Rendre ses résultats accessibles au plus grand nombre est habituellement mission impossible pour le chercheur. Grâce à l’ÉcoArt, scientifiques et artistes collaborent pour exposer les problèmes environnementaux.
«Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche », a dit Charles de Gaulle. Pousser les limites du savoir n’est qu’une partie du travail de chercheur. Il faut partager ce que l’on trouve avec les autres. À tel point que, dans les milieux universitaires, il est d’usage d’entendre parler de « publier ou périr » (publish or perish). Sans publications académiques, on n’est pas un « chercheur qui trouve ».
Les résultats scientifiques sont publiés par milliers chaque année dans des revues spécialisées et après de méticuleuses révisions. Rédigées de manière peu accessible pour le commun des mortels, ces connaissances sont très difficiles à partager directement. Sans parler du décalage entre la découverte et la publication (qui peut prendre plusieurs années après révisions).
La recherche environnementale n’y échappe pas. L’individu reste à l’écart du brouhaha sur le réchauffement planétaire, malgré les efforts des scientifiques qui résument tous les résultats sur le changement climatique au sein du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Qui a envie de lire un rapport de plus de 500 pages décrivant une fin non-Hollywoodienne du monde ? Les journaux et les organisations du secteur n’aident pas non plus : plus on dramatise, plus on ennuie. Après trente ans de fin du monde qui n’arrive jamais, on n’y croit plus. Pourtant, les découvertes scientifiques, elles, ont bien évolué (et un Prix Nobel de la Paix a été remis au GIEC en 2007). Comment partager de manière efficace ce savoir acquis pour provoquer des changements de comportement spécifiques ?
Art et science, des rôles complémentaires
Selon l’artiste-philosophe Beth Carruthers, l’ÉcoArt n’est pas simplement de l’art sur ou dans l’environnement, mais une illustration du bien-être des écosystèmes que nous partageons avec la faune et la flore. Une représentation de la place que nous occupons dans la nature, ainsi que nos effets sur celle-ci. Cette description est loin d’être officielle. « On a voulu mettre une définition sur Internet, mais on n’a pas pu se mettre d’accord », sourit Beth Carruthers.
En effet, ce mouvement se définit moins dans la méthode que dans l’intention : susciter un changement culturel dans les comportements grâce à un moyen de communication sensoriel. « Le savoir est fait d’information et d’expériences. L’art apporte l’expérience », ajoute-t-elle. Certains artistes se concentrent sur la protection environnementale, d’autres, comme Beth Carruthers, s’intéressent à la réhabilitation d’écosystèmes (rivières à saumons entre autres).
Son rapport, intitulé Mapping the terrain of contemporary EcoArt practice and collaboration et promu par la commission canadienne de l’UNESCO (2006), retrace l’histoire du mouvement artistique qui a connu une explosion grâce à Internet. Le côté marginal du mouvement rend très difficile l’obtention de subventions pour des projets qui demandent souvent plusieurs années de financement. « Dans certains cas, nous avons dû recourir à plusieurs petites bourses », explique t-elle.
Ainsi, plusieurs projets regroupent artistes et chercheurs pour offrir une expérience rendant compte des problèmes environnementaux. L’artiste Basia Irland, à l’université du Nouveau-Mexique, crée une fontaine d’eau de pluie pour sensibiliser le public au manque de ce précieux liquide dans sa région. L’expédition Cape Farewell, dans le Grand Nord, rassemble écrivains, artistes, scientifiques et journalistes pour décrire l’effet du réchauffement climatique là-bas. Plus près de chez nous, le Stanley Park Environmental Art Project compte six artistes qui, depuis la violente tempête de 2006, travaillent sur des projets artistiques pour encourager un dialogue entre ville et nature.
Beth Carruthers rappelle l’importance historique de la collaboration entre l’art et la science. La recherche rigoureuse est indispensable pour faire avancer notre connaissance du monde et corriger les erreurs du passé. Un moyen efficace de partager le savoir acquis peut se trouver sous forme de peintures, vidéos, sculptures et autres. À travers l’ÉcoArt, plein de petits Léonard de Vinci veulent à tout prix nous sensibiliser aux problèmes de la planète, pour tenter de la remettre sur pied.
Michael Lathuillère


