Comme vous avez pu le constater dans les différents débats, pétitions ou manifestations, la population de Colombie-Britannique est divisée de façon assez virulente quant à la nouvelle taxe de Gordon Campbell – sortie, ironiquement, sous le nom d’harmonisation. Il n’y a rien d’étonnant car il y a du bon pour certains et du mauvais pour tous dans cette refonte de la taxe provinciale (PST).
La bonne nouvelle est pour les entreprises. Elles vont pouvoir enfin récupérer la PST sur les coûts d’exploitation (équipement, machines etc.). La baisse sera de 6,54 % et va surtout profiter aux entreprises industrielles moyennes. La mauvaise nouvelle est pour le consommateur. Il payera 7 % de plus pour certains produits ou services jusque-là exemptés. La meilleure nouvelle est pour le gouvernement. Il va remplir ses caisses. La pire des nouvelles est pour l’économie. Je suis donc pour l’harmonisation mais contre la nouvelle taxe.
Les arguments entendus sont assez divers selon les acteurs.
D’abord les restaurateurs, très actifs contre cette taxe, qui n’ont pas peur de perdre des clients mais du chiffre d’affaires. Qu’ils se rassurent, la perte sera ridicule comparée à celle qu’ils subissent en refusant les fumeurs. Ils ne se sont pas battus très vaillamment à l’époque, mais il est vrai que le combat était moins politiquement correct.
Les consommateurs, les plus pénalisés, n’ont finalement pas trop leur mot à dire sinon dans les urnes. Mais c’est trop tard puisque l’on vient juste de voter. Et d’élire la girouette qui promettait de ne pas mettre cette taxe en place.
Parmi les ardents défenseurs de la taxe, outre les entreprises, on trouve naturellement Colin Hansen, le ministre des Finances. Les arguments qu’il utilise pour essayer de nous convaincre sont plutôt fallacieux. Il affirme que l’on aura une économie plus forte et plus d’emplois. Avec une nouvelle taxe ? Je me demande bien dans quelle école marxiste Campbell et son ministre ont appris l’économie pour mettre une taxe carbone quand le pétrole est au plus haut et augmenter les prix de 7 % en pleine récession. En tout cas, ils ont bien appris leurs leçons. Se faire élire sur un programme puis faire l’inverse en avançant des prétextes bidons habillés d’un avenir prometteur.
Max Logan, du Retail Council of Canada, d’abord contre, a réussi à se faire convaincre des bénéfices de la réforme en allant se renseigner là où il ne fallait pas, chez les comptables. Ceux-ci n’ont vu dans le projet que de la paperasserie en moins. Les économies réalisées, pense-t-il, va améliorer la productivité, faire baisser les prix et faire monter les salaires. Franchement, j’en doute. D’abord, la productivité n’est pas une question de baisse de taxe. Ensuite, quand un coût est moindre, on ne baisse pas forcément les prix en conséquence. Les entreprises vont plutôt en profiter pour reconstituer leurs marges. Quant aux salaires, je ne vois pas pourquoi on les augmenterait parce qu’une machine coûte un peu moins cher. Max Logan est en fait un homme politique qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise.
Question salaires, certains en profitent d’ailleurs pour demander l’augmentation du salaire minimum. Ce serait une grave erreur car, pour le coup, les coûts de production augmenteraient, surtout pour les entreprises à forte main d’œuvre. On risquerait d’entrer dans une spirale inflationniste prix-salaires. Avec naturellement de lourdes pertes d’emplois au bout.
Il faut quand même reconnaître que Campbell est assez fin. Dans un contexte de baisse des prix à cause de la crise, l’augmentation passe mieux. Ensuite, lancer la bombe en juillet pour pouvoir présenter un budget prévisionnel en bien meilleur état quelques semaines plus tard, je dois dire que c’est bien ficelé.
Cela dit, je ne suis pas vraiment impressionné par un déficit qui ne représente guère plus que le coût de la Canada Line. Je suis même surpris par le maintien relatif des recettes (-1,9 % seulement) vu le contexte économique. Le déficit vient surtout des dépenses qui augmentent de 5 %.
Une bonne gestion, pour moi, impliquerait une réduction des dépenses plutôt que la mise en place d’une nouvelle taxe, surtout que je ne crois pas vraiment à une sortie rapide de la crise, au contraire.
Attendons la suite après les Jeux olympiques. On va rire ! Mais pas tout le monde.
Thierry Barbier


