Contrairement aux États-Unis qui ont mené de nombreuses guerres au nom de la paix, notamment au Viêt-nam, le Canada a toujours eu plus de difficulté à justifier sa participation à un conflit armé. Une hésitation que les multiples oppositions à la guerre en Afghanistan illustrent.
Bien que les conservateurs et les libéraux soutiennent l’idée que le déploiement des troupes en Afghanistan est nécessaire, cette position n’est pas partagée par le Nouveau Parti Démocratique, le Bloc Québécois, les Verts, ainsi que par certains membres du Parti Libéral. Selon un sondage EKOS publié par CBC News en avril dernier, « la moitié des Canadiens ne soutient pas le déploiement des troupes du pays en Afghanistan, et 60 % sont opposés à un prolongement de la mission au-delà de juillet 2011 ». Seulement 36 % se disent clairement en faveur de la guerre. Ces résultats traduisent un changement net dans l’opinion publique, puisqu’au début du conflit 60 % approuvaient l’intervention canadienne.
L’un des facteurs de cette opposition croissante pourrait être le rapport qu’entretiennent les Canadiens avec la notion de guerre. Une corrélation que Sam Haroun, professeur d’histoire et auteur du livre Le Canada et la guerre, a tenté d’étudier. En analysant les différentes guerres auxquelles le Canada a participé et celles auxquelles il a refusé de se rallier, Sam Haroun a observé qu’à chaque fois que le pays s’opposait à un conflit, le peuple exprimait sa souveraineté. À l’inverse, au temps de l’Empire britannique ou aujourd’hui avec les États-Unis, prendre les armes donne l’impression aux Canadiens de perdre leur indépendance.
L’autre facteur pourrait être médiatique. La vision que les citoyens ont d’un conflit lointain est souvent réduite par les médias, donnant parfois l’impression que l’on ne parle de l’Afghanistan que lorsque des soldats y sont tués.
« Seule une poignée de journalistes couvre le territoire afghan, ils ne montrent donc que l’essentiel, explique Terry Glavin, cofondateur du comité Solidarité Canada-Afghanistan et journaliste pour le site d’actualité The Tyee. C’est un peu comme si les Afghans découvraient le Canada à travers les images de quatre journalistes assis à l’arrière d’une voiture de police qui traverserait le centre-ville de Vancouver. Ça ne représente pas tout le Canada. » Il a donc souhaité y remédier en menant un projet qui met en lumière ceux dont on ne parle jamais dans les médias : les Afghans ordinaires et extraordinaires qui œuvrent à la reconstruction de leur pays. Du militant pour les droits de l’homme aux femmes qui mettent en place des réseaux d’entrepreneurs, Terry Glavin offre aux Canadiens un autre aperçu de l’Afghanistan. ■
Gwenaëlle Ily


