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Vendredi 10 février 2012

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Vendredi 21 décembre 2012

L’ouragan pétrolier

L’ouragan pétrolier

Suite à l’explosion de la plateforme BP le 20 avril dernier, les côtes de Louisiane ont écopé de la plus grande catastrophe pétrolière de l’histoire du continent. Gare aux conséquences de ce « 11 septembre écologique » : une marée noire peut en cacher une autre.

Un ouragan est né le 20 avril dans le golfe du Mexique. En avance sur la saison, il est étrangement similaire aux tempêtes qui s’élèvent dans les Caraïbes : énorme et destructeur, il n’obéit à aucune loi. Ce cyclone forme une tache d’encre au sud de la Louisiane et, jusqu’à présent, il n’a toujours pas été baptisé par la convention habituelle. Ce n’est pas pour autant qu’il ne fera pas de dégâts.

Après l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon qui a fait 11 morts, l’or noir s’est écoulé pendant plusieurs mois jusqu’au côtes américaines. Les tentatives pour juguler la fuite se sont soldées par des échecs. Faune et flore aquatiques et terrestres ne sont plus à l’abri de la soupe chimique qui étouffe le bien-être écologique de la région.

Une seconde tempête se lève

Après les images diffusées à la télévision et sur Internet, c’est une marée de colère qui gronde en permanence. À Washington, on tente désespérément de trouver un coupable : BP, Transocean, l’opérateur du Deepwater Horizon, ou encore le Minerals Management Services, l’organisme de réglementation des gisements de pétrole et de gaz naturel offshore. Les environnementalistes en profitent pour critiquer les politiques énergétiques du pays, alors que les avocats se ruent sur les États du sud pour remplir les cours de justice. Les actionnaires de BP se fâchent eux aussi. Depuis le désastre, les actions ont perdu au moins la moitié de leur valeur.

Côté politique, on s’est vite fait tout petit. Schwarzenegger, le gouverneur de Californie, a retiré son soutien au développement pétrolier offshore. Le président Obama est rapidement revenu sur sa décision d’ouvrir la côte Atlantique à l’exploitation pétrolière. Les réactions sont bonnes, mais elles sont prises pour une mauvaise raison : apaiser le mécontentement général.

Après la colère, la réalité. Celle des pêcheurs de la région qui perdent leur gagne-pain, des petites entreprises touristiques locales ou encore des autochtones de la côte, dépouillés des ressources marines si chères à leurs traditions ancestrales. Quand le reste du monde passera à autre chose, les habitants de la Louisiane garderont aussi des séquelles. Le pire désastre pétrolier de l’histoire des États-Unis aura également des effets secondaires. Certains se feront sentir jusqu’au Canada.

Un courant d’air dans l’Ouest canadien

Si les États-Unis n’exploitent plus leurs réserves, ils iront simplement chercher leur pétrole ailleurs, en commençant par le Canada. Nos ressources joueront un rôle de substitut en apaisant le malaise américain. Elles endigueront la colère de ceux qui refusent une deuxième marée noire. Elles rassureront aussi les dirigeants qui ne veulent pas rejouer le spectacle de leur incompétence à gérer une crise.

Depuis des années, on parle de la tache pétrolière du paysage albertain : dévastation des terres autochtones de la région, mines à ciel ouvert pour extraire les sables bitumeux, création de piscines chimiques pour accueillir les produits dérivés de l’exploitation ou encore menaces sur les eaux souterraines et la santé des populations alentours. Le projet Enbridge Northern Gateway acheminera l’or noir au port de Kitimat en Colombie-Britannique. L’oléoduc augmentera le nombre de pétroliers près de nos côtes et le risque d’accidents dans la région. On se souvient de l’évacuation de la ville de Burnaby en juillet 2007, après la rupture du conduit qui connecte Edmonton au port de Vancouver. L’exploitation du gaz naturel de la province n’est pas non plus à l’abri des critiques. Son extraction par fracture hydraulique contamine les eaux souterraines.

Loin des yeux, loin du cœur des américains ? Le mécontentement qui a suivi l’accident de BP risque d’augmenter la demande énergétique de l’Ouest canadien déplaçant la tache pétrolière du Golfe du Mexique aux côtes de Colombie-Britannique. Le risque est-il plus acceptable ici ? C’est à nous de le décider en s’assurant que nos gouvernements et l’industrie pétrolière ne répètent pas le désastre de BP. ■

Michael Lathuillière

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