La machine de la taxe carbone fonctionne à plein régime. Douze mois après son apparition controversée en Colombie-Britannique, elle fait l’objet d’un nouveau tabou politique : l’augmenter sensiblement pour faire diminuer la pollution.
Le 12 mai dernier, le vote provincial donnait un nouveau mandat aux Libéraux, gardait le NPD dans l’opposition et privait toujours le Parti Vert d’élus à Victoria. Après une overdose civique (trois élections en moins d’un an), l’histoire politique semble se répéter en Colombie-Britannique. Pourtant, un élément essentiel vient briser cette monotonie : la taxe carbone.
Synonyme pour beaucoup de suicide politique (on se souvient du Tournant Vert de Stéphane Dion), celle-ci est devenue le bouclier protecteur de Gordon Campbell.
Voyez comment s’y opposer aura coûté cher au NPD ! La proposition de Carole James de « couper la taxe carbone à la hache » (axe the tax) lui a fait perdre le soutien d’un grand nombre d’environnementalistes, y compris Mike Harcourt, ancien premier ministre NPD. Devant Gordon Campbell et Jane Sterk, leader du Parti Vert, les débats politiques sur la taxe carbone étaient perdus d’avance. À « deux contre un », Carole James a eu beaucoup de mal à défendre son alternative pour venir en aide aux communautés isolées de la province qui dépendent des émissions de CO2 dans leur vie quotidienne.
Le principe de la taxe carbone est de mettre un prix sur la pollution. Le Globe and Mail rapporte que 49 % des Canadiens interrogés « aiment l’idée d’avoir une taxe sur le carbone ». Le pourcentage le plus bas se trouvant en Colombie-Britannique, la seule province l’ayant adoptée jusqu’à présent, et le plus élevé au Québec, avec 62 % d’approbation. En revanche, beaucoup ne sont pas prêts à la payer.
Les mérites de la taxe…
Souvenez-vous, c’était le 1er juillet 2008. Les effets de la crise économique ne s’étaient pas encore fait sentir. L’essence coûtait presque 1,50 $ le litre et la taxe carbone s’élevait à 10 $ par tonne de carbone émise. Bien que cette taxe s’applique à tous les produits émetteurs de dioxyde de carbone (ou équivalent), on ne l’associe souvent qu’à l’essence, dont elle a fait monter le prix de 2,34 cents par litre – taux qui augmentera légèrement le 1er juillet 2009, à 3,51 cents.
Quelques mois après son lancement, nous recevions un chèque pour attester de la « neutralité » de cette taxe, c’est à dire du fait qu’il s’agit d’un crédit d’impôts financé par ses revenus. D’ici 2011, au total, ce biais réduira de 1,85 milliards de dollars l’impôt sur le revenu des petites entreprises (de 2,5 % à 4,5 %), des sociétés (de 10 % à 12 %) et des particuliers (de 5 % en moyenne).
Un autre moyen de contrôle des émissions de carbone est celui des quotas, l’unique arme de Carole James contre les gros pollueurs. Ces quotas représentent un plafond d’émission de CO2 et s’échangent à un prix déterminé pas les lois du marché : les surplus de pollution des uns étant achetés en bourse à ceux qui n’ont pas atteint leur quota. La taxe carbone est tout de même reconnue comme le moyen le plus simple de contrôler les émissions, car le moins cher à mettre en place et s’appliquant à tous les consommateurs.
…et ses risques
La machine de la taxe carbone est lancée, mais à quel prix ? Des milliards en plus dans les caisses de Victoria et aucune réelle initiative pour réduire la consommation du pétrole et de ses dérivés, surtout depuis l’effondrement du prix de l’or noir. Dans l’esprit actuel des consommateurs, la taxe carbone est identique à une taxe sur le tabac ou l’alcool, taxes qui ont très peu d’effet sur la consommation.
Pour une réduction efficace de 20 à 38 % des gaz à effet de serre d’ici 2030, on devrait imposer une taxe de 50 $ par tonne de carbone, selon le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Un prix que seul le Parti Vert a ouvertement défendu lors de sa campagne électorale (et qui est bien moins élevé que dans les pays scandinaves, qui ont imposé la taxe carbone dès les années 1990).
Les campagnes électorales se font sur la promesse de diminuer les impôts, pas sur celle de les augmenter. Même si cette taxe entraîne de telles réductions sur le revenu à long terme, qui donc se risquera à une augmentation significative du prix du carbone ?
Michael Lathuillière







