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Vendredi 21 décembre 2012

L’effet Kyoto

L’effet Kyoto

Du 7 au 18 décembre, le monde entier se réunira à Copenhague pour discuter d’un nouvel engagement climatique qui, en 2012, remplacera le protocole de Kyoto. Quatre ans après l’entrée en vigueur de l’accord international, quel a été son impact sur notre société ?

L’histoire est pleine de rebondissements, surtout lorsqu’il s’agit de notre perception du monde et de l’environnement. Des grottes de Lascaux à la révolution scientifique du XVIIe siècle, l’homme a pensé et repensé sa place dans la nature. Chaque nouvelle vision du monde naissant des cendres de la précédente. Les débats de la première décennie du XXIe siècle sur le changement climatique en sont un exemple. Malgré l’échec des pays industrialisés à atteindre les objectifs du protocole (et surtout du Canada), un changement d’approche quant à l’avenir de la planète se profile : c’est l’effet Kyoto. Les yeux seront rivés sur la conférence de Copenhague, qui devrait déterminer un éventuel Kyoto II qui débuterait en 2012.

Le premier protocole avait pour but de diminuer les émissions de gaz à effet de serre des pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (ou CCNUCC) sur la période 2005-2012. Cette première phase de réduction sera revue ce mois-ci à Copenhague, dans le but de fixer de nouveaux objectifs en phase avec les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Véritable autorité en matière de changement climatique, il fait la synthèse de toute la recherche sur le sujet afin d’informer la communauté internationale sur les politiques du climat à suivre. Son quatrième rapport, paru en 2007, concluait avec quasi-certitude un lien entre les activités humaines et le changement climatique. Ce rapport est devenu la bible du climat depuis la remise du prix Nobel de la paix au GIEC en 2007.

Des sceptiques de moins en moins entendus

Le changement climatique a-t-il réellement lieu ? Pour ceux qui ont suivi les activistes et la CCNUCC de près ces 12 dernières années, cela va de soi. On n’ose même plus se poser ouvertement la question. Même si nous sommes aujourd’hui conscients de son impact environnemental, il fut un temps où l’idée d’un changement climatique anthropique n’était pas chose commune.

Les sceptiques sont toujours présents et bien déterminés à se faire entendre. Le climatologue Patrick Michaels, un des participants du GIEC, est aussi un de ces critiques. D’après lui, les données scientifiques ne sont pas objectives, et les modèles climatiques ne représentent pas la réalité. Bjorn Lomborg, professeur à la Copenhagen Business School, dénonce les idées prédéterminées des environnementalistes dans leur manière d’expertiser et de rapporter les résultats scientifiques. Le manque de rigueur dans les analyses de données, d’après lui, brouille la réalité et amplifie le degré de la crise environnementale.

Une voix s’élève afin de rendre compte des conséquences politico-économiques qui risquent de se produire. Dans un ouvrage intitulé Climate Change Reconsidered, le NIPCC* réfute le dernier rapport du GIEC en dénonçant un « coup d’État post-moderne » (citation rapportée par le Financial Post). L’objectif : éviter des dépenses astronomiques afin de freiner un phénomène dont les interprétations scientifiques sont peu fiables.

Comment prendre position si le GIEC et le NIPCC prétendent détenir la vérité scientifique ? Il n’y a pas si longtemps, l’idée du changement climatique était farfelue, même pour les organisations non-gouvernementales, aujourd’hui très actives sur la question. Al Gore fut l’un des premiers à créer un mouvement social important grâce à son film Une vérité qui dérange (2006). Les sceptiques, qui jusque-là avaient le dessus dans le bras de fer climatique, se voyaient perdre la main. La suite a vu naître un courant de pensée environnementale qu’il reste à consolider à Copenhague.

De Kyoto à Copenhague

Les changements sont nombreux depuis Kyoto, surtout au niveau politique et social. D’une part, plusieurs provinces canadiennes et États américains ont décidé de réduire leurs émissions sans attendre leur gouvernement fédéral. C’est le cas de la Colombie-Britannique qui depuis plus d’un an a mis un prix sur le carbone (via le biais d’une taxe et bientôt, de quotas d’émission). L’idée d’une économie verte est à la mode, surtout avec la récession. D’autre part, une partie de notre quotidien a déjà beaucoup changé : les sacs en plastique du supermarché sont en voie de disparition, les coopératives de voitures sont de plus en plus prisées, une piste cyclable est à l’essai sur le pont Burrard, et les constructeurs automobiles se pressent pour sortir leurs véhicules électriques. Des choses qui n’auraient certainement eu aucun succès il y a 10 ans : le premier effet Kyoto.

Mais Kyoto, c’est aussi l’idée que nous avons le pouvoir de choisir notre destin. Celui qui, auparavant était subi, devient choisi. Tel un dieu leibnizien nous avons plusieurs avenirs présentés devant nous, et il ne nous reste plus qu’à choisir le meilleur : le deuxième effet Kyoto. Copenhague nous donnera un avant-goût du monde pour l’après 2012. Il reste à déterminer si de tous les futurs qui nous ont été présentés (GIEC, NIPCC ou autres), la communauté internationale choisira celui qui nous conviendra le mieux.

Michael Lathuillère

* En anglais Nongovernmental International Panel on Climate Change (NIPCC), un jeu de mots pour faire face au GIEC (IPCC en anglais pour Intergovernmental Panel on Climate Change).


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