Les réseaux sociaux sur Internet sont synonymes de déprime pour vous. D’ailleurs vous venez de réaliser que vous passez plus de temps à mettre votre profil à jour qu’à voir et sortir avec vos amis. Tous les facteurs sont réunis pour votre premier « cybersuicide ».
Deux sites Internet en vogue vous proposent leurs services pour mettre fin à vos jours sur la Toile. Pour supprimer les données de votre compte Twitter, MySpace, LinkedIn ou bien Facebook, vous pouvez le faire manuellement, ou bien choisir une solution plus expéditive en vous rendant sur Web 2.0 Suicide Machine. Seppukoo.com se contentera quant à lui de vous offrir une simple pierre tombale.
Les réseaux sociaux, et notamment Facebook, vous offrent certes la possibilité de désactiver votre compte, mais il ne s’agit que d’en fermer l’accès. Les données, si vous ne les avez pas supprimées au préalable, sont conservées par le site.
En juillet dernier, à la suite d’une plainte déposée par la Clinique d’intérêt public et de politique d’Internet du Canada, le Commissariat à la protection de la vie privée demandait à Facebook d’améliorer ses pratiques en la matière. « Le site s’est engagé à mettre en œuvre d’ici le mois d’août toutes les mesures proposées en réponse aux recommandations formulées dans notre rapport d’enquête de l’été dernier, explique-t-on au commissariat. Comme convenu, l’entreprise nous tient à jour au sujet de ses engagements et de ses mesures. Nous continuons à suivre de près tous les développements et à transmettre notre rétroaction à Facebook. Par exemple, nous avons affirmé clairement à l’entreprise que nous appuyons les changements qui donnent aux consommateurs plus de choix dans le réglage de leurs paramètres de confidentialité, et qui rendent ces choix plus transparents. »
Seppukoo.com est une œuvre de « net-art » [art sur Internet, ndlr] créée par le groupe artistique italien baptisé Les Liens Invisibles. Il propose à ses visiteurs de commettre un suicide virtuel en désactivant leur compte Facebook. Seppukoo (du japonais seppuku qui signifie hara-kiri) permet ensuite de publier une page commémorative qui annonce à vos amis que vous vous êtes retiré du « cybermonde ». Mais puisque Facebook conserve vos données, vous pouvez tout à fait revenir à la vie 2.0 et réactiver votre compte à tout moment.
D’autres « net-artistes » hollandais du groupe Modrr_ (qui fait partie du laboratoire multimédia WORM) vont plus loin en aidant les internautes à supprimer toutes leurs données des sites de réseaux sociaux : Facebook, Twitter, MySpace et LinkedIn.
Facebook contre-attaque
Dans ces deux cas, Facebook n’apprécie guère de tels procédés. Le site, qui recense environ 12 millions de Canadiens inscrits, a fait intervenir ses avocats et a demandé à Seppukoo et Suicide Machine de cesser toute activité. Il les accuse de violer ses règles de confidentialité puisqu’ils demandent notamment le nom d’utilisateur et le mot de passe des internautes.
« Nous ne nous considérons pas comme une grosse menace pour Facebook. Il n’y a qu’à voir les statistiques que nous publions sur notre site. Le nombre de personnes qui commettent le suicide virtuel est dérisoire », explique Walter Langelaar, chef de projet de Suicide Machine. À ce jour, un millier de personnes est passé à l’acte, et malgré les menaces de Facebook, Walter et ses amis ne comptent pas en rester là.
« D’ailleurs, pour le moment, Facebook est le seul à avoir un problème avec notre site. Nous n’avons accepté de faire qu’une seule modification après avoir reçu la lettre de leurs avocats. Nous avons changé la désignation des sites de “partenaires” à “réseaux cibles”, confie-t-il. Notre but n’est pas de nous attaquer à Facebook en particulier, mais de provoquer un débat plus large sur le thème de la protection des données et de la vie privée sur ces sites. Les utilisateurs en ont assez de voir les paramètres de confidentialité changer aussi souvent. Il faut aussi réaliser que ces réseaux sociaux se préparent à capitaliser leur contenu », ajoute Walter.
Facebook a ouvert ses pages à la publicité en novembre 2007. « Imaginez ! Ils ont des millions de fichiers avec toutes les informations de leurs utilisateurs : âge, sexe, lieu de résidence, etc. », poursuit Walter.
Suicide Machine reçoit le soutien des internautes du monde entier et Seppukoo encourage ceux qui ont commis un suicide virtuel à faire des émules. Des points sont attribués aux meilleurs recruteurs et un classement est réalisé sur le site. Alors, êtes-vous prêt à retourner à la vie 1.0 ?
Sophie Hautcœur


