Sous les forêts et les lacs de Colombie-Britannique sommeillent les volcans les plus importants du pays. Gros plan sur ces chaînes fascinantes et sur les méthodes mises en place pour les surveiller.
C’était le 18 mai 1980 à 8 h 32. Moins de trente secondes après un tremblement de terre d’une magnitude de 5,1, une explosion. C’est le début de l’éruption du mont St Hélène, situé dans l’État de Washington. Résultat : 632 km2 de terres détruites, 1,4 km3 de lave et une colonne éruptive de 24 km au dessus du sommet, selon Ressources Naturelles Canada (RNC). Dès lors, ce sont de multiples éruptions qui se succèdent périodiquement dans la région. Un rappel, s’il en est besoin, que l’activité volcanique de l’ouest reste étroitement liée aux mouvements tectoniques de la région.
RNC dénombre sept chaînes de volcans entre l’Alaska et l’État de Washington dont la chaîne Cascades qui contient les monts St Hélène, Baker et le pic Glacier. Celle-ci relie au nord la chaîne Garibaldi qui comprend les volcans les plus jeunes et explosifs du Canada, dont le mont Meager. La dernière éruption de ce volcan, situé à 150 km au nord de Vancouver, date de 2 350 ans et aurait été similaire à celle du mont St Hélène en 1980.
Place à la surveillance
« Il y a eu 49 éruptions [d’importance, ndlr] en Colombie-Britan-nique en 10 000 ans », explique Melanie Kelman, volcanologue à RNC. La dernière en C.-B. date de 150 ans au volcan Lava Fork près de la frontière américaine de l’Alaska. « L’Alaska est la région où l’on enregistre le plus d’activités volcaniques dans tout le continent nord-américain », continue-t-elle. La dernière éruption importante fut enregistrée en mars 2009 au mont Redoubt, à 166 km au sud-ouest d’Anchorage.
Mais ces éruptions ne se ressemblent pas toutes, et ne sont pas toujours aussi spectaculaires que l’événement du 18 mai 1980. Dans le cas du mont St Hélène, l’explosion quasi hollywoodienne a été provoquée par une accumulation de gaz sous le cratère. D’autres volcans laissent échapper leurs gaz régulièrement et sont donc moins explosifs. Comme par exemple à Hawaii où les éruptions sont aussi accompagnées de coulées de lave très fluides.
Une surveillance continuelle de tous les volcans de la province ne serait pas très pratique selon la volcanologue, surtout lorsque l’activité volcanique est plutôt calme. Une éruption se fait sentir souvent longtemps à l’avance par un tremblement de terre et d’autres signes avant-coureurs. En octobre 2007, le centre géoscientifique du Pacifique de Sidney sur l’Île de Vancouver avait enregistré un tremblement d’une magnitude de 2,5 à 20 km du cône Nazko, près de Quesnel.
Après deux mois d’observations sismiques autour du volcan et d’analyse d’échantillons de gaz – le dioxyde de carbone en particulier – Nazko reprit son sommeil. « On pense avoir enregistré un déplacement de magma dans la croûte terrestre », se souvient Melanie Kelman, volcanologue à RNC.
Le problème de la cendre
L’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull avait bloqué tout transport aérien en Europe au
printemps 2010. D’après la volcanologue, cet événement a « réaffirmé l’importance du problème de la cendre volcanique » lors d’une éruption, en rappelant qu’aucun accident aérien n’avait cependant eu lieu pendant l’événement islandais. Il existe neuf centres d’avis de cendres volcaniques dans le monde pour prédire le mouvement de la cendre lors d’une éruption. Parmi eux, les centres d’Anchorage, de Montréal et de Washington qui surveillent la zone nord-américaine.
D’autres préparatifs sont nécessaires en matière de communication, surtout pour les volcans situés près des centres urbains. « Dans le cas d’une éruption du mont Baker, nous recevrons un appel de notre homologue américain », décrit Melanie Kelman, évoquant ainsi le United States Geological Survey (USGS). À une centaine de kilomètres de Vancouver, hors de la province, le mont Baker et le pic Glacier peuvent affecter la région, surtout le trafic aérien.
RNC d’ailleurs se joindra cette année à USGS et d’autres membres gouvernementaux pour mettre à jour un plan de coordination entre les parties concernées dans le cas d’une éruption soudaine de ces volcans. La volcanologue Melanie Kelman explique que l’on ne peut prédire d’avance le comportement d’un volcan. C’est à RNC donc d’être vigilant et flexible dans sa gestion de l’information scientifique de surveillance afin d’assurer une réponse adéquate à toute éruption à venir.■
Michael Lathuillière est un chimiste qui se spécialise dans la gestion des ressources naturelles à l’Institute for Resources, the Environment and Sustainability.


