Notre système électoral est simple, robuste, mais également complètement anachronique. Il ne correspond plus aux besoins actuels de la province.
Il existe autant de manières de voter en démocratie que de pays démocratiques (sans doute plus, à vrai dire !). Au Canada, nous votons dans des circonscriptions où nous choisissons un seul candidat. Chaque circonscription a, environ, la même population, et le candidat recevant le plus de voix se fait élire. Ce système électoral, d’inspiration britannique, est utilisé pour élire les députés fédéraux et provinciaux dans toutes les provinces. Appelé « scrutin uninominal majoritaire à un tour », il nous a bien servi pendant ces deux derniers siècles, permettant toujours d’élire des députés représentant la population d’une région donnée.
Aujourd’hui, ce système donne cependant de plus en plus de résultats bizarroïdes ! Prenez par exemple les élections de 1996 et de 2001 en Colombie-Britannique. En 1996, le Parti libéral gagne le vote populaire, mais le NPD forme néanmoins un gouvernement majoritaire. Victime en 1996, le Parti libéral sera injustement avantagé en 2001 : recevant 57 % des suffrages, il gagnera rien de moins que 97 % des députés ! Le reste de la population, un important 43 % de l’électorat, ne sera représenté que par deux députés.
Face à ces problèmes, le gouvernement provincial a créé la Citizen Assembly on Electoral Reform (Assemblée des citoyens sur la réforme électorale) en 2003. Des citoyens, choisis au hasard à travers toute la Colombie-Britannique, ont eu pour mandat d’étudier les différents modes de scrutin dans le monde et de recommander le meilleur possible pour la province. À la surprise d’un grand nombre de personnes, après un an d’études, ils ont recommandé le système BC-STV pour la province. Le système à STV – Single Transferable Vote, ou vote unique transférable (VUT) en français – est un mode de scrutin proportionnel, c’est-à-dire dans lequel le nombre de sièges d’un parti correspond à ses appuis populaires.
Participation encouragée
De nombreux pays, surtout en Europe, utilisent des modes de scrutin proportionnel. Cependant, ces systèmes sont critiqués, car ils donnent un rôle très important aux partis politiques qui choisissent souvent les députés élus. C’est là qu’intervient l’originalité du système à STV. Même s’il s’agit d’un mode de scrutin proportionnel, celui-ci permet à la population de choisir ses députés et non de simplement voter pour des partis. Ce système permet une représentation proportionnelle en évitant la dictature des partis.
Dans ce cadre, chaque électeur classe les candidats en ordre de préférence : 1, 2, 3, etc. Si votre candidat favori n’a pas un appui suffisant pour être élu, votre vote n’est pas perdu, il est simplement transféré au choix suivant, et ainsi de suite. Pas besoin de voter stratégiquement pour « un candidat qui a des chances », votez simplement selon votre conscience ! Vous pouvez voter pour des candidats de plusieurs partis ou pour les candidats du même parti, c’est vous qui décidez. Vous pouvez même voter pour un seul candidat si vous le préférez.
Le scrutin à STV est déjà utilisé dans quelques pays comme l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, Malte et l’Australie. Alors que l’on parle souvent du faible taux de participation aux élections ici, ces pays sont parmi ceux qui comptent les taux de participation électorale les plus élevés au monde.
Diversité de valeurs et d’intérêts
Les opposants au STV soulignent que celui-ci morcelle le paysage politique en plusieurs partis et crée des gouvernements minoritaires. L’expérience des pays qui l’utilisent déjà montre qu’il n’y a qu’un faible morcellement du paysage politique. En général, trois ou quatre partis arrivent à obtenir des sièges, rarement plus. De plus, les élus arrivent à faire des coalitions qui s’avèrent souvent remarquablement durables.
D’autres détracteurs font remarquer également que le scrutin à STV détruit le lien local entre le député et la population qu’il représente parce que les circonscriptions sont plus grandes. Mais combien d’entre nous connaissent personnellement leur député ? Ensuite, avec une plus grande diversité de députés, l’ensemble de la population aura plus de chances d’avoir un député dont les valeurs et intérêts correspondent aux siens.
Le 12 mai, la province a une occasion unique de marquer l’histoire. Le référendum sur le mode de scrutin offre à la population deux manières de choisir ses députés : l’une qui donne des écarts épouvantables entre le choix de la population et l’assemblée élue, l’autre qui assure que la grande majorité des Britanno-Colombiens auront une chambre correspondant à leur vote, quel qu’il soit. Mon choix personnel est clair, à vous de faire le vôtre.
Frédéric Van Caenegem
Retrouvez la suite du dossier ici :
Carnets de campagne : http://www.lexpress.org/societe/dossier-special-stv-carnets-de-campagne/
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