Le STV, le nouveau jeu où tout le monde gagne, sauf le peuple.
Avant d’aller voter le 12 mai prochain, vous allez être sollicité de toutes parts pour vous inviter à voter « oui » au nouveau système électoral proposé. Les arguments pour vous convaincre vont fuser, depuis une meilleure démocratie jusqu’à la plus grande efficacité de votre voix.
Si le oui passe, vous saurez comment voter en 2013, mais vous trouverez peut-être un peu compliquée la façon dont les candidats seront élus. En fait, ce n’est pas sorcier et je vais même le simplifier pour vous : vous votez pour quelqu’un que vous n’élirez pas forcément, mais vous pouvez élire quelqu’un d’autre que vous vouliez élire aussi, mais moins que le premier, et qui ne sera pas obligatoirement élu tandis que celui qui avait votre préférence n’a peut-être aucune chance d’être élu mais vous permettra dans ce cas d’élire un candidat que vous vouliez moins, encore moins que celui que vous vouliez moins que le premier, mais qui a plus de chances d’être élu que celui que vous préfériez, et dans le cas contraire aussi d’ailleurs, sauf si ce dernier a moins de chances d’être élu, bien sûr. Au final, vous ne saurez pas qui vous aurez élu. Ou non.
Votez et nous nous occupons du reste. C’est un peu ça le message des promoteurs du « oui ». Curieux sens de la démocratie. Car l’amélioration de la démocratie est l’argument massue pour essayer de convaincre les électeurs des bienfaits de ce nouveau système. Ces gens confondent en fait la démocratie et la représentativité. Ils profitent de cette confusion très courante pour faire l’apologie d’un système proportionnel. Notre système actuel, rassurez-vous, est tout à fait démocratique puisque c’est le peuple qui choisit l’autorité gouvernante. Mais, heureusement, il n’est pas proportionnel et permet donc à une majorité de mettre en œuvre sa politique.
Car c’est bien un système proportionnel que l’on veut nous faire adopter. Un système électoral qui aura complètement bloqué la province bien avant que l’on admette qu’il s’agissait d’une erreur. Croire que des partis opposés vont être forcés de travailler ensemble au bénéfice de la population tient du leurre et démontre une naïveté effarante. Quitte à s’inspirer de ce que fait l’Irlande, il aurait fallu regarder également ce qui s’est passé en France avec 22 gou vernements en 13 ans entre 1945 et 1958. On fait mieux comme gage de stabilité.
L’un des arguments du camp des « oui », citant en exemple la désignation des Oscars au moyen du STV, est assez surprenant. On veut peut-être jouer sur la corde sensible des électeurs avides des péripéties à suspense du fameux duo Pitt-Jolie. On vote pour des élus qui doivent prendre des décisions, pas pour donner nos préférences culturelles ou artistiques pour lesquelles ce système peut se comprendre.
Les pouvoirs partagés sont toujours des pouvoirs faibles. C’est la fameuse auto-gestion des soixante-huitards, c’est le bateau sans capitaine. L’Assemblée des citoyens sur la réforme électorale qui nous a pondu ce système tordu dit clairement qu’elle préfère un gouvernement minoritaire ou une coalition pour diriger la province. Cette assemblée se dit en même temps non partisane et ça ne fait rire personne. Sauf moi. Elle serait menée par le Parti de la marijuana ou les marxistes-léninistes qu’on aurait le même résultat.
Que le Parti libéral de Campbell (conservateur) appuie la réforme, je dois dire que ça me dépasse un peu. Il ne semble pas homme à scier la branche sur laquelle il est assis. À moins qu’il n’y ait dans le système une perversion qui m’ait échappé et qui permette aux Libéraux de s’installer confortablement au pouvoir pour longtemps, bien abrités derrière le paravent de la démocratie améliorée. D’ailleurs, Gordon Campbell a l’habitude de s’asseoir allègrement sur l’avis de la population et des élus. Rappelez-vous : il a imposé un vote sur les Jeux olympiques alors que Vancouver ne voulait pas de l’événement, un autre trois fois de suite à Translink jusqu’à ce qu’ils acceptent la Canada Line, et nous avions déjà dit non au STV il y a 4 ans.
Il est vrai qu’il y a des bizarreries pas très démocratiques dans le STV. Un candidat aura besoin de 12,5 % des voix dans une circonscription, tandis que dans une autre il lui en faudra 34 %. Une démocratie où les candidats ne sont pas égaux, quoi.
Avec ce système proportionnel, on peut aboutir à un parlement que j’appellerai « Assemblée Wikipedia ». C’est-à-dire très à la mode, très diversifié, mais incompétent et incapable.
Mais si c’est ce que veut le peuple, je le respecte.
Thierry Barbier
Retrouvez la suite du dossier ici :
Carnets de campagne : http://www.lexpress.org/societe/dossier-special-stv-carnets-de-campagne/
Marquons l’histoire : http://www.lexpress.org/opinion/dossier-special-stv-marquons-l%E2%80%99histoire/


