La Colombie-Britannique a toujours accueilli un important contingent d’immigrants en provenance d’Asie. Majoritairement originaires de Chine, ils ont tous une histoire différente qui les a poussés sur le chemin de l’expatriation.
À 96 ans, Wayne Mak est un des piliers de la communauté chinoise à Vancouver. Originaire de Hong Kong et installé depuis 30 ans au Canada, il a décidé à l’âge de 65 ans de prendre sa retraite auprès de sa fille, venue étudier dans les années 1970 à UBC et depuis repartie en Chine. « Hong Kong est une ville d’affaires qui offre énormément d’opportunités professionnelles, assure-t-il. Mais le Canada promet une vie beaucoup plus agréable : moins peuplé, moins pollué, le pays attire beaucoup de retraités comme moi. »
Loretta Chiu, également de Hong Kong, et Sunny Chan, de Macao, n’en sont pas encore à l’âge de la retraite, mais tous deux ont fui leur pays natal au moment où leur territoire a été rattaché à la République populaire de Chine. « Il y avait une très grande incertitude quant à la manière dont la région serait dirigée sous un système communiste », confie Loretta, établie à Vancouver depuis 1996, un an avant que la colonie britannique ne revienne aux mains de la Chine. Anciennement haut-fonctionnaire au gouvernement de Hong Kong, Loretta a fait le choix d’une vie familiale plus simple. « Là-bas, les parents travaillent comme des fous et les enfants ont une scolarité extrêmement difficile : dès l’âge de six ans, ils doivent produire treize devoirs par jour. Lorsque mes deux enfants ont découvert le système scolaire canadien, ils ne voulaient plus jamais remettre les pieds à l’école à Hong Kong ! »
Sunny invoque des raisons similaires à son départ de Macao. « Je me devais aussi de prendre en considération l’avenir de mes enfants. Macao compte 500 000 habitants, c’est un village de pêcheurs ! Les universités sont trop petites et les jeunes finissent par travailler au gouvernement ou dans un casino de la ville. » À Vancouver depuis 1990, Sunny a aussi déserté un pays dans lequel il n’aurait pas pu continuer à exercer sa profession. « J’étais à la tête d’une radio d’information. J’aurais perdu ma liberté de parole et d’expression si j’avais continué à exercer en Chine », promet-il.
Comme eux, plus d’1,3 million de Canadiens d’origine chinoise vivent à travers le pays, essentiellement concentrés autour des grandes métropoles comme Toronto, Vancouver et Montréal. 432 000 sont établis en Colombie-Britannique (Statistique Canada). Jusqu’en 2006, ils constituaient la minorité visible la plus importante du pays, mais ont été rattrapés depuis par les personnes originaires de l’Asie du Sud, dont le taux de natalité dépasse largement celui de la population chinoise.
Recommencer à zéro
En quête d’une vie meilleure, les premiers immigrants chinois du XIXe siècle sont venus chercher de l’or ou travailler sur les chantiers de Canadian Pacific Railway. À la fin d’une longue période de discrimination et de racisme institutionnel, le Canada s’est finalement orienté dans les années 1970 vers une politique du multiculturalisme, favorisant ainsi une installation plus simple et plus rapide. Les Britanniques, autrefois les plus nombreux à venir s’établir à Vancouver, cèdent leur première place aux immigrants de République populaire de Chine, de Hong Kong, de Taïwan, d’Inde et des Philippines.
Avec l’apparition en 1985 de la catégorie des visas « gens d’affaires », Vancouver attire près de 30 000 investisseurs par an en provenance de Hong Kong, effrayés à l’idée de repasser sous je joug de la Chine en 1997. Le nom de « Hongcouver » est toutefois passé de mode. « Près de la moitié est repartie après quelques années passées ici », constate Loretta, rappelant le surnom d’« astronautes » donné à ceux qui sont retournés à la mère patrie. Sunny a également considéré cette option. « J’ai dû faire abstraction de mon passé et recommencer tout à zéro, relate-t-il. À Macao, j’étais connu et j’avais le respect des gens. Ici, je n’étais personne. »
Après deux années passées comme marchand de pizzas, Sunny parviendra à décrocher différents postes de reporter au sein des médias chinois à Vancouver. « Rien dans les médias anglophones, à cause de mon accent », précise-t-il. Il dirige aujourd’hui le journal interne de S.U.C.C.E.S.S., une agence basée en Colombie-Britannique qui offre des services multiples aux nouveaux arrivants. Loretta est devenue mère au foyer en arrivant à Vancouver, avant de retrouver un poste d’assistante administrative puis de responsable de publication au sein de la même agence.
Quant à Wayne, il n’a pas « éprouvé de difficulté à changer de vie ». Bénévole depuis bientôt dix ans à la maison de retraite Simon K.Y. Lee, il n’a pas arrêté de s’impliquer dans les associations et centres communautaires. Parlant à la fois mandarin et cantonais, il estime connaître les besoins qu’éprouvent les nouveaux immigrés, parfois perdus en arrivant ici. « Je n’ai jamais été seul, je me suis toujours fait beaucoup d’amis. L’important est de se jeter à l’eau pour réussir à s’intégrer. » ■
Le prochain visage du Canada
Dans sa dernière étude démographique publiée en mars, Statistique Canada a projeté qu’environ un tiers de la population canadienne ferait partie des minorités visibles* d’ici 2031.
Ces dernières représenteraient :
• 63 % de la population à Toronto (43 % en 2006) ;
• 59 % de la population à Vancouver (42 % en 2006) ;
• 31 % de la population à Montréal (16 % en 2006).
La population du Canada née à l’étranger pourrait augmenter environ quatre fois plus rapidement que le reste de la population.
La proportion de Sud-Asiatiques au sein de la population de minorités visibles – Indiens, Sri-Lankais, Pakistanais – atteindrait 28 %, notamment grâce à un taux de natalité élevé. Ils dépassent depuis 2006 le nombre de Canadiens-Chinois, qui passeront de 24 % à 21 % de la population des minorités visibles.* Sont considérées comme minorités visibles « les personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche ».
Sophie de Kepper


