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Mercredi 19 juin 2013

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Vendredi 21 juin 2013

Êtes-vous contaminé ?

Êtes-vous contaminé ?

Je suis un Britanno-Colombien en milieu minoritaire, comme diraient certains. En effet, je ne parle pas la troisième langue officielle : la langue verte.

Ce nouveau dialecte, couramment répandu, s’apprend très facilement. Pour le maîtriser, il suffit d’être atteint par le virus. Celui de la peste verte. La contamination s’étend rapidement, je rencontre tous les jours de nouvelles victimes, mais je crois que je suis immunisé contre cette maladie plus grave et mortelle que ce que l’on pense. Si vous en ressentez les symptômes, mais que vous êtes encore récupérable, l’antidote est dans cet article.

Commençons par l’un des termes les plus anciens de cette langue : le « développement durable ». Au premier abord, on pourrait y voir un argument publicitaire pour le Viagra, ses nombreux « partenaires » ajoutant à la confusion. En fait, il s’agit d’un concept fumeux visant à empêcher les gens de vivre pour permettre le bien-être de ceux qui ne sont pas encore nés. Les extrémistes verts vont même jusqu’à prôner des mesures pour que ces derniers ne naissent jamais. Leur problème de surpopulation va peut-être vite être réglé grâce à la grippe A (porcine). Bah, tant que ça n’émet pas de CO2…

Nous sommes une « génération responsable ». Pas comme tous nos ancêtres idiots qui n’y connaissaient rien. Nous, nous savons, nous sommes conscients de notre « environnement ». Et nous agissons intelligemment, en tout cas pour certains. C’est ainsi que ces personnes éclairées ont éteint leur lumière le 28 mars dernier pendant une heure pour l’« Heure de la Terre ». Ah, Panurge, si tu savais ! Finalement, j’aime bien cette opération. Ça me permet de repérer plus facilement les gogos bobotisants de mon quartier. Remarquez, je me suis déjà surpris à avoir un comportement « écologique » sans le savoir. Par exemple, quand j’écoute Abba, AC/DC ou Elvis Presley. Ce sont des « musiques qui respectent l’environnement », vendues à part chez Wal-Mart. Ça ne s’invente pas.

Autre terme à la mode, l’« énergie renouvelable ». Pendant des milliers d’années, l’Homme a utilisé le vent. Aujourd’hui, c’est nouveau. Pareil pour le « recyclage », dont on nous fait croire qu’il vient d’apparaître alors que les hommes préhistoriques l’utilisaient déjà. C’est une question de logique et d’économie et non d’environnement.

Justement, en parlant de papier, c’est bien là un domaine où le recyclage n’est pas forcément synonyme de « sauvegarde de l’environnement ». Je reçois, comme vous, des e-mails comportant une mention « pensez à l’environnement avant d’imprimer ». Ça me donne tout de suite une indication sur le degré d’infection de mon interlocuteur. Non seulement il me prend pour un idiot (j’imprime si je veux), mais il milite pour le slogan ridicule « Sauvez des arbres ». Qu’il s’informe correctement et il constatera que l’utilisation du papier permet, au contraire, la bonne santé des forêts.

Il y a des gens qui s’amusent à calculer leur « empreinte carbone ». Si vous creusez le dossier, vous apprendrez qu’une recherche Google émet de 0,2 à 0,7 g de carbone et qu’aller à pied faire vos courses émet plus de « gaz à effet de serre » que d’y aller en voiture. Tout comme le fait de consommer des produits laitiers biologiques, d’utiliser des sacs en papier plutôt qu’en plastique ou des couches lavables des années 50 (quel progrès !) à la place des couches jetables. Que fera-t-on le jour où l’on s’apercevra que la bêtise est émettrice de CO2 ?

Si vous trouvez que votre billet d’avion n’est pas assez cher, vous pouvez toujours faire un don, appelé « compensation carbone », à la pauvre compagnie aérienne. Ah, le CO2. Manne des gouvernements. On peut tout taxer sans exception, avec la bénédiction du contribuable. C’est la « fiscalité verte ».

On voit apparaître tous les jours de nouveaux produits ou services verts. On peut maintenant faire du « ski écologique », ne riez pas, le ski où l’on monte au lieu de descendre. J’attends avec impatience le « parachutisme écologique ». Question tourisme, vous avez les « voyages éthiques » et les « voyages solidaires ». On vous surtaxe ces derniers pour que vous soyez bien certain d’être plumé par la région de vos rêves. À votre retour, vous pourrez montrer à vos amis vos « photos commerce équitable ».

Avant, les gens achetaient pour mettre directement à la poubelle. Toujours ces générations précédentes qui, décidément, n’étaient pas très futées. Aujourd’hui, c’est fini. C’est la « consommation responsable ». J’ai toujours choisi ce que j’achetais, mais les « consom’acteurs » viennent de découvrir qu’ils peuvent, eux aussi, le faire. Évidemment, les « locavores » ont moins de choix puisqu’ils s’interdisent des produits comme les bananes ou le sirop d’érable. Question alimentaire, il y a les « lundis sans viande » (c’est donc pas ravioli non plus*) ainsi que les œufs de « poules élevées au sol », bien meilleurs, mais plus chers, que ceux pondus dans l’espace.

J’ai gardé le meilleur pour la fin : « Sauvez la planète », expression utilisée pour tout et n’importe quoi. La Terre, que l’on n’ose ici nommer, serait-elle en danger ? Oui, il faut sauver le monde de la dictature verte.

L’« environnement », hélas pour la nature, est devenu l’opium du peuple. Karl Marx ne l’aurait pas démenti.  

Thierry Barbier

* Voir le film La vie est un long fleuve tranquille d’Étienne Chatiliez.

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