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Vendredi 24 mai 2013

Choléra en Haïti : une crise prévisible et évitable

Choléra en Haïti : une crise prévisible et évitable

Décidément, la destinée s’acharne sur le peuple haïtien. Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, la désorganisation de la reconstruction, un premier épisode de choléra, voici la tempête Thomas1 qui exacerbera la situation sanitaire du pays.

Les observateurs de l’ONU prévoient 200 000 malades du choléra d’ici à la fin de l’année en Haïti. Les recherches sur l’écologie de la bactérie Vibrio Cholerea démontrent qu’il faut apprendre à coexister avec cet organisme car il est une composante normale des eaux de surface.

Tout de même, des mesures simples existent pour prévenir l’épidémie. Ainsi, la crise sanitaire en Haïti était non seulement prévisible mais elle aurait pu être évitée. Du moins en partie, si l’effort avait été concerté entre les autorités locales et la communauté internationale.

Crise prévisible

Tel que mentionné dans l’article de L’Express du Pacifique du 30 août dernier [Volume XIII no 12], la corruption au sein de l’élite haïtienne ainsi que le manque de cohérence et la désorganisation de la communauté internationale pour reconstruire Haïti depuis le tremblement de terre ont contribué à retarder l’envoi des sommes d’argent promises. De plus, les dirigeants de la reconstruction ont fait une erreur de jugement en concentrant leurs efforts sur les élections du 28 novembre plutôt que sur la sécurité sanitaire du pays alors que la saison des ouragans approchait.

Malgré l’importance de formuler un plan de reconstruction à long terme pour Haïti, les autorités sur place avaient le devoir de prévenir les urgences imminentes. Aucune instance n’a supervisé la mise en place de mesures préventives (pourtant simples !) pour éviter une épidémie. Même si plusieurs ONG locales et étrangères se trouvent sur le terrain, une coordination centralisée et cohérente de ces acteurs était et demeure nécessaire.

Mécanisme de propagation

Les recherches démontrent que V Cholerea se retrouve normalement dans les eaux de surface. Cet organisme survit et se multiplie en association avec le zooplancton et le phytoplancton, indépendamment des humains infectés. Les allégations contre les soldats népalais et les exactions contre le personnel de Médecins Sans Frontières sont donc dues à une population mal informée.

Le choléra présente une saisonnalité marquée. Par exemple, au Bangladesh, il existe deux épisodes de choléra par année qui correspondent aux saisons chaudes, avant et après la mousson. De plus, tout comme les changements climatiques affectent la croissance du plancton, la croissance de V Cholerea sera aussi modifiée au cours des prochaines années. Une meilleure compréhension de la relation entre le climat et l’écologie de V Cholerea permettra une planification plus juste des épidémies par les responsables de la santé publique. Tout de même, les conditions à Haïti ne laissaient aucun doute sur l’imminence d’une crise sanitaire.

Les chercheurs parlent présentement d’une huitième pandémie mondiale qui implique une nouvelle souche de la bactérie, le sérogroupe O139.  En 2002, cette souche a provoqué 30 000 cas de choléra à Dhaka au Bangladesh. Il s’agit d’un nombre de cas beaucoup plus élevé que celui généré par la souche El Tor, associée aux pandémies précédentes. La prolifération de la bactérie chez l’être humain est essentiellement due à la consommation d’eau contaminée. Mais le choléra peut aussi être transmis par une nourriture qui a été en contact avec de l’eau infectée – la principale cause de choléra dans les pays développés, par exemple aux États-Unis, dans les États du Golfe du Mexique.

Après une période d’incubation de 18 heures à 5 jours, les symptômes se déclarent abruptement : diarrhée et vomissements importants, ayant une odeur et un aspect propre à cette maladie. Le malade ressent au départ une soif intense à cause de la déshydratation. Puis, lorsque la déshydratation devient extrême, le malade devient apathique et perd connaissance. Les signes d’une déshydratation intense ne sont pas cliniquement apparents tant que le malade n’a pas perdu 5 % de sa masse corporelle.

Le principal obstacle à la prévention d’une crise aigüe de choléra est le fait que les symptômes ne sont pas douloureux et sont indissociables d’autres maladies diarrhéiques. Cependant, le choléra progresse rapidement. La perte de fluide est habituellement si rapide qu’une personne victime du choléra risque d’en mourir au cours des heures qui suivent le déclenchement de la maladie. D’ailleurs, la plupart des décès surviennent au cours de la première journée de crise.

Crise évitable

Si des fluides sont rapidement administrés au patient, la majorité des décès peut être évitée. Les recherches démontrent que le taux de mortalité associé au choléra passe de 50 % à 1 % si certaines mesures simples sont mises en place !

La mesure préventive la plus simple consiste à effectuer une éducation sanitaire grâce aux médias de masse. Des messages à la radio ou à la télévision doivent rappeler l’importance de purifier l’eau, de se laver les mains après la défécation et avant la préparation de nourriture, de reconnaître rapidement les symptômes du choléra et d’indiquer les lieux où le traitement est disponible afin d’éviter un délai en cas de crise.

Les communications haïtiennes ayant été rétablies sur l’ensemble du pays avant l’épidémie, il était nécessaire de passer en boucle ces messages à la radio pour prévenir toute maladie qui se propage à cause de l’eau et à l’insalubrité (choléra, typhoïde, gastroentérite, etc.). D’autres mesures préventives et plus élaborées consistent ensuite à s’assurer que le système public d’aqueducs fournit une eau potable ou améliorer les conditions d’hygiène (surtout dans les camps de réfugiés) et cuire adéquatement les aliments à risques (poissons et fruits de mer).

En cas de crise, il s’agit d’évaluer régulièrement le niveau de déshydratation du patient et d’administrer des fluides, riches en électrolytes, soit par voie orale, soit par intraveineuse si le cas est critique. Il faut aussi administrer un antibiotique et faire manger le patient le plus rapidement possible.
Notons qu’avec le passage de Thomas, la coordination des instances sanitaires en Haïti sera toujours un facteur clé pour éviter une récidive de V Cholerea au cours des prochaines semaines. Tout comme un patient souhaite se rétablir avant de reprendre ses activités mondaines, l’élite haïtienne, une fois les télécommunications rétablies suite à Thomas, devra prévenir une autre épidémie plutôt que de se préoccuper de sa pérennité au palais présidentiel.  ■

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