sondage permet-il de vraiment comprendre la singularité de notre communauté ?
De son côté, manifestement, le public appréciait l’occasion de s’amuser au rythme de la Bottine souriante. Mais il appréciait aussi le fait de se rassembler en toute diversité. Pendant cette fin de semaine, en me promenant entre le grand chapiteau et le kiosque de poutine, j’ai eu plaisir à rencontrer mes étudiants d’immersion française, les membres de ma chorale francophone et d’autres visages familiers. J’ai aussi remarqué divers accents – les mêmes accents que j’entends régulièrement, tant aux pièces francophones du Théâtre La Seizième qu’aux soirées dansantes C’est extra. Voilà la communauté francophone de Vancouver à laquelle je suis heureux de m’associer. Elle est peut-être éparpillée géographiquement mais elle sait se rassembler pour de nombreux événements au cours de l’année. ■
Luke Mayba


