En décembre, on nous annonçait une crise politique sans précédent. C’était un pétard mouillé.
D’ailleurs plus personne n’en parle. Pshittt ! Le ballon s’est dégonflé. De la même façon qu’il n’y aura jamais de révolution en France pour cause de vacances, les fêtes de Noël ont atténué l’emballement dans la course au pouvoir du Parti libéral, du NPD et du Bloc québécois. Enfin, surtout des Libéraux avec l’arrivée de Michael Ignatieff, sans aucun doute beaucoup plus à la hauteur du poste que Stéphane Dion (qui, lui, dans les débats, ne parlait ni anglais ni français). Jack Layton (NPD) a simplement vu la possibilité d’accéder à un pouvoir qu’il ne pourrait pas atteindre autrement. Gilles Duceppe (Bloc québécois), lui, ne cherche pas le pouvoir mais désire renverser tous les gouvernements en place du simple fait qu’ils œuvrent pour l’ensemble du Canada.
On l’a échappé belle. Ce n’était pas vraiment le moment de provoquer une crise politique et de risquer une rupture avec l’électorat alors que le pays entre dans une crise économique grave.
Ignatieff ne s’est absolument pas dégonflé. En fait, il n’était déjà pas chaud pour la coalition. La réaction des électeurs de l’Ouest lui a simplement confirmé que le Parti libéral faisait fausse route et, en fin politicien qu’il semblerait être, n’a pas voulu conduire son parti à un enterrement de longue durée. Prendre le pouvoir en ce moment n’est pas une garantie de succès, observez le pauvre Obama, et c’était certainement la meilleure façon d’installer les Conservateurs au pouvoir pour longtemps. Il a même poussé un peu loin son appui à Harper en ne proposant qu’un amendement bidon au budget et en allant même jusqu’à justifier le vote de son parti en expliquant qu’il était mieux de laisser le gouvernement en place mettre en œuvre sa politique face à la crise pour lui donner ses chances. Je n’en crois pas un mot. Je pense plutôt que tout opposant politique souhaite que son adversaire au pouvoir se plante lamentablement.
Bref, la page est tournée et nous gardons les Conservateurs pour un an au moins. Ouf !
Mais ce qui s’est passé est quand même très grave. Regardez bien. Deux mois après une élection démocratique, des opposants refusent le résultat sous un prétexte quelconque, en l’occurrence le budget, pour former un mariage contre nature, car nos trois mousquetaires n’ont rien en commun si ce n’est de ne pas avoir été élus. On peut pardonner cet écart à des politiciens avides de pouvoir. Là où c’est grave, c’est parmi la population. Il y aurait donc une partie des Canadiens qui serait d’accord pour s’asseoir sur la démocratie si elle permettait de mettre le NPD ou les Libéraux au pouvoir. Cette frange des électeurs trouve normal d’additionner les voix de tous les perdants pour constituer une majorité qui deviendrait alors gagnante. Mais si cet amalgame était majoritaire, il aurait été élu ! Le problème est que le groupe des trois ne s’est pas présenté aux élections. Lui attribuer un pouvoir légitime revient à refuser la démocratie.
Comme par hasard, c’est toujours à gauche que l’on ne veut pas la respecter. J’ai toujours été choqué par les réponses des personnalités ou électeurs de gauche, notamment dans plusieurs pays d’Europe, quand on leur demande ce qu’ils feraient si l’extrême droite était élue démocratiquement. La réponse est invariable. Descendre dans la rue et prendre le pouvoir par la force. C’est ça la démocratie vue par la gauche.
Notre système électoral a deux défauts. Il faudrait modifier le système de vote de façon qu’il n’y ait plus que deux candidats au final afin d’éviter un gouvernement minoritaire ainsi que ce genre de tentative d’abordage. Cette première règle annihilerait automatiquement la deuxième faille qui permet aujourd’hui à un parti dont l’objectif est uniquement local de faire la pluie et le beau temps dans le paysage politique. Je suis d’accord avec Gilles Duceppe, une fois n’est pas coutume, quand il déclare que ceux qui ont voté le budget conservateur ont choisi le Canada*.
Finalement, la démocratie a vaincu. ■
Thierry Barbier
* Extrait de l’allocution de Gilles Duceppe avant le vote du budget : « Tous les élus du Québec qui voteront […] en faveur de ce budget conservateur auront choisi le Canada au détriment du Québec. »


