Lorsque les prétendants à l’immigration au Canada sont qualifiés et expérimentés dans les secteurs en manque de main d’œuvre, ils semblent avoir toutes les chances de réussir. Certains ont vu toutefois leur rêve d’Eldorado s’assombrir devant la difficulté de faire reconnaître leur diplôme.
Son master de management en poche, François a décidé d’immigrer en Colombie-Britannique il y a deux ans. Un travailleur qualifié, qui a fait partie en 2008 des 40 % de nouveaux arrivants ayant accompli au moins trois ans d’études supérieures. « Je ne voulais pas faire carrière en France. Je savais que le Canada recherchait des cadres dans mon domaine. J’ai sauté sur l’occasion », raconte-t-il sourire aux lèvres, heureux que son pari ait porté ses fruits. Aujourd’hui, il supervise les équipes d’une grande entreprise d’import-export de la province. « En deux ans, j’ai peut-être accompli ce qui m’aurait pris huit ou dix ans dans mon pays natal », assure-t-il.
L’économie canadienne s’est construite sur l’immigration et le pays sait encore aujourd’hui en tirer profit. « Les immigrants qualifiés sont de plus en plus recherchés pour assurer la croissance d’une économie canadienne forte et diversifiée », déclare Immigration Canada.
C’est dans cette logique que le gouvernement fédéral a mis en place le Programme des travailleurs qualifiés pour ceux qui souhaitent s’installer au Canada, hors Québec. « Les personnes sont choisies selon leur niveau d’études, leur expérience de travail, leur connaissance du français ou de l’anglais, et selon d’autres critères qui facilitent incontestablement leur intégration économique au Canada », précisent encore les services de l’immigration. Les cadres, les ingénieurs en ressources naturelles, les médecins spécialistes, les infirmiers ou encore les experts en raffinage, en gaz et en produits chimiques sont les bienvenus.
La province a le dernier mot
En revanche, chaque province a mis en place des politiques de sélection qui correspondent aux besoins locaux. Ces dernières prennent en compte les compétences des travailleurs au regard de leurs besoins. Mais elles considèrent aussi le niveau d’études du pays d’origine des nouveaux arrivants. Les compétences recherchées par Victoria sont les mêmes que celles du Canada. S’y ajoutent d’autres secteurs comme la restauration, le tourisme et le transport routier. La Colombie-Britannique se place en troisième position des provinces qui accueillent le plus d’immigrants, avec environ 40 000 arrivées par an.
Elle a créé le Province Nominee Program (Programme des candidats de la province) en collaboration avec le gouvernement fédéral. Destiné à combler le manque de personnel qualifié dans certains domaines, il facilite l’arrivée et l’installation des immigrés concernés en Colombie-Britannique.
Le programme provincial permet également d’accélérer les demandes de résidence permanente pour ses bénéficiaires et les membres de leur famille. Scott, originaire de Londres, y a participé cette année : « J’ai travaillé dans la logistique pour les Jeux olympiques. Aujourd’hui, je suis encore en période d’installation, mais j’ai déjà trouvé un nouvel emploi et ma femme va me rejoindre cet été », relate-t-il.
Dans le secteur des services, les immigrés semblent bien s’intégrer au marché du travail canadien. Cependant, lorsque le nouvel arrivant exerce un métier qui peut mettre en danger la santé ou la sécurité publiques, la reconnaissance du diplôme devient obligatoire. Les professions hospitalières ou sociales, les ingénieurs, électriciens ou plombiers sont entre autres concernés.
Et c’est là que tout peut se compliquer car chaque province régit comme elle l’entend la reconnaissance des compétences et des diplômes des immigrés pour ces métiers. Le gouvernement de Colombie-Britannique entend ainsi « contrôler par la loi les critères d’accès et les normes d’exercice, évaluer les qualifications et les diplômes des candidats étrangers, accorder un certificat, un titre ou un permis d’exercice ». Les différents ordres de ces professions sont compétents pour certifier la validité des diplômes obtenus en dehors du Canada, certains étant beaucoup plus stricts que d’autres.
Pour Jeanne, d’origine suisse, ingénieur en matières plastiques, le processus s’est avéré compliqué. « Ça a été long et coûteux, j’ai dû faire appel de la première décision. Pendant un an, j’ai été serveuse et ma rémunération correspondait au tiers de ce que je touchais en Suisse. J’ai finalement obtenu gain de cause mais beaucoup de gens dans mon cas abandonnent tellement les démarches administratives sont lourdes. » Une situation qui reste marginale puisque, pour toutes les autres professions, l’employeur valide seul les compétences du demandeur. Dans ce cas, la décision d’embaucher peut paraître subjective. ■
Fanny Abes


