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Vendredi 21 décembre 2012

Le sockeye nous fait faux bond

Le sockeye nous fait faux bond

Une autre saison s’achève pour la pêche du saumon en Colombie-Britannique. De Vancouver au Chili, la chute des stocks crée inquiétudes écologiques et débats politico-économiques.

Les saumons sockeye (ou saumons rouges) ont attiré l’attention des médias cet été. Dans le fleuve Fraser, un peu moins de 2 des 13 millions de ces poissons attendus étaient au rendez-vous annuel. Depuis, c’est la panique chez les Premières nations, les pêcheurs et les scientifiques. Pendant que les chercheurs se grattent la tête, le débat tourne au politique pour dénoncer le responsable. Chute du stock ou simple retard ? Pour 2009, Pêches et Océans Canada prévoyait 32 stocks en carence et 31 en surplus pour le sockeye, donc une amélioration du stock de la Fraser. En nous faisant faux bond, le saumon risque de changer ces prévisions.

L’histoire de la pêche canadienne a connu quelques chapitres moroses. Les effets de la pêche de la morue atlantique sont bien connus sur la côte est. Les Européens se sont disputés la région pour contrôler les réserves abondantes de morue. Les colons français se sont installés à Louisbourg en Ile Royale (aujourd’hui Cap-Breton en Nouvelle-Écosse). « Au XVIIIe siècle, le roi de France ne peut pas indiquer l’emplacement géographique de Louisbourg », s’écrit un guide de la ville, maintenant classée site historique, « mais il connait très bien le prix de la morue ! ». En effet, avec tous les vendredis de l’année, le Carême et autres fêtes religieuses, approvisionner en poisson les Européens catholiques de l’époque est une source de revenue très importante.

Cette pêche frénétique et continue fut telle qu’en 1992, Pêches et Océans Canada interdit la pêche de la morue atlantique, aujourd’hui espèce menacée selon le comité sur la situation des espèces en péril au Canada (ou COSEPAC). Les conséquences socio-économiques ont dévasté les provinces des Maritimes, plus particulièrement Terre-Neuve.

Des fermes pas comme les autres

En Colombie-Britannique, le saumon a de plus en plus de mal à se reproduire, à cause des activités forestières, du développement immobilier et de la pollution. Autant de facteurs qui compliquent le renouvellement de notre précieuse ressource.

Depuis quelques décennies, le Canada a recours à l’aquaculture pour assurer son approvisionnement en poisson. Aujourd’hui très répandues dans le pays, ces « fermes aquatiques » sont faites de bassins et d’enclos souvent en contact direct avec le milieu naturel (océans ou lacs). Le saumon est le poisson de choix pour la production (71 000 tonnes produites en 2007) et représente 69 % de l’aquaculture commerciale.

D’une part, on glorifie le côté productif de l’élevage qui aide à répondre à la demande (dont la moitié est fournie par l’aquaculture). D’autre part, on critique sa qualité de production et sa durabilité. En effet, les poissons carnivores sont souvent nourris avec de la farine de poisson. La transmission de parasites et maladies aux saumons sauvages aurait un impact négatif sur le renouvellement des stocks naturels – tel que le pou du poisson en Colombie-Britannique, un débat très controversé.

Au Chili, le problème des maladies liées à la production de saumons en aquaculture est bien connu. En 2008, les éleveurs chiliens perdaient plus de la moitié de leur production du fait de l’anémie infectieuse du saumon (ou AIS). Etienne Leblanc de Radio Canada rapporte que l’importation canadienne du saumon chilien représentait 8 000 tonnes l’année précédant cette crise. De quoi réduire l’offre du saumon pour le sushi vancouverois ! Cette épidémie a créé une véritable crise politico-économique au Chili : pertes d’emplois, manifestations, règlementation de l’aquaculture. L’impact environnemental des fermes est d’autant plus choquant : accumulation de déchets (nourriture et excréments) sur les fonds marins, et rupture de l’équilibre écologique local.

La crise environnementale devient politique

Personne n’est encore certain de la raison de la chute du nombre de saumons sockeye dans la Fraser. On soupçonne le changement de l’écosystème marin, le réchauffement climatique, le pou du poisson, le manque d’investissements dans les projets de conservation. Ces saumons sont un symbole important de notre province. De plus, ils rapportent des nutriments marins essentiels pour la faune locale, qui par la suite alimentent les sols de notre littoral.

Néanmoins, le débat autour du sockeye restera politique à cause des retombées économiques. À qui la faute ? Pêches et Océans Canada ? Les Ministères de l’Environnement ? Les Libéraux provinciaux ou les Conservateurs fédéraux ? C’est le début d’une véritable roulette russe parlementaire pour savoir qui les politiciens pointeront du doigt.

Le NPD n’a pas perdu de temps. Il s’est déjà servi de la chute des stocks de sockeye pour critiquer le gouvernement. Un communiqué sur le site Internet du parti suggère une répétition du déclin de la morue atlantique. Dans le cas d’une élection fédérale cet automne, on s’attend à ce que le Parti Vert du Canada fasse partie de la chorale. Pendant que les politiciens s’agitent, le sockeye, lui, peine toujours à se montrer…

Michael Lathuillère

2 commentaires pour “Le sockeye nous fait faux bond”

  1. Inquiétant

    Je trouve ça assez inquiétant en sachant que le saumon est vital aux écosystèmes de l’ouest canadien. Beaucoup de d’espèces animales et végétales en dépendent. En espérant qu’on puisse trouver des solutions.

  2. [...] L’Express du Pacifique, vol. XII, [...]

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