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Vendredi 7 juin 2013

À votre « éco-service »

À votre « éco-service »

Vancouver est encore loin de l’objectif fixé par la mairie de devenir la ville la plus verte du monde d’ici 2020. Les parcs pourraient jouer un rôle clé, surtout s’ils permettent de valoriser les « éco-services ».

Nous vivons dans une société dominée par les services. Que ce soit pour acheter, vendre, s’informer, se soigner ou manger : le service à la clientèle, le service après-vente, le service public ou encore le « self-service » sont omniprésents dans notre quotidien. En faisant l’inventaire, on oublie trop souvent ceux, essentiels, qui sont rendus gratuitement par nos écosystèmes : la production d’oxygène, l’apport et le filtrage de l’eau, la pollinisation des abeilles pour la production agricole… La valeur de ces « éco-services » est considérable et souvent ignorée dans les prises de décision liées au développement économique.

Peu après l’arrivée du maire Gregor Robertson fin 2008, Vancouver s’est engagée dans une véritable course contre la montre en faisant le pari de devenir « la ville la plus verte du monde » d’ici 2020. Le plan, intitulé Vancouver 2020, A Bright Green Future, énumère méticuleusement des objectifs très précis au niveau environnemental et socio-économique. Mises à part une réduction des gaz à effet de serre de 33 % par rapport au niveau de 2007, l’amélioration de la qualité de l’eau potable et l’extension des pistes cyclables, la mairie s’est engagée à ce que « chaque personne vive à cinq minutes à pied d’un parc, d’une plage, d’un espace vert ou autre lieu naturel ». Pour ce faire, la ville compte planter 150 000 arbres dans les 10 années à venir.

Il y a plus de 200 parcs et espaces verts à Vancouver (sans compter UBC), dont les parcs Hastings et Queen Elizabeth, le jardin botanique VanDusen et, bien sûr, Stanley Park. Chaque espace a son utilité : certains accueillent ceux qui recherchent la détente ou l’inspiration ; d’autres demeurent le point de rendez-vous des pique-niques ou des soirées barbecue en été. Ces parcs pourraient-ils jouer un rôle plus interactif avec les Vancouvérois ?

Une autre vocation

Bien plus que des lieux de loisirs, nos espaces verts centralisent des « éco-services » bénéfiques aux communautés avoisinantes. Pour l’instant, le projet de planter 150 000 arbres est le seul engagement concret qui vise à augmenter la capacité de certains de ces services tels que le stockage du carbone, la purification de l’air, la réduction du bruit ou la modulation de la température. Malheureusement, ces derniers restent invisibles aux yeux des Vancouvérois. Ce qu’on ne perçoit pas n’aurait en effet pas de valeur. Que dire alors des autres services que nous rend la nature ?

C’est en adoptant une vision différente de son parc qu’on lui attribuera de nouvelles fonctions. Ainsi, cette mesure d’offrir un nouveau « poumon vert » à la ville doit s’accompagner d’un changement dans notre attitude envers les « éco-services ».

Sans initier de démarches pour valoriser notre « capital naturel » urbain, il sera beaucoup plus difficile d’augmenter la capacité des services qui ne sont pas entièrement assurés par nos arbres, comme le traitement naturel des eaux usées, le recyclage des ordures organiques en engrais ou encore le contrôle naturel du débit des rivières et fleuves par les plaines d’inondation. Souvent, ces services nécessitent l’intervention humaine et impliquent l’utilisation de technologies aussi ingénieuses que coûteuses. Les usines de traitement des eaux, les décharges ou incinérateurs, les barrages ou les digues en sont des exemples.

Les parcs travaillent silencieusement jour et nuit et nous avons dix ans pour que cela se sache. Un dialogue avec les communautés pourrait déjà les aider à comprendre les bénéfices qu’elles tirent des « éco-services ». Mesurer scientifiquement les processus naturels fournirait des données concrètes sur l’impact réel de ces arbres supplémentaires.

Transformer notre relation avec les « éco-services » des parcs commence par une prise de conscience de ce que la nature peut nous offrir. C’est bien plus qu’un espace pour promener son chien. La reconnaissance de notre capital naturel urbain nous donnerait un avantage. Sans quoi nous resterons à la traîne derrière d’autres villes, bien plus vertes que Vancouver. ■


Michael Lathuillière

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